Il est bien difficile de résumer la vie d'un groupe né il y a plus de 15 ans
Cest le 22/02/2014 à La Loge (Paris), suite à un des derniers concerts donnés en acoustique pour promouvoir Essentia, que jai pu rencontrer Sandy (chant) et Olivier (guitare) de The Last Embrace.
Ils le disent eux-mêmes dans leur biographie (http://www.thelastembrace.fr/) : « Il est bien difficile de résumer la vie dun groupe né il y a plus de 15 ans », aussi je ne leur ai pas demandé de le faire.
Interview faite par Arno Vice
Quelle est la signification du nom « The Last Embrace » ? Quévoque-t-il pour vous ?
Olivier : A lépoque, cest laspect musical des mots qui nous a plu. Dans « La Dernière Etreinte » il y a un côté nostalgique, mélancolique qui colle bien à la musique que lon joue. Il ny a donc pas de réelle signification, on trouvait que le nom sonnait bien et je ne peux pas en dire plus. Ce nest pas inspiré de lalbum « The Last Embrace » du groupe gothique Arcana, ni par le groupe de stoner Spirit Caravan qui a également sorti un disque intitulé « The Last Embrace », bien après notre création dailleurs. Cela na rien avoir avec tout ça.
Quelles sont les thématiques principales de vos textes, écrits par Sandy (chant) ? Avez-vous une réflexion commune autour des messages que vous souhaitez faire passer ou considérez-vous que la musique prime sur les paroles ?
Olivier : On ne se concerte pas, Sandy est la mieux placée pour écrire les textes, qui sont bien adaptés et réussis. Il y a un gros boulot de sa part pour la traduction notamment, il y a des modifications à apporter par rapport aux lignes de chant quelle crée, cest donc un travail qui est assez long pour elle. Au niveau des thématiques, cela parle principalement de sa vie personnelle, de lenfance perdue, de la nostalgie, autant de sujets qui vont bien avec la musique. On commence toujours par composer les parties instrumentales et ensuite elle pose son chant par-dessus donc les textes peuvent être influencés par ce quelle ressent lorsquelle écoute les mélodies. Sandy écrit naturellement sur lenfance, ça a lair dêtre assez important pour elle et puis pour nous aussi finalement. Lenfance, lamour, les choses de la vie courante, il ny a pas tellement dHeroic Fantasy en fait. On nest pas Rhapsody, on ne raconte rien sur les dragons.
Sandy (qui se joint à nous) : Jécris beaucoup sur lenfance et linnocence, sur les relations fusionnelles entre les gens, comme une mère et son enfant, un mari et sa femme, je parle aussi despoir Dans lalbum Inside, les paroles étaient très négatives, un peu gothiques, mais pour Aerial cétait déjà beaucoup plus positif.
En même temps, vos musiques ne sont pas foncièrement sombres donc forcément les textes sont au diapason.
Olivier : Effectivement, nostalgiques, mélancoliques mais pas sombres. En revanche, il y aura des choses plus sombres sur le prochain album.
Sandy : Sur Essentia, on a privilégié des morceaux euphoriques.
Pensez-vous que langlais est définitivement la langue la plus adaptée à votre genre musical ou envisagez-vous décrire quelques chansons en français, par exemple pour votre prochain album ?
Olivier : Non, ce nest pas prévu. Cest peut-être moi qui bloque parce que je trouve que le français a vite tendance à tourner variété si on ne fait pas attention, notamment pour les voix féminines. Je sais que Sandy aimerait bien chanter un morceau en français, les autres sont aussi pour, moi moins. Peut-être que cela se fera un jour mais il faudra vraiment que ça ne sonne pas variété car sur de la musique mélodique, on peut très vite tomber dans le lourd, le pompeux, lampoulé. Si cest pour faire du Grégoire ce nest pas la peine. Dans ce que jai entendu en français, il ny a que Bashung qui arrive à faire sonner la langue comme il faudrait. Ou encore le dernier Bertrand Cantat que je trouve bien parce quil a une voix particulière et un accent bizarre quand il chante, ça ne fait presque pas français, cest sans doute pour cela que ça me plait. Mais pour notre musique un peu lyrique, arrangée, le chant en français nest pas prévu pour linstant.
À la base, le nom du groupe mévoquait une formation de Death Doom, à la Theatre Of Tragedy ou My Dying Bride alors quil nen est rien. Mais au-delà de cette fausse première impression, quel est votre positionnement au sein de la scène Métal ? Vous en sentez-vous proche, si ce nest par la musique du moins dans lesprit ?
Olivier : Au départ, quand on a commencé le groupe, on voulait jouer du Métal gothique comme ça se faisait à lépoque. Naturellement, vu ce quon écoutait, nous étions dans cette scène-là. Tous les My Dying Bride, Anathema, Paradise Lost, Tiamat, ce sont malgré tout des influences qui se sont un peu dissoutes au fil du temps parce quon écoute beaucoup de choses et que lon a évolué instrumentalement parlant mais ça ne me dérange pas quil y ait un rapport avec cette scène. Il y a plein de groupes que jadore, comme Anathema qui vient du Doom Death des années 90, les débuts de My DYing Bride et de Paradise Lost qui étaient excellents, la filiation ne me dérange pas plus que ça même si ça peut perdre les gens si on leur parle de My Dying Bride et quon leur fait écouter notre dernier album, ils ne verront pas le rapport Peut-être dans les ambiances ou dans le travail des guitares, ça peut y faire penser.
Cest peut-être une question récurrente pour ceux qui, comme vous, jouent une musique à la croisée des chemins mais navez-vous pas le sentiment quau fond le public Pop Rock se ferme laccès à The Last Embrace à cause de son étiquette « Métal atmosphérique » ? Par exemple, vous avez récemment fait un concert acoustique au Pop-In (le 21/01/2014) et pour avoir brièvement échangé avec une personne qui y organise des DJ sets de Pop, elle ma dit que vos références « Métal » la rebutaient en dépit de votre facette Rock Progressif et jimagine que cela a été le cas pour bon nombre dhabitués de ce lieu. Il me semble pourtant quEssentia a tous les atouts pour les séduire. Alors le concert a donné quoi au final ?
Olivier : Moi jaime bien les groupes qui commencent par un style puis qui évoluent. Anathema par exemple qui est parti dun Doom Death assez plombé, quand tu écoutes maintenant cest du Coldplay pour minettes mais il reste quand même très ancré Métal, en tout cas au niveau du public. De toute façon je naime pas le mot « Pop », ça ne veut rien dire, cest tout et nimporte quoi en fait la Pop. Il y a une grande partie du public Pop qui écoute la radio et qui est un peu frileux pour découvrir de nouvelles choses contrairement au public Métal qui est finalement assez ouvert, même chez les mecs qui écoutent du Métal extrême. Le public Progressif est lui complètement ouvert de par la signification même du mot « Progressif », il na pas ce côté frileux. Cela dit, le concert sest bien passé. Déjà parce quil y a pas mal de personnes qui nous connaissaient qui sont venus nous voir et le format acoustique fait que si les gens ne sont pas au courant que lon est étiqueté « Métal atmosphérique », ils ny font pas gaffe, ça passe inaperçu. Là, cétait une tournée dans des petits endroits donc tu touches un peu tous les types de public. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas, parfois ça parle, parfois cest attentif. Nous on veut juste jouer, tant pis si Pascal Nègre ne produit pas notre prochain album, ou tant mieux dailleurs, donnez-moi Steven Wilson je préfère largement.
De ce que jai compris, ce soir cétait votre dernier concert acoustique.
Olivier : le dernier programmé. On va entrer en studio en avril et y a encore beaucoup de boulot à faire donc on ne va plus avoir le temps de mettre des concerts en place. À mon avis, cest le dernier jusquà la rentrée prochaine, peut-être cet été si on a des plans Pour linstant, la priorité, cest le studio.
Pour rester sur Essentia, jai vu que les chroniques étaient toutes excellentes, en France mais également en Belgique. Etes-vous parvenu à vous faire connaître en dehors de nos frontières et, si oui, quels sont les pays les plus réceptifs à The Last Embrace ? Le fait davoir partagé laffiche avec Anathema et Antimatter vous a-t-il permis davoir des fans anglo-saxons par exemple ?
Olivier : Limpact est fonction du boulot que lon fait sur la promotion. On a eu une bonne promo en France parce que le label a mis largent pour. On a eu des chroniques, un peu de presse, une journée promo Le rayonnement est ce que lon pouvait espérer dun rayonnement en France. Pour le reste, cest de la débrouille, des envois, contacter des mecs en Belgique Comme on a fait quelques concerts et festivals là-bas (le Métal Female Voices Fest à Bruxelles par exemple), on sait quil y a un public pour notre style et, du coup, on y trouve plus facilement une résonance. Au final, il ny a que des bons retours mais ça reste malheureusement limité par le manque de moyens et toute lénergie quil faudrait mettre dans la promotion : cest un boulot à temps plein et lon en a déjà un.
Vous êtes passés à lémission télé « Une dose 2 Métal » (21/11/2013). Outre une interview menée par Stéphane Buriez (membre fondateur de Loudblast, quon ne présente plus), cela a été loccasion de jouer trois titres live dEssentia. Avez-vous pu toucher un plus large panel de personnes que lors de vos concerts ?
Olivier : Le passage était super sympa, très détendu. On a eu ce plan par Replica qui soccupait de la promotion dEssentia, on navait jamais fait de plateau télé. Bien sûr, ce nest pas encore une émission qui a les moyens de TF1 mais le montage était bien réalisé, léquipe sympa, Stéphane Buriez est très cool, il met une bonne ambiance sur le plateau, ce fut vraiment une bonne expérience. On a pu jouer trois titres en acoustique.
Sandy : Cela reste une expérience mémorable, de supers souvenirs. Je le vois sur notre Facebook, il y a beaucoup de gens qui nous ont contacté suite à lémission.
Olivier : Cela prouve bien limpact des médias, qui est énorme.
Olivier (guitare), les concerts acoustiques ont majoritairement été donnés à deux, avec toi et Sandy. Y a-t-il un feeling spécifique à ce type de prestation que vous ne retrouvez pas dans les concerts électriques ? Sandy, la pression sur ta performance vocale nest-elle pas accrue du fait de dépouillement musical ?
Sandy : Au départ ça a été un peu dur, je ne savais pas trop comment men sortir parce que javais énormément le trac puis, petit à petit, il sest créé un lien assez fort entre Olivier et moi ainsi quavec le public. En fin de compte, je trouve que lon vit encore plus sa musique quand cest dépouillé.
Olivier : En plus, il ny a pas le problème du matériel. Cest bassement logistique ce que je dis mais un concert électrique, ça demande une heure, une heure trente de balance, le transport, etc. Là, jai juste un sac avec mon ampli électro-acoustique, mes guitares et mes effets, Sandy amène son micro, sa voix et voilà. En dehors de ça, il y a de bonnes sensations parce quon sentend bien, chose qui nest pas toujours le cas en électrique. Ce nest pas la même énergie mais jentends mieux Sandy, je peux mieux laccompagner dans son interprétation.
Sandy : Cest exactement ça, il y a un jeu dinterprétation qui est encore plus mis en valeur. Dans lélectrique on est cinq sur scène, avec différents feelings. Avec la pression, on est davantage chacun dans son coin à jouer et à être au maximum de soi-même, tout en écoutant les autres évidemment mais cest plus particulier quand on est uniquement en acoustique. De plus, jai une voix plutôt douce qui se prête bien à cet exercice et je peux vraiment vivre mes textes tout en ayant ce lien privilégié avec le public et Olivier.
Toi Olivier tu es peut-être aussi plus dans la subtilité
Olivier : On joue les titres différemment de lélectrique. Parfois il y a Coco et cest encore autre chose mais ce soir cétait juste tous les deux donc je bosse beaucoup sur les loops pour compenser labsence des autres instruments et ça me permet de maccompagner, de jouer avec les effets. Cela apporte aussi de la pression parce que les loops, cest particulier. Il faut bien enclencher la boucle, si tu te loupes, le reste est foutu Cest une bonne sensation de créer tout le spectre musical et je le fais de mieux en mieux puisque plus tu fais de concerts plus tu taméliores.
Vous êtes actuellement en train denregistrer un nouvel album, électrique cette fois-ci, qui fera suite à Aerial, sorti en 2009. À quoi peut-on sattendre, sachant quil y a toujours eu une évolution entre chacun de vos disques, notamment dans la richesse des arrangements ?
Olivier : Depuis 2009 on a évolué. Coco sest de plus en plus investi dans la musique, dans les arrangements et ça se ressent sur lévolution que lon est naturellement en train de prendre. Il faut sattendre à des surprises, la teneur des morceaux est beaucoup plus progressive. Il y a une grosse évolution, je la trouve plus importante quentre Inside et Aerial. Cest lié à notre parcours personnel, à nos goûts, à notre progression en tant que compositeur. Je pense que ça devrait plaire au public progressif.
Lalbum est prévu pour quand et il sera enregistré où ?
Olivier : On va lenregistrer en avril au studio Sainte-Marthe avec Francis Caste et lobjectif cest quil sorte à la rentrée prochaine. Francis est connu pour avoir travaillé avec des groupes de Métal extrême (Es La Guerilla, Slavery, Inhatred, Zuul Fx) et cest un super producteur qui fait un son assez énorme, assez organique en même temps avec un côté Rock dans le traitement des guitares, des batteries, qui va bien convenir à lalbum.
Sandy : Oui, jai la sensation que ça va vraiment bien coller. En chantant ces nouvelles compositions, je me sens comme un poisson dans leau.
Olivier : La méthode de composition a aussi un peu évolué, on sest mieux organisé. Avant cétait plus chaotique, on mettait beaucoup de choses, peut-être trop, et sur Aerial la voix avait du mal à se frayer un chemin entre toutes les couches dinstruments. Sur les prochains morceaux, il y aura peut-être moins de chant mais il sera plus mis en avant, moins discret quil a pu lêtre sur certains titres dAerial.
Sandy : Je pense que jaurais plus de place, le chant sera mixé différemment. Coco et Olivier ont fait attention à ménager des espaces pour la voix, les lignes de chant sont plus efficaces, je suis fan de ce prochain album qui colle plus à ma personnalité.
Lors de votre concert au Klub (19/12/2013), vous avez joué deux nouveaux titres et jai noté quils étaient assez différents lun de lautre : tantôt principalement accès sur les parties instrumentales progressives, tantôt plus Folk Rock avec une approche directe. Cette ambivalence est-elle représentative des nouvelles compositions ?
Olivier : Oui, il y aura un morceau très Folk et puis dautres qui seront plus progressifs mais on ne ressent plus le besoin de mettre des arrangements partout. Désormais, on fait les choses si elles sont nécessaires.
Sandy : On a aussi pris en compte les défauts des albums précédents, on évolue, on essaie de ne pas refaire les mêmes erreurs.
Un mot sur votre label ? Comment se passe la collaboration ?
Olivier : Cest Longfellow Deeds Record, je travaille avec le boss dans un magasin de disques. Il sort surtout des trucs dans un registre Stoner, beaucoup de groupes Finlandais, Suédois et la collaboration avec The Last Embrace sest faite un peu par hasard. On était dans la même boutique, il savait que je faisais de la musique et a demandé à écouter. Même si ce nest pas son truc à la base il a trouvé la démarche sérieuse, on a commencé comme ça. Il a sorti Inside, ça a bien fonctionné et depuis on continue.
Pour finir, tes disques de chevet ?
Olivier : King Crimson In The Court Of The Crimson King, un classique incroyable, Anathema Eternity qui a changé ma vie. Ce fut la grosse révélation, la claque musicale. Le visuel, lambiance, cest ce qui se faisait de mieux à lépoque en Doom Gothique. Sinon, Alain Bashung Limprudence, cest un album que ma fait découvrir Coco et qui se fout des modes Le dernier Gorguts Colored Sands, le dernier Napalm Death Utilitarian que je trouve monstrueux, il y en aurait plein dautres dans tous les registres
Olivier : A lépoque, cest laspect musical des mots qui nous a plu. Dans « La Dernière Etreinte » il y a un côté nostalgique, mélancolique qui colle bien à la musique que lon joue. Il ny a donc pas de réelle signification, on trouvait que le nom sonnait bien et je ne peux pas en dire plus. Ce nest pas inspiré de lalbum « The Last Embrace » du groupe gothique Arcana, ni par le groupe de stoner Spirit Caravan qui a également sorti un disque intitulé « The Last Embrace », bien après notre création dailleurs. Cela na rien avoir avec tout ça.
Quelles sont les thématiques principales de vos textes, écrits par Sandy (chant) ? Avez-vous une réflexion commune autour des messages que vous souhaitez faire passer ou considérez-vous que la musique prime sur les paroles ?
Olivier : On ne se concerte pas, Sandy est la mieux placée pour écrire les textes, qui sont bien adaptés et réussis. Il y a un gros boulot de sa part pour la traduction notamment, il y a des modifications à apporter par rapport aux lignes de chant quelle crée, cest donc un travail qui est assez long pour elle. Au niveau des thématiques, cela parle principalement de sa vie personnelle, de lenfance perdue, de la nostalgie, autant de sujets qui vont bien avec la musique. On commence toujours par composer les parties instrumentales et ensuite elle pose son chant par-dessus donc les textes peuvent être influencés par ce quelle ressent lorsquelle écoute les mélodies. Sandy écrit naturellement sur lenfance, ça a lair dêtre assez important pour elle et puis pour nous aussi finalement. Lenfance, lamour, les choses de la vie courante, il ny a pas tellement dHeroic Fantasy en fait. On nest pas Rhapsody, on ne raconte rien sur les dragons.
Sandy (qui se joint à nous) : Jécris beaucoup sur lenfance et linnocence, sur les relations fusionnelles entre les gens, comme une mère et son enfant, un mari et sa femme, je parle aussi despoir Dans lalbum Inside, les paroles étaient très négatives, un peu gothiques, mais pour Aerial cétait déjà beaucoup plus positif.
En même temps, vos musiques ne sont pas foncièrement sombres donc forcément les textes sont au diapason.
Olivier : Effectivement, nostalgiques, mélancoliques mais pas sombres. En revanche, il y aura des choses plus sombres sur le prochain album.
Sandy : Sur Essentia, on a privilégié des morceaux euphoriques.
Pensez-vous que langlais est définitivement la langue la plus adaptée à votre genre musical ou envisagez-vous décrire quelques chansons en français, par exemple pour votre prochain album ?
Olivier : Non, ce nest pas prévu. Cest peut-être moi qui bloque parce que je trouve que le français a vite tendance à tourner variété si on ne fait pas attention, notamment pour les voix féminines. Je sais que Sandy aimerait bien chanter un morceau en français, les autres sont aussi pour, moi moins. Peut-être que cela se fera un jour mais il faudra vraiment que ça ne sonne pas variété car sur de la musique mélodique, on peut très vite tomber dans le lourd, le pompeux, lampoulé. Si cest pour faire du Grégoire ce nest pas la peine. Dans ce que jai entendu en français, il ny a que Bashung qui arrive à faire sonner la langue comme il faudrait. Ou encore le dernier Bertrand Cantat que je trouve bien parce quil a une voix particulière et un accent bizarre quand il chante, ça ne fait presque pas français, cest sans doute pour cela que ça me plait. Mais pour notre musique un peu lyrique, arrangée, le chant en français nest pas prévu pour linstant.
À la base, le nom du groupe mévoquait une formation de Death Doom, à la Theatre Of Tragedy ou My Dying Bride alors quil nen est rien. Mais au-delà de cette fausse première impression, quel est votre positionnement au sein de la scène Métal ? Vous en sentez-vous proche, si ce nest par la musique du moins dans lesprit ?
Olivier : Au départ, quand on a commencé le groupe, on voulait jouer du Métal gothique comme ça se faisait à lépoque. Naturellement, vu ce quon écoutait, nous étions dans cette scène-là. Tous les My Dying Bride, Anathema, Paradise Lost, Tiamat, ce sont malgré tout des influences qui se sont un peu dissoutes au fil du temps parce quon écoute beaucoup de choses et que lon a évolué instrumentalement parlant mais ça ne me dérange pas quil y ait un rapport avec cette scène. Il y a plein de groupes que jadore, comme Anathema qui vient du Doom Death des années 90, les débuts de My DYing Bride et de Paradise Lost qui étaient excellents, la filiation ne me dérange pas plus que ça même si ça peut perdre les gens si on leur parle de My Dying Bride et quon leur fait écouter notre dernier album, ils ne verront pas le rapport Peut-être dans les ambiances ou dans le travail des guitares, ça peut y faire penser.
Cest peut-être une question récurrente pour ceux qui, comme vous, jouent une musique à la croisée des chemins mais navez-vous pas le sentiment quau fond le public Pop Rock se ferme laccès à The Last Embrace à cause de son étiquette « Métal atmosphérique » ? Par exemple, vous avez récemment fait un concert acoustique au Pop-In (le 21/01/2014) et pour avoir brièvement échangé avec une personne qui y organise des DJ sets de Pop, elle ma dit que vos références « Métal » la rebutaient en dépit de votre facette Rock Progressif et jimagine que cela a été le cas pour bon nombre dhabitués de ce lieu. Il me semble pourtant quEssentia a tous les atouts pour les séduire. Alors le concert a donné quoi au final ?
Olivier : Moi jaime bien les groupes qui commencent par un style puis qui évoluent. Anathema par exemple qui est parti dun Doom Death assez plombé, quand tu écoutes maintenant cest du Coldplay pour minettes mais il reste quand même très ancré Métal, en tout cas au niveau du public. De toute façon je naime pas le mot « Pop », ça ne veut rien dire, cest tout et nimporte quoi en fait la Pop. Il y a une grande partie du public Pop qui écoute la radio et qui est un peu frileux pour découvrir de nouvelles choses contrairement au public Métal qui est finalement assez ouvert, même chez les mecs qui écoutent du Métal extrême. Le public Progressif est lui complètement ouvert de par la signification même du mot « Progressif », il na pas ce côté frileux. Cela dit, le concert sest bien passé. Déjà parce quil y a pas mal de personnes qui nous connaissaient qui sont venus nous voir et le format acoustique fait que si les gens ne sont pas au courant que lon est étiqueté « Métal atmosphérique », ils ny font pas gaffe, ça passe inaperçu. Là, cétait une tournée dans des petits endroits donc tu touches un peu tous les types de public. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas, parfois ça parle, parfois cest attentif. Nous on veut juste jouer, tant pis si Pascal Nègre ne produit pas notre prochain album, ou tant mieux dailleurs, donnez-moi Steven Wilson je préfère largement.
De ce que jai compris, ce soir cétait votre dernier concert acoustique.
Olivier : le dernier programmé. On va entrer en studio en avril et y a encore beaucoup de boulot à faire donc on ne va plus avoir le temps de mettre des concerts en place. À mon avis, cest le dernier jusquà la rentrée prochaine, peut-être cet été si on a des plans Pour linstant, la priorité, cest le studio.
Pour rester sur Essentia, jai vu que les chroniques étaient toutes excellentes, en France mais également en Belgique. Etes-vous parvenu à vous faire connaître en dehors de nos frontières et, si oui, quels sont les pays les plus réceptifs à The Last Embrace ? Le fait davoir partagé laffiche avec Anathema et Antimatter vous a-t-il permis davoir des fans anglo-saxons par exemple ?
Olivier : Limpact est fonction du boulot que lon fait sur la promotion. On a eu une bonne promo en France parce que le label a mis largent pour. On a eu des chroniques, un peu de presse, une journée promo Le rayonnement est ce que lon pouvait espérer dun rayonnement en France. Pour le reste, cest de la débrouille, des envois, contacter des mecs en Belgique Comme on a fait quelques concerts et festivals là-bas (le Métal Female Voices Fest à Bruxelles par exemple), on sait quil y a un public pour notre style et, du coup, on y trouve plus facilement une résonance. Au final, il ny a que des bons retours mais ça reste malheureusement limité par le manque de moyens et toute lénergie quil faudrait mettre dans la promotion : cest un boulot à temps plein et lon en a déjà un.
Vous êtes passés à lémission télé « Une dose 2 Métal » (21/11/2013). Outre une interview menée par Stéphane Buriez (membre fondateur de Loudblast, quon ne présente plus), cela a été loccasion de jouer trois titres live dEssentia. Avez-vous pu toucher un plus large panel de personnes que lors de vos concerts ?
Olivier : Le passage était super sympa, très détendu. On a eu ce plan par Replica qui soccupait de la promotion dEssentia, on navait jamais fait de plateau télé. Bien sûr, ce nest pas encore une émission qui a les moyens de TF1 mais le montage était bien réalisé, léquipe sympa, Stéphane Buriez est très cool, il met une bonne ambiance sur le plateau, ce fut vraiment une bonne expérience. On a pu jouer trois titres en acoustique.
Sandy : Cela reste une expérience mémorable, de supers souvenirs. Je le vois sur notre Facebook, il y a beaucoup de gens qui nous ont contacté suite à lémission.
Olivier : Cela prouve bien limpact des médias, qui est énorme.
Olivier (guitare), les concerts acoustiques ont majoritairement été donnés à deux, avec toi et Sandy. Y a-t-il un feeling spécifique à ce type de prestation que vous ne retrouvez pas dans les concerts électriques ? Sandy, la pression sur ta performance vocale nest-elle pas accrue du fait de dépouillement musical ?
Sandy : Au départ ça a été un peu dur, je ne savais pas trop comment men sortir parce que javais énormément le trac puis, petit à petit, il sest créé un lien assez fort entre Olivier et moi ainsi quavec le public. En fin de compte, je trouve que lon vit encore plus sa musique quand cest dépouillé.
Olivier : En plus, il ny a pas le problème du matériel. Cest bassement logistique ce que je dis mais un concert électrique, ça demande une heure, une heure trente de balance, le transport, etc. Là, jai juste un sac avec mon ampli électro-acoustique, mes guitares et mes effets, Sandy amène son micro, sa voix et voilà. En dehors de ça, il y a de bonnes sensations parce quon sentend bien, chose qui nest pas toujours le cas en électrique. Ce nest pas la même énergie mais jentends mieux Sandy, je peux mieux laccompagner dans son interprétation.
Sandy : Cest exactement ça, il y a un jeu dinterprétation qui est encore plus mis en valeur. Dans lélectrique on est cinq sur scène, avec différents feelings. Avec la pression, on est davantage chacun dans son coin à jouer et à être au maximum de soi-même, tout en écoutant les autres évidemment mais cest plus particulier quand on est uniquement en acoustique. De plus, jai une voix plutôt douce qui se prête bien à cet exercice et je peux vraiment vivre mes textes tout en ayant ce lien privilégié avec le public et Olivier.
Toi Olivier tu es peut-être aussi plus dans la subtilité
Olivier : On joue les titres différemment de lélectrique. Parfois il y a Coco et cest encore autre chose mais ce soir cétait juste tous les deux donc je bosse beaucoup sur les loops pour compenser labsence des autres instruments et ça me permet de maccompagner, de jouer avec les effets. Cela apporte aussi de la pression parce que les loops, cest particulier. Il faut bien enclencher la boucle, si tu te loupes, le reste est foutu Cest une bonne sensation de créer tout le spectre musical et je le fais de mieux en mieux puisque plus tu fais de concerts plus tu taméliores.
Vous êtes actuellement en train denregistrer un nouvel album, électrique cette fois-ci, qui fera suite à Aerial, sorti en 2009. À quoi peut-on sattendre, sachant quil y a toujours eu une évolution entre chacun de vos disques, notamment dans la richesse des arrangements ?
Olivier : Depuis 2009 on a évolué. Coco sest de plus en plus investi dans la musique, dans les arrangements et ça se ressent sur lévolution que lon est naturellement en train de prendre. Il faut sattendre à des surprises, la teneur des morceaux est beaucoup plus progressive. Il y a une grosse évolution, je la trouve plus importante quentre Inside et Aerial. Cest lié à notre parcours personnel, à nos goûts, à notre progression en tant que compositeur. Je pense que ça devrait plaire au public progressif.
Lalbum est prévu pour quand et il sera enregistré où ?
Olivier : On va lenregistrer en avril au studio Sainte-Marthe avec Francis Caste et lobjectif cest quil sorte à la rentrée prochaine. Francis est connu pour avoir travaillé avec des groupes de Métal extrême (Es La Guerilla, Slavery, Inhatred, Zuul Fx) et cest un super producteur qui fait un son assez énorme, assez organique en même temps avec un côté Rock dans le traitement des guitares, des batteries, qui va bien convenir à lalbum.
Sandy : Oui, jai la sensation que ça va vraiment bien coller. En chantant ces nouvelles compositions, je me sens comme un poisson dans leau.
Olivier : La méthode de composition a aussi un peu évolué, on sest mieux organisé. Avant cétait plus chaotique, on mettait beaucoup de choses, peut-être trop, et sur Aerial la voix avait du mal à se frayer un chemin entre toutes les couches dinstruments. Sur les prochains morceaux, il y aura peut-être moins de chant mais il sera plus mis en avant, moins discret quil a pu lêtre sur certains titres dAerial.
Sandy : Je pense que jaurais plus de place, le chant sera mixé différemment. Coco et Olivier ont fait attention à ménager des espaces pour la voix, les lignes de chant sont plus efficaces, je suis fan de ce prochain album qui colle plus à ma personnalité.
Lors de votre concert au Klub (19/12/2013), vous avez joué deux nouveaux titres et jai noté quils étaient assez différents lun de lautre : tantôt principalement accès sur les parties instrumentales progressives, tantôt plus Folk Rock avec une approche directe. Cette ambivalence est-elle représentative des nouvelles compositions ?
Olivier : Oui, il y aura un morceau très Folk et puis dautres qui seront plus progressifs mais on ne ressent plus le besoin de mettre des arrangements partout. Désormais, on fait les choses si elles sont nécessaires.
Sandy : On a aussi pris en compte les défauts des albums précédents, on évolue, on essaie de ne pas refaire les mêmes erreurs.
Un mot sur votre label ? Comment se passe la collaboration ?
Olivier : Cest Longfellow Deeds Record, je travaille avec le boss dans un magasin de disques. Il sort surtout des trucs dans un registre Stoner, beaucoup de groupes Finlandais, Suédois et la collaboration avec The Last Embrace sest faite un peu par hasard. On était dans la même boutique, il savait que je faisais de la musique et a demandé à écouter. Même si ce nest pas son truc à la base il a trouvé la démarche sérieuse, on a commencé comme ça. Il a sorti Inside, ça a bien fonctionné et depuis on continue.
Pour finir, tes disques de chevet ?
Olivier : King Crimson In The Court Of The Crimson King, un classique incroyable, Anathema Eternity qui a changé ma vie. Ce fut la grosse révélation, la claque musicale. Le visuel, lambiance, cest ce qui se faisait de mieux à lépoque en Doom Gothique. Sinon, Alain Bashung Limprudence, cest un album que ma fait découvrir Coco et qui se fout des modes Le dernier Gorguts Colored Sands, le dernier Napalm Death Utilitarian que je trouve monstrueux, il y en aurait plein dautres dans tous les registres