10 questions à Sylvia Hansel
Le groupe indie rock francilien Wonderflu bien connu des membres de XSilence a une riche actu en cette fin dannée 2021. Ils viennent de sortir leur dixième E.P et ont repris les concerts avec une nouvelle bassiste : Sylvia Hansel. Bassiste, guitariste, songwriter, écrivaine, podcastrice, journaliste, il se trouve quelle fait également beaucoup de choses bien cools (des trucs excellents à écouter ou lire en résumé) et quon devait absolument lui demander de nous parler de toutes ses activités
Interview menée par Plock
Qui es-tu Sylvia Hansel ?
Vaste question Disons que je suis une plouque de la Moselle qui a eu la chance dentendre le Velvet Underground, ce qui a changé ma vie.
Quand as-tu commencé à faire de la musique ? Et à enregistrer tes propres chansons ?
Jai toujours adoré la musique. Il paraît quà moins de 5 ans, je chantais du Tino Rossi à chaque réunion de famille, mes parents voulaient me faire passer à lÉcole des fans de Jacques Martin. Ça ne sest, heureusement, pas fait. Très tôt, jai appris à manipuler le magnétophone pour menregistrer. Ma première chanson, intitulée « Lécole me fait chier », a eu tellement de succès dans ma classe de CE1 que cest arrivé aux oreilles de la maîtresse, que jinsultais plus ou moins dans les paroles. Jai été sévèrement punie, copier « Je dois être polie envers les grandes personnes » 500 fois, je crois, ça mavait pris un temps fou, jétais désespérée. Ensuite, à ladolescence, jai découvert le rock, essayé dapprendre toute seule la guitare pour monter un groupe sans succès. Je nétais pas très sociable, même les rares autres gamins qui écoutaient du rock ne voulaient pas être vus avec moi, encore moins mavoir dans leur groupe. Jai mis un temps fou à apprendre à jouer trois accords de guitare assez correctement pour composer réellement mes chansons, javais déjà 19 ans quand jai acheté une guitare électrique, un ampli et une disto, puis passé des annonces pour trouver des musiciens. Ça ma encore pris deux ans pour tomber sur les bons, entre-temps je suis passée à la basse, beaucoup plus facile à jouer, résultat je devais avoir 23 ans pour mon premier concert, 27 quand jai enregistré mon premier album, après moult péripéties avec plusieurs groupes
Quels sont les musiciens et plus généralement les artistes ou les gens, les choses qui tinspirent ?
Spontanément, jai envie de mécrier : Kim Deal ! Cest elle qui ma appris à jouer de la basse, cest en lentendant chanter que je me suis dit que moi aussi, je pourrais, même si ma voix navait rien dextraordinaire (rappelons que les 90s était la décennie dans chanteuses « à voix » type Céline Dion). Son look, son humour, sa façon davoir lair den avoir rien à foutre, de jouer dans un groupe de mecs et dy occuper pleinement sa place, à laise, légitime, sans minauder ni jouer les séductrices Ça na lair de rien, mais cétait important pour moi davoir ce modèle, même simplement de voir que cétait possible. La première fois que jai vu des photos des L7 , pareil, javais 13 ans, jai failli hurler : « Je veux être comme elles plus tard ! ». Mais musicalement, L7 cétait un peu trop bourrin, enfin non, jaime bien, jai tous leurs albums, mais je ne pourrais pas faire que ça, jai besoin de plus de subtilité, de mélodies, de ballades et Kim Deal fait tout cela à la fois. Cest une artiste sincère, qui fait exactement ce quelle veut, seule ou en groupe. Même en vieillissant, elle continue de minspirer. Je veux bien vieillir comme elle ou sa sur Kelley qui, entre deux tournées des Breeders, tricote et coud des écharpes (jen ai acheté une sur son site web, elle tient bien chaud lhiver).
Peux-tu nous présenter tes différents projets présents, passés, futurs, musicaux, littéraires, etc. ?
Pour faire court, on va se contenter du présent, si tu veux bien, car cest déjà pas mal. Jai enregistré un album solo il y a un an, dans mon salon, que jai produit et mixé moi-même, et pourtant il sonne bien. Il sappelle Moselle Hillbillie et va sortir début mars sur le label Acoustic Kitty, tout jeune label créé par la musicienne française Pollyanna, qui fait du folk. Mon disque est une sorte de mélange dindie 90s, de pop 60s et de country, il y a du violon, du banjo et du piano en plus des habituelles guitares-basse-batterie, jai même mis un solo de basse (oui) et des sons genre Mellotron ou Farfisa, bricolés avec GarageBand. Jen suis super fière.
Je joue aussi, avec mon amie Alizon du groupe Quiche My Ass, dans un duo féminin nommé Blue Tampax. On chante ensemble, en harmonie, des chansons pop en anglais, sur des sujets tels que le kebab de 2 h du mat quand tu rentres bourrée, lennui conjugal ou la cystite. On fait aussi une reprise dAbba façon Hank Williams, avec un banjolélé Bref, cest un projet récréatif. Sinon, je viens de sortir une reprise de Joni Mitchell pour une compile de Noël dont les bénéfices sont reversés à lassociation Féminité sans abri
Côté littéraire, après Noël en février (2015), Les adultes nexistent pas (2018) et Cannonball, ladolescence nest pas une chanson douce (2020), un quatrième roman devrait voir le jour dans lannée, toujours aux éditions Intervalles. Mais je ne veux pas trop en parler à lavance. Jai envie décrire plein de trucs. Depuis que jai découvert, à ma grande surprise, que ce que jécrivais était publiable et quil y avait même des gens qui achetaient les livres, jai plein didées. Mais je manque de temps, dautant que je me suis embarquée avec Wonderflu, par-dessus le marché.
Comment as-tu été amené à rejoindre Wonderflu ? Et question subsidiaire à laquelle tu nes pas obligée de répondre : est-il vrai que dans la vraie vie Javier, Marco et Greg ne sont pas très fun et aiment traîner leur spleen dindie rockeur en chemises à carreaux dans des PMU sordides de la petite couronne parisienne pour jouer au Rapido et boire des mauvais déca ?
Javais contacté Greg et Javier à lépoque où je cherchais un label pour sortir Moselle Hillbillie . Javais pensé quInfluenza Records serait lidéal pour mon disque, mais ce nétait pas leur point de vue. Je suis ensuite allée voir Wonderflu en concert et jai adoré. Comme jétais un peu pompette, je leur ai dit que si un jour leur bassiste partait, jétais chaude patate pour le remplacer. Quand leur bassiste les a effectivement quittés, ils ont pris quelquun dautre, un Américain. Alors, à moitié pour déconner, je les ai engueulés sur Facebook : « Comment ça, votre bassiste fout le camp et cest pas moi que vous appelez ?!! » Manque de bol pour eux, lAméricain a été expulsé du territoire français, puis a choisi de rester aux États-Unis. Du coup, ils ont fini par mappeler À croire que jai fait du vaudou pour obtenir le job !
Quant au Rapido dans les PMU, je déments formellement cette rumeur : on rentre tous gentiment chacun chez soi après les répètes, y a jamais moyen de boire un coup ça me change du groupe de psyché-garage dans lequel jai joué il y a 3 ou 4 ans, avec qui ça se finissait toujours en tournées de shots, puis la tête dans les waters. Moralité, Wonderflu est un groupe bon pour la santé.
Est il possible que dans le futur tu puisses amener tes compos, prendre un peu le micro pour chanter, faire les churs, etc. au sein de Wonderflu ? (On limagine aisément à lécoute de tes albums solo )
Je fais déjà des churs ; pour ce qui est de placer des compos, Greg et Javier sont si prolifiques quon ne sait plus quoi faire avec toutes les chansons quils composent, on aurait de quoi remplir un triple album Je me croirais dans Guided By Voices ! Alors si, en plus, jajoutais les miennes, je te raconte pas le bordel.
Tu as un parcours de musicienne très varié puisque tu as entre autres accompagné Agnès Gayraud aka La Féline qui fait de la pop française, là tu rejoins un groupe indie rock qui chante en anglais tu écoutes beaucoup de choses différentes ou tout ceci nest que le fruit « du hasard et des rencontres » ?
Il y a un peu des deux. En fait, jai toujours écouté des choses assez variées : ado, je pouvais passer de Nirvana à Simon & Garfunkel, si tu lis mon bouquin Cannonball, tu verras que je passe de Neil Young à L7, puis à Tommy des Who Il y a même du Renaud ! Ça doit être parce que je nai jamais traîné avec une bande damis, où il faut écouter tel style et thabiller de telle façon Cette manière réductrice de voir les choses me fait horreur. Pour moi, se cantonner à un ou deux genres musicaux, cest surtout faire la preuve quon est incapable de juger par soi-même, quon a besoin de lapprobation des autres pour exister (coucou les rockab). Étant assez ouverte (sauf au jazz et à lélectro, faut pas exagérer), jai tendance à dire oui quand un groupe sollicite mes services : jai joué dans un groupe de punk, un de psychobilly, un de psyché-garage La Féline, cest une autre histoire : en 2007, quand Agnès ma contactée, sa musique navait pas grand-chose à voir avec ce que cest devenu. Elle faisait de la pop-folk, parfois en français, parfois en anglais, elle avait aussi des chansons en espagnol Javais du mal avec ses trucs en français, mais Agnès était tellement sympa, intéressante, persuasive Elle ma énormément appris, notamment en ce qui concerne le chant, les harmonies médiévales, ce genre de trucs. Elle partait beaucoup en envolées lyriques dans les aigus ; sans elle, je naurais jamais su que jen étais capable, je voulais juste chanter comme Kim Deal, mais Agnès écoutait Kate Bush, elle savait que faire preuve daudace dans la musique nest pas automatiquement prétentieux. Elle jouait de la guitare folk, je laccompagnais à lélectrique, des sortes de petits solos avec un son à la Shadows. Après, elle a intégré dautres musiciens, des synthés 80s, sest mise à privilégier le français, cétait beaucoup moins ma came, jai mis les voiles quand elle ma interdit dutiliser ma pédale de disto. Mais elle reste une amie, et lexpérience a été formatrice. Si je nétais pas passée par la case Féline, je naurais peut-être jamais eu assez confiance en moi pour enregistrer mon premier disque solo.
Jai parcouru ton blog, qui ma fortement donné envie de lire Cannonball, que je vais commander. Il y a une part de nostalgie et de mélancolie assez assumée. Est-ce que tu peux nous parler de ce livre et des covers qui laccompagnent ?
Génial, super contente que tu commandes Cannonball ! Pas mal des gens continuent de le découvrir, un an et demi après sa sortie, cest hyper gratifiant. Cest un gros pavé, dont lécriture ma pris trois ans et demi, tout de même. Le principe, cest que chaque chapitre est consacré à une chanson qui a marqué mon adolescence. Il y a à la fois une approche journalistique, et une approche autobiographique. Plus que de la simple nostalgie, le livre se penche sur le lien qui nous unit à la musique : pourquoi une chanson nous parle à tel moment de notre vie ? Quel rôle peuvent jouer les chansons, les groupes, la radio, la presse musicale, pour les gens qui les écoutent ? Tout à lheure, je texpliquais pourquoi Kim Deal avait tant dimportance pour moi ; il y a aussi eu Lou Reed, Keith Richards, Courtney Love, Pete Townshend Si je navais pas entendu parler de ces gens, ma vie naurait pas la gueule quelle a actuellement, jen suis certaine. Cest un peu la question que pose Nick Hornby dans son livre culte, High Fidelity « est-ce que jécoute de la pop music parce que je suis malheureux, ou est-ce que je suis malheureux parce que jécoute de la pop music ? » Cest presque de la sociologie, en fait !
Quant à lalbum de reprises qui accompagnait la sortie du livre, cest surtout que je me suis fait plaisir. Écrire sur ces chansons ma donné envie de les jouer, alors je suis allée sur Ultimate Guitar et jen ai appris certaines. Ça ma permis de mieux les comprendre, et du coup, daffiner leur analyse pour le livre. Puis je me suis dit, pourquoi pas les enregistrer ? Cest sur GarageBand, cest gratuit, on était confiné de toute façon. Du coup, jai mis le truc en ligne sur Bandcamp. Jai aussi consacré plusieurs émissions de mon podcast à ces chansons, histoire de promouvoir le livre. Mais je ne peux plus écouter ces covers, cest trop mal mixé, jai honte.
Livres, podcast, musique, journalisme as-tu déjà pensé/envisagé/rêvé de texprimer via des vidéos (court métrage, série, film) et si oui à quoi ça pourrait ressembler ?
Alors non, jaime pas la vidéo. Je me suis forcée à faire un clip pour « Oh, Davy! », mon prochain single qui va sortir bientôt, parce que jai limpression que de nos jours, on ne peut plus exister sans clip. Parfois, je vois passer des articles intitulés « Nouveau clip pour Wonderflu », « Découvrez en exclu le nouveau clip de La Féline » comme si le clip était plus important que la chanson. Moi, les clips memmerdent. Certains sont très bien, mais le principe de mettre de la vidéo sur de la musique, bof. Quand je découvre une chanson, jaime y projeter mon propre ressenti, jai pas envie quon mimpose des images. Dautant que souvent, ces films nont rien à voir avec lintention du songwriter. Je préfère quune chanson me rappelle éternellement le parking dans lequel je lai entendue pour la première fois à la radio, plutôt que les images du clip.
Pour finir, je te laisse carte blanche pour nous faire une playlist albums, chansons, livres, films, séries, etc. Tu mets ce que tu veux mais nous écoutons tes recommandations !
Wow. Ta question est tellement vaste que je vais devoir prendre un parti. Je vais essayer de recommander des albums qui sont un peu passés sous les radars, et qui mériteraient dêtre écoutés avec attention.
- Heart Food , de Judee Sill (1973). Une singer-songwriter californienne incroyable, morte doverdose dans la dèche, sans avoir connu le succès alors que putain, je sais pas ce quil vous faut, ce disque est une splendeur.
- Here Come the Warm Jets, de Brian Eno (1974). Non, Eno nest pas juste un chauve chiant qui, au mieux, tripotait des boutons chez Roxy Music et, au pire, produisait U2
- Sunny Border Blue, de Kristin Hersh (2001). Tuerie absolue. Jaime cette meuf damour.
- Title TK (2002) et Mountain Battles (2007) des Breeders, deux albums un peu mal aimés, avec un line-up différent, mais que je trouve presque meilleurs que ceux de la grande époque.
- Lil One-Arm, de The Oubliettes (2013). Un projet parallèle de Matt Verta-Ray avec une chanteuse nommée Ali Smith, superbe. Album improbable et magique.
- Nerves, de First Floor Power (2003). Un groupe suédois aujourdhui tombé dans loubli, que je me surprends à réécouter au moins une fois par an pour me dire « putain, cétait vachement bien ! »
- Rumours de Fleetwood Mac (1977). Album best-seller, mais tellement sous-estimé en France
Plus près de nous, chez les (presque) Français, jadore The Necessary Separations et leur album homonyme, ainsi que Communication Problems, lalbum solo de Nick Wheeldon, paru début novembre chez Mauvaise Foi Records.
Pour les livres liés à la musique, je recommande chaudement Basse Fidélité de Philippe Dumez, En attendant lan 2000 de Catherine Humbert qui vient de paraître, Demain la brume de Timothée Demeillers, Riot Grrrl de Mathilde Carton, Tais-toi ou meurs, lautobiographie de Mark Oliver Everett (le mec de Eels), Bande originale et Tomber les filles avec Duran Duran de Rob Sheffield, Je, la Mort et le RocknRoll de Chuck Klosterman Et il y en a tellement dautres !
Vaste question Disons que je suis une plouque de la Moselle qui a eu la chance dentendre le Velvet Underground, ce qui a changé ma vie.
Quand as-tu commencé à faire de la musique ? Et à enregistrer tes propres chansons ?
Jai toujours adoré la musique. Il paraît quà moins de 5 ans, je chantais du Tino Rossi à chaque réunion de famille, mes parents voulaient me faire passer à lÉcole des fans de Jacques Martin. Ça ne sest, heureusement, pas fait. Très tôt, jai appris à manipuler le magnétophone pour menregistrer. Ma première chanson, intitulée « Lécole me fait chier », a eu tellement de succès dans ma classe de CE1 que cest arrivé aux oreilles de la maîtresse, que jinsultais plus ou moins dans les paroles. Jai été sévèrement punie, copier « Je dois être polie envers les grandes personnes » 500 fois, je crois, ça mavait pris un temps fou, jétais désespérée. Ensuite, à ladolescence, jai découvert le rock, essayé dapprendre toute seule la guitare pour monter un groupe sans succès. Je nétais pas très sociable, même les rares autres gamins qui écoutaient du rock ne voulaient pas être vus avec moi, encore moins mavoir dans leur groupe. Jai mis un temps fou à apprendre à jouer trois accords de guitare assez correctement pour composer réellement mes chansons, javais déjà 19 ans quand jai acheté une guitare électrique, un ampli et une disto, puis passé des annonces pour trouver des musiciens. Ça ma encore pris deux ans pour tomber sur les bons, entre-temps je suis passée à la basse, beaucoup plus facile à jouer, résultat je devais avoir 23 ans pour mon premier concert, 27 quand jai enregistré mon premier album, après moult péripéties avec plusieurs groupes
Quels sont les musiciens et plus généralement les artistes ou les gens, les choses qui tinspirent ?
Spontanément, jai envie de mécrier : Kim Deal ! Cest elle qui ma appris à jouer de la basse, cest en lentendant chanter que je me suis dit que moi aussi, je pourrais, même si ma voix navait rien dextraordinaire (rappelons que les 90s était la décennie dans chanteuses « à voix » type Céline Dion). Son look, son humour, sa façon davoir lair den avoir rien à foutre, de jouer dans un groupe de mecs et dy occuper pleinement sa place, à laise, légitime, sans minauder ni jouer les séductrices Ça na lair de rien, mais cétait important pour moi davoir ce modèle, même simplement de voir que cétait possible. La première fois que jai vu des photos des L7 , pareil, javais 13 ans, jai failli hurler : « Je veux être comme elles plus tard ! ». Mais musicalement, L7 cétait un peu trop bourrin, enfin non, jaime bien, jai tous leurs albums, mais je ne pourrais pas faire que ça, jai besoin de plus de subtilité, de mélodies, de ballades et Kim Deal fait tout cela à la fois. Cest une artiste sincère, qui fait exactement ce quelle veut, seule ou en groupe. Même en vieillissant, elle continue de minspirer. Je veux bien vieillir comme elle ou sa sur Kelley qui, entre deux tournées des Breeders, tricote et coud des écharpes (jen ai acheté une sur son site web, elle tient bien chaud lhiver).
Peux-tu nous présenter tes différents projets présents, passés, futurs, musicaux, littéraires, etc. ?
Pour faire court, on va se contenter du présent, si tu veux bien, car cest déjà pas mal. Jai enregistré un album solo il y a un an, dans mon salon, que jai produit et mixé moi-même, et pourtant il sonne bien. Il sappelle Moselle Hillbillie et va sortir début mars sur le label Acoustic Kitty, tout jeune label créé par la musicienne française Pollyanna, qui fait du folk. Mon disque est une sorte de mélange dindie 90s, de pop 60s et de country, il y a du violon, du banjo et du piano en plus des habituelles guitares-basse-batterie, jai même mis un solo de basse (oui) et des sons genre Mellotron ou Farfisa, bricolés avec GarageBand. Jen suis super fière.
Je joue aussi, avec mon amie Alizon du groupe Quiche My Ass, dans un duo féminin nommé Blue Tampax. On chante ensemble, en harmonie, des chansons pop en anglais, sur des sujets tels que le kebab de 2 h du mat quand tu rentres bourrée, lennui conjugal ou la cystite. On fait aussi une reprise dAbba façon Hank Williams, avec un banjolélé Bref, cest un projet récréatif. Sinon, je viens de sortir une reprise de Joni Mitchell pour une compile de Noël dont les bénéfices sont reversés à lassociation Féminité sans abri
Côté littéraire, après Noël en février (2015), Les adultes nexistent pas (2018) et Cannonball, ladolescence nest pas une chanson douce (2020), un quatrième roman devrait voir le jour dans lannée, toujours aux éditions Intervalles. Mais je ne veux pas trop en parler à lavance. Jai envie décrire plein de trucs. Depuis que jai découvert, à ma grande surprise, que ce que jécrivais était publiable et quil y avait même des gens qui achetaient les livres, jai plein didées. Mais je manque de temps, dautant que je me suis embarquée avec Wonderflu, par-dessus le marché.
Comment as-tu été amené à rejoindre Wonderflu ? Et question subsidiaire à laquelle tu nes pas obligée de répondre : est-il vrai que dans la vraie vie Javier, Marco et Greg ne sont pas très fun et aiment traîner leur spleen dindie rockeur en chemises à carreaux dans des PMU sordides de la petite couronne parisienne pour jouer au Rapido et boire des mauvais déca ?
Javais contacté Greg et Javier à lépoque où je cherchais un label pour sortir Moselle Hillbillie . Javais pensé quInfluenza Records serait lidéal pour mon disque, mais ce nétait pas leur point de vue. Je suis ensuite allée voir Wonderflu en concert et jai adoré. Comme jétais un peu pompette, je leur ai dit que si un jour leur bassiste partait, jétais chaude patate pour le remplacer. Quand leur bassiste les a effectivement quittés, ils ont pris quelquun dautre, un Américain. Alors, à moitié pour déconner, je les ai engueulés sur Facebook : « Comment ça, votre bassiste fout le camp et cest pas moi que vous appelez ?!! » Manque de bol pour eux, lAméricain a été expulsé du territoire français, puis a choisi de rester aux États-Unis. Du coup, ils ont fini par mappeler À croire que jai fait du vaudou pour obtenir le job !
Quant au Rapido dans les PMU, je déments formellement cette rumeur : on rentre tous gentiment chacun chez soi après les répètes, y a jamais moyen de boire un coup ça me change du groupe de psyché-garage dans lequel jai joué il y a 3 ou 4 ans, avec qui ça se finissait toujours en tournées de shots, puis la tête dans les waters. Moralité, Wonderflu est un groupe bon pour la santé.
Est il possible que dans le futur tu puisses amener tes compos, prendre un peu le micro pour chanter, faire les churs, etc. au sein de Wonderflu ? (On limagine aisément à lécoute de tes albums solo )
Je fais déjà des churs ; pour ce qui est de placer des compos, Greg et Javier sont si prolifiques quon ne sait plus quoi faire avec toutes les chansons quils composent, on aurait de quoi remplir un triple album Je me croirais dans Guided By Voices ! Alors si, en plus, jajoutais les miennes, je te raconte pas le bordel.
Tu as un parcours de musicienne très varié puisque tu as entre autres accompagné Agnès Gayraud aka La Féline qui fait de la pop française, là tu rejoins un groupe indie rock qui chante en anglais tu écoutes beaucoup de choses différentes ou tout ceci nest que le fruit « du hasard et des rencontres » ?
Il y a un peu des deux. En fait, jai toujours écouté des choses assez variées : ado, je pouvais passer de Nirvana à Simon & Garfunkel, si tu lis mon bouquin Cannonball, tu verras que je passe de Neil Young à L7, puis à Tommy des Who Il y a même du Renaud ! Ça doit être parce que je nai jamais traîné avec une bande damis, où il faut écouter tel style et thabiller de telle façon Cette manière réductrice de voir les choses me fait horreur. Pour moi, se cantonner à un ou deux genres musicaux, cest surtout faire la preuve quon est incapable de juger par soi-même, quon a besoin de lapprobation des autres pour exister (coucou les rockab). Étant assez ouverte (sauf au jazz et à lélectro, faut pas exagérer), jai tendance à dire oui quand un groupe sollicite mes services : jai joué dans un groupe de punk, un de psychobilly, un de psyché-garage La Féline, cest une autre histoire : en 2007, quand Agnès ma contactée, sa musique navait pas grand-chose à voir avec ce que cest devenu. Elle faisait de la pop-folk, parfois en français, parfois en anglais, elle avait aussi des chansons en espagnol Javais du mal avec ses trucs en français, mais Agnès était tellement sympa, intéressante, persuasive Elle ma énormément appris, notamment en ce qui concerne le chant, les harmonies médiévales, ce genre de trucs. Elle partait beaucoup en envolées lyriques dans les aigus ; sans elle, je naurais jamais su que jen étais capable, je voulais juste chanter comme Kim Deal, mais Agnès écoutait Kate Bush, elle savait que faire preuve daudace dans la musique nest pas automatiquement prétentieux. Elle jouait de la guitare folk, je laccompagnais à lélectrique, des sortes de petits solos avec un son à la Shadows. Après, elle a intégré dautres musiciens, des synthés 80s, sest mise à privilégier le français, cétait beaucoup moins ma came, jai mis les voiles quand elle ma interdit dutiliser ma pédale de disto. Mais elle reste une amie, et lexpérience a été formatrice. Si je nétais pas passée par la case Féline, je naurais peut-être jamais eu assez confiance en moi pour enregistrer mon premier disque solo.
Jai parcouru ton blog, qui ma fortement donné envie de lire Cannonball, que je vais commander. Il y a une part de nostalgie et de mélancolie assez assumée. Est-ce que tu peux nous parler de ce livre et des covers qui laccompagnent ?
Génial, super contente que tu commandes Cannonball ! Pas mal des gens continuent de le découvrir, un an et demi après sa sortie, cest hyper gratifiant. Cest un gros pavé, dont lécriture ma pris trois ans et demi, tout de même. Le principe, cest que chaque chapitre est consacré à une chanson qui a marqué mon adolescence. Il y a à la fois une approche journalistique, et une approche autobiographique. Plus que de la simple nostalgie, le livre se penche sur le lien qui nous unit à la musique : pourquoi une chanson nous parle à tel moment de notre vie ? Quel rôle peuvent jouer les chansons, les groupes, la radio, la presse musicale, pour les gens qui les écoutent ? Tout à lheure, je texpliquais pourquoi Kim Deal avait tant dimportance pour moi ; il y a aussi eu Lou Reed, Keith Richards, Courtney Love, Pete Townshend Si je navais pas entendu parler de ces gens, ma vie naurait pas la gueule quelle a actuellement, jen suis certaine. Cest un peu la question que pose Nick Hornby dans son livre culte, High Fidelity « est-ce que jécoute de la pop music parce que je suis malheureux, ou est-ce que je suis malheureux parce que jécoute de la pop music ? » Cest presque de la sociologie, en fait !
Quant à lalbum de reprises qui accompagnait la sortie du livre, cest surtout que je me suis fait plaisir. Écrire sur ces chansons ma donné envie de les jouer, alors je suis allée sur Ultimate Guitar et jen ai appris certaines. Ça ma permis de mieux les comprendre, et du coup, daffiner leur analyse pour le livre. Puis je me suis dit, pourquoi pas les enregistrer ? Cest sur GarageBand, cest gratuit, on était confiné de toute façon. Du coup, jai mis le truc en ligne sur Bandcamp. Jai aussi consacré plusieurs émissions de mon podcast à ces chansons, histoire de promouvoir le livre. Mais je ne peux plus écouter ces covers, cest trop mal mixé, jai honte.
Livres, podcast, musique, journalisme as-tu déjà pensé/envisagé/rêvé de texprimer via des vidéos (court métrage, série, film) et si oui à quoi ça pourrait ressembler ?
Alors non, jaime pas la vidéo. Je me suis forcée à faire un clip pour « Oh, Davy! », mon prochain single qui va sortir bientôt, parce que jai limpression que de nos jours, on ne peut plus exister sans clip. Parfois, je vois passer des articles intitulés « Nouveau clip pour Wonderflu », « Découvrez en exclu le nouveau clip de La Féline » comme si le clip était plus important que la chanson. Moi, les clips memmerdent. Certains sont très bien, mais le principe de mettre de la vidéo sur de la musique, bof. Quand je découvre une chanson, jaime y projeter mon propre ressenti, jai pas envie quon mimpose des images. Dautant que souvent, ces films nont rien à voir avec lintention du songwriter. Je préfère quune chanson me rappelle éternellement le parking dans lequel je lai entendue pour la première fois à la radio, plutôt que les images du clip.
Pour finir, je te laisse carte blanche pour nous faire une playlist albums, chansons, livres, films, séries, etc. Tu mets ce que tu veux mais nous écoutons tes recommandations !
Wow. Ta question est tellement vaste que je vais devoir prendre un parti. Je vais essayer de recommander des albums qui sont un peu passés sous les radars, et qui mériteraient dêtre écoutés avec attention.
- Heart Food , de Judee Sill (1973). Une singer-songwriter californienne incroyable, morte doverdose dans la dèche, sans avoir connu le succès alors que putain, je sais pas ce quil vous faut, ce disque est une splendeur.
- Here Come the Warm Jets, de Brian Eno (1974). Non, Eno nest pas juste un chauve chiant qui, au mieux, tripotait des boutons chez Roxy Music et, au pire, produisait U2
- Sunny Border Blue, de Kristin Hersh (2001). Tuerie absolue. Jaime cette meuf damour.
- Title TK (2002) et Mountain Battles (2007) des Breeders, deux albums un peu mal aimés, avec un line-up différent, mais que je trouve presque meilleurs que ceux de la grande époque.
- Lil One-Arm, de The Oubliettes (2013). Un projet parallèle de Matt Verta-Ray avec une chanteuse nommée Ali Smith, superbe. Album improbable et magique.
- Nerves, de First Floor Power (2003). Un groupe suédois aujourdhui tombé dans loubli, que je me surprends à réécouter au moins une fois par an pour me dire « putain, cétait vachement bien ! »
- Rumours de Fleetwood Mac (1977). Album best-seller, mais tellement sous-estimé en France
Plus près de nous, chez les (presque) Français, jadore The Necessary Separations et leur album homonyme, ainsi que Communication Problems, lalbum solo de Nick Wheeldon, paru début novembre chez Mauvaise Foi Records.
Pour les livres liés à la musique, je recommande chaudement Basse Fidélité de Philippe Dumez, En attendant lan 2000 de Catherine Humbert qui vient de paraître, Demain la brume de Timothée Demeillers, Riot Grrrl de Mathilde Carton, Tais-toi ou meurs, lautobiographie de Mark Oliver Everett (le mec de Eels), Bande originale et Tomber les filles avec Duran Duran de Rob Sheffield, Je, la Mort et le RocknRoll de Chuck Klosterman Et il y en a tellement dautres !