Quand je suis monté sur scène tout ce dont je me souviens c'est que mon set était assez chaotique, mais en tout cas je chantais.
Je me souviens de ces mois passés entre quatre murs à m'imaginer tout ce que je raconterai à ceux dont j'ai été séparé, et puis me voilà aujourd'hui à en avoir ras-le-cul de demander à tous mes semblables "et toi, t'as fait quoi pendant le confinement???". Et ben je vais vous le dire tout de suite comme ça on pourra passer à autre chose : moi pendant le confinement, j'ai (beaucoup) écouté Richard Youngs, barde expérimental Écossais, sorte d'âme punk en peine, compositeur ultra productif, improvisateur chaotique, vocaliste à la voix pareille à une plainte de baleine.
Tout ça, ça donne des idées, comme par exemple de lui proposer une interview par mail. Nos échanges se sont égrainés paisiblement de jours en jours, et on vous propose de venir discuter avec nous de labels par milliers, de bardes celtes, de musique faite par ordinateur, de comment trouver sa voix, de concerts qui osent, et bien sûr des 36 projets en attente du sieur Youngs, qui arriveront... un jour !
Et en deuxième partie d'interview on présentera quelques disques piochés dans la carrière récente du bricoleur stakhanoviste.
Propos recueillis par Wazoo/Martin
For all non-french speakers, you'll find right here the full english transcript
Richard : Jai assez vite développé une sorte de routine. La plupart des matinées je sors le chien, je rentre pour un café et je traîne avec ma famille. Jessaie de faire du télétravail pour mon mi-temps de libraire. Et puis plus tard je fais de la musique. Dans la soirée ça marrive de regarder un film, mais sinon je me suis pris dintérêt pour les dramas policiers procéduraux et pour la cuisine.
Quand je ne fais pas de musique je me sens frustré et je deviens irritable. Donc en fait jenregistre probablement davantage pendant le confinement quavant le piano me manque, javais lhabitude daller dans un studio pour ça, mais jai dautres instruments dans mon appart que je peux utiliser. Bien sûr il ny a plus de concerts, ça fait bizarre. Cest aussi étrange de ne plus jouer à plusieurs. Juste avant le confinement, AMOR avait enregistré des nouveaux trucs et jétais impliqué dans un projet de communauté. Mais bon, jaime aussi faire ma tambouille tout seul.
Tu dis que ne pas faire de musique est mauvais pour ton humeur, jimagine que ça explique au moins en partie ta productivité affolante durant toutes ces années ! À ce propos, est-ce que tu timposes une sorte de « discipline » qui te permet de canaliser ton impulsion créatrice en musique ? Par exemple est-ce que tu décides à lavance de règles de compo ou dimpros ?
Je peux faire ce que je veux, ce qui est toujours un bon point de départ. De ce fait, rien ne me parait trop ridicule, trop difficile, trop vain, trop facile, trop chronophage. Mais cela étant dit, je me lance rarement dans quelque chose sans avoir une sorte de concept préalable. Par exemple Ein Klein Nein, mon plus récent LP sur le label VHF, avait pour horizon de recréer une musique que javais entendue dans un rêve lucide. Vistas, que jai fait en confinement et qui est sur Bandcamp, part de lenvie de faire sens de mon essai de 90 jours sur le logiciel Ableton cest mon premier album fait entièrement sur ordinateur.
Eh bien Vistas se trouve être lun des prétendants au titre de mon album favori dans ta discographie. Au moment où on en parle jessaye dailleurs décrire quelque chose dessus Nhésite pas à essayer dautres logiciels audio à loccasion ! Une question rapide puisque tu mentionnes Bandcamp ; en parcourant la page de No Fans, ton propre label, jai remarqué que beaucoup de tes albums disparaissaient. Est-ce que tu effaces régulièrement dinternet certains de tes anciens travaux ? Si oui, pourquoi ?
Merci. Ouais, je vois la plupart de mes sorties Bandcamp comme des publications « pop-up », léquivalent digital dune édition limitée, du type vinyle limité à 100 copies. Après, certaines dentre elles sont plus permanentes Vistas notamment. Mais souvent pour moi, publier un truc sur Bandcamp est une manière de ressentir une sorte dachèvement, de telle manière que je nai plus à y penser après. Ça me permet de passer à autre chose. Je ne me soucie pas vraiment de produire des chef-duvres, cest plutôt une manière de me maintenir amusé dune manière compulsive, certes.
Cette volonté de tauto-divertir ta amené à te confronter à tant de styles et genres quen fin de compte tu te catégorise toi-même sous létiquette « no genre ». Une belle trouvaille, ça sonne encore plus punk que « no wave » ! Mais du moins à mes oreilles la plupart du temps il y a quelque chose dans ton travail qui le rend 100% identifiable comme étant du Richard Youngs. Jimagine quune part de ce style est ta voix, mais pas tant le grain ou la technique de ta voix que la place que tu lui fais prendre dans tes compositions. Comme un outil de composition à part entière. Jai souvent limpression que tes chansons pourraient fonctionner acapella. Je ne suis pas sûr de pouvoir articuler ça sous forme de question, mais jaimerais que tu parles de limportance que tu accordes à ta voix dans ton processus créatif.
Je pense que le tournant sest joué alors que je me produisais au Kraak festival à Hasselt il y a très longtemps. Jétais venu avec lintention de jouer quelque chose dassez austère et expérimental, avec une guitare électrique et des effets, mais à mesure que la nuit avançait jentendais senchainer des sets entiers de musique austère et expérimentale, souvent sur ordinateur. Là je me suis dit : je nai pas envie de faire ça, en fait. Cest un leitmotiv chez moi, dêtre dans la réaction et lopposition. Quand je suis monté sur scène tout ce dont je me souviens cest que mon set était assez chaotique, mais en tout cas je chantais. Je chantais des trucs dont javais oublié les paroles, mais ça ma fait leffet dune véritable expérimentation, bien plus que tout ce que jaurais pu faire à la place. Et ça ma fait réaliser que jaimais chanter.
Depuis ouais, jai fait des concerts acapellas et même un album en voix seule. Jentends la voix comme un instrument. Certains en jouent mieux que dautres, à mon goût. Même sil y a des mots, ces mots doivent avoir de la substance, et plutôt que dêtre un véhicule de sens littéral je vois la voix comme ayant les mêmes propriétés et variables que nimporte quel autre composant musical. Il ny a quà piocher, en soi, je suis prêt à utiliser tout ce qui me parait faire sens.
Je nai pas encore été à un de tes concerts, mais jai entendu beaucoup dopinions différentes (et contrastées!). Certains disent que cest conflictuel, agressif, dautres au contraire que cest accueillant, dautres que cest imprévisible, aliénant, etc. Pour sûr, ça me laisse avec des attentes incertaines ! Il y a une aura mystérieuse qui entoure tes sets, jespère pouvoir te voir une fois que la situation se sera améliorée. Comment tu envisages les concerts ? Et est-ce que ton état desprit a changé avec les années ?
Mes plus vieux concerts datent de mon adolescence, dans les années 80, je me produisais dans les clubs folk de St. Albans. Pour moi cétait super : je navais pas à passer daudition ou à envoyer une démo. Tu pouvais juste grimper sur scène et faire ton truc pendant 10 minutes. En ce sens, cétait très démocratique. Jétais jeune et énervé, et cest vrai mes performances étaient conflictuelles, mais dune façon assez calme. Tu peux en entendre un enregistrement dans un des No Fans Compendium, le morceau « Nineteen Used Postage Stamps » où je me suis contenté de continuer de jouer jusquà ce que je sois physiquement retiré de la scène. Mais au fond, pour être honnête, jétais surtout nerveux et peu confiant à propos de ce que je faisais, mon côté conflictuel était probablement un mécanisme de défense. Après cette période je nai quasiment plus joué pendant quoi, 10 ans peut-être ? Quand je my suis remis, à Glasgow, jai vraiment essayé de me dépatouiller pour savoir comment my prendre. Dailleurs, je dirais que cest encore mon approche aujourdhui. Jessaye de faire sens de cette situation ; être dans une salle devant des gens Une fois, après un concert, quelquun ma dit « cest pas du divertissement, hein ? » Et non, ça nen est pas. Je veux dire, jessaye dy trouver de lintérêt ; présenter un corpus de travail à un public cest pas mon truc. Même si en cas de besoin je peux toujours mappuyer là-dessus. Je pense que jouer live peut être une expérience très expérimentale. Ça mest pas mal arrivé de me planter terriblement en situation de concert, mais bon jai envie de dire : et alors ?
Je suis daccord. Une des raisons qui fait que je ne vais plus à autant de concerts que je pourrais, cest que je ne trouve pas énormément dintérêt à lapproche type « je rejoue mon album sur scène ». Parfois jy prends beaucoup de plaisir bien sûr, mais japprécie beaucoup plus daller voir des artistes qui tentent des choses différentes à chaque fois, comme The Necks, Jenny Hval, Pauline Oliveros, et globalement la plupart des concerts dimprovisation auxquels jai pu aller. Même cette fois où je suis allé voir Aine ODwyer au festival Le Guess Who?, jétais mortifié et jai eu limpression quelle avait trollé tout le public bien comme il faut mais cétait quand même une expérience unique. Je ne regrette pas avec le recul davoir choisi sa performance plutôt quune autre même si jen suis ressorti passablement agacé.
Quest-ce quelle a fait, Aine ? Ça avait lair super !
Ma mémoire est un peu brumeuse, mais elle jouait sur un orgue déglise, perchée en hauteur on ne la voyait pas et elle jouait des notes aiguës, tenues, faisait des vocalises étranges (dont du chant de gorge stylé, javoue), balançant des trucs dans sa cabine et faisant des bruits avec le bois. Tout en balançant à intervalles réguliers des feuilles de partition par-dessus le balcon. Bon, maintenant que je le formule de cette manière ça sonne assez fun peut-être que jétais juste prisonnier de mes attentes et pas assez ouvert.
Sur un autre sujet, quel est ton avis sur la musique traditionnelle ? (de ta région spécifiquement) Sur la phase la plus « folk » de ta musique, ou quand tu fais des acapellas comme sur des albums tels May ou Summer Wanderer par exemple, on peut avoir limpression que tu es en train de chanter des chansons traditionnelles séculaires.
Jai des sentiments partagés à propos de la musique traditionnelle. Il y a cette série de LPs sortis sur Tangent qui sont juste sublimes parmi ma musique favorite de tous les temps. Y a quelque chose dincroyablement brut dans ces enregistrements et pour moi ça ne fait quajouter à la magie. Par exemple voici un lien discogs vers les entrées écossaises du label. Mes préférés sont les Gaelic Psalms, le Calum Ruadh, et les Waulking Songs LPs.
Et dun autre côté, je narrive vraiment pas à adhérer au côté très propret dune si grande partie de la musique traditionnelle le genre qui est souvent joué par des professionnels. Les mélodies sont souvent super, mais la vibe ne me convient pas.
Puisquon en parle, jai un album en attente avec un joueur de cornemuse, Donald WG Lindsay, qui sortira un jour la pandémie sen est mêlée. Je suis à la guitare électrique et lui à la petite cornemuse, on a enregistré live en une demi-journée au studio Green Door un studio analogique à Glasgow. Cest 3 compositions originales et une version de 20 minutes dune obscure mélodie traditionnelle. En vérité, ça ressemble plus à du Velvet Underground quà de la musique traditionnelle.
Super nouvelle, je croise les doigts pour que ça sorte bientôt ! Ça mamène à te demander de quelle manière tu ty prends pour publier tes albums. Tu as écumé plus dune douzaine de labels, sans compter le tien propre ; comment tu choisis sur quel label tel ou tel album va être publié ? Et lesquels gardes-tu pour No Fans ?
Cest assez aléatoire. Il y a un certain type de musique que jassocie à No Fans, je ne peux pas vraiment lexpliquer. Sinon, en fin de compte, jai pas mal dopportunités pour dautres labels, et il y en a certains sur lesquels je continue de revenir régulièrement. Je connais Bill [Kellum] sur VHF Records depuis les années 90. Il a sorti un certain nombre dalbums très charmants le No Fans Compendium cétait son idée, il ma harcelé pour que je le fasse et jai fini par accepter. Jai vraiment bien fait. Avec Richo [Richard Johnson], sur Fourth Dimension, ça remonte encore plus loin. Je viens dailleurs de recevoir par la poste, ce matin même, quelques copies dune tournée quon a fait ensemble. Jai un autre album qui va sortir sur O Genesis, un duo avec Daniel OSullivan. Ces derniers temps, ce qui mimporte concernant les labels cest davoir une vraie relation.
Content de voir que le flot dalbums collaboratifs nest pas prêt de se tarir. Jai une dernière question avant quon arrive à la deuxième et dernière partie de cet échange, et cest une question qui peut ne pas tintéresser. Cest à propos de la reconnaissance du public. Comme je te lai dit quand je tai contacté la première fois, jai passé de nombreuses années à ne connaître ton travail que par le prisme dun seul album, Sapphie. Daprès ce que jai pu constater en trainant sur les sites et forums musicaux, ça a aussi lair dêtre le cas de pas mal de gens. Et quand ils en connaissent un peu plus, bien souvent cest au travers de tes sorties sur Jagjaguwar, ce qui on la vu ne constitue quune partie infime de ta discographie. Est-ce que tu te soucie de la manière dont ton travail est reconnu et apprécié par le public ? Est-ce que « avoir des fans » est important pour toi ?
Je suis partagé. Cest super quun album comme Sapphie puisse vraiment toucher certaines personnes. Mais capitaliser dessus ne me motive pas. À plusieurs moments de ma vie jaurais pu décider que javais un style défini et creuser cette veine, et alors peut-être me « faire un public », je sais pas. Peut-être que ce que je fais ne pourrait jamais être vraiment populaire, en soi. Je suis bien trop éparpillé de toute manière. Et je ne suis pas sûr davoir la personnalité du gars qui se met en évidence pour être plus connu. Mon sentiment est que la vie est complexe et que dans le grand ordre des choses, la reconnaissance populaire nest pas vraiment importante. No Fans était une affirmation autant quune constatation à ses débuts, je sortais dune décennie dindifférence envers ma musique. Et même si aujourdhui jai sans doute quelques fans, je pense que ma position par défaut est la croyance que tout ce que je fais présentera au mieux un intérêt très périphérique pour la plupart des auditeurs.
En me demandant pourquoi jai pris si longtemps avant de tenter autre chose que Sapphie dans ta discographie, je me suis dit quune chose déterminante était que je ne savais pas par quoi commencer, tout bêtement. Faire face à plus de 100 albums sans aucune espèce de guide, ou quelquun qui saurait me pointer dans une certaine direction, les premiers pas ont de quoi être intimidant. Jai fini par atterrir sur cet article qui ma aidé à découvrir certains de tes premiers essais. Donc je me suis dit que ce serait une bonne idée de te laisser parler à propos de certains de tes travaux les plus récents (de 2011 à 2020). Peut-être que ça encouragera certains curieux de XSilence (ou dailleurs) à tenter laventure. Jai sélectionné une poignée dalbums avec lesquels jai fortement résonné, on va les présenter dans lordre chronologique.
Le premier serait Atlas of Hearts (2011, Apollolaan), un album de fingerpicking très hypnotique et riche en couches superposées et décalées, avec une touche psychédélique. Quest-ce que tu peux nous dire à propos de celui-là ?
Ooh, choix intéressant, je lavais oublié. Cétait assez soft du point de vue conceptuel, je me suis contenté de masseoir avec une guitare acoustique en essayant de jouer ce qui venait. Une partie a été faite sur un magnéto à bobine, une autre sur un ordinateur. Leffet delay quon entend dans la plupart des pistes est une prise bobine dupliquée et désynchronisée à plusieurs reprises sur lordinateur. Le résultat final vient dun montage de plusieurs sessions différentes.
Oui cest un de ces albums qui sonne très « édité », avec des couches sur des couches et des interactions dynamiques entre les différentes pistes. Jen profite pour te demander rapidement à quel moment est-ce que tu tes mis à utiliser des ordinateurs ?
Probablement autour du début des années 2000. À mon sens ce sont des magnétophones glorifiés, avec des outils qui simplifient le montage.
Lalbum suivant serait Core to the Brave (2012, Root Strata), bien plus noisy celui-ci, et il sagit aussi de lun de tes disques les plus « rock », du moins dans le son. Même si je nirais pas jusquà dire quil est facile d'accès !
Jai une affection toute particulière pour celui-là. Je lai enregistré sur un magnéto 4-pistes. Cétait vaguement un album metal, avec ce que jimaginais être des riffs. Je pense quils étaient générés dune manière aléatoire en prenant un générateur aléatoire pour déterminer quelles frettes je dois utiliser. De toute évidence je suis un piètre imitateur et je me suis perdu dans mes tentatives de les jouer correctement. Jai écrit des paroles dans un style metal en découpant des paroles existantes, puis jai essayé dinverser le vocabulaire, de telle sorte quau lieu de chanter à propos de la mort je chantais à propos de la vie, par exemple. Au cours de lenregistrement jai pété une pédale à effets que jaimais beaucoup et qui sappelle une « sonic alienator », elle me manque. La pochette est une peinture que mon fils a fait en maternelle à la même époque. Il la appelée Road. Ça faisait marrer linstituteur qui la trouvait super dark.
Waouh super fun ce concept ! Cest pour ça que ta voix sonne si contemplative et apaisée au milieu de ce torrent bruitiste et bizarre, tu as transformé la mort en vie.
Le prochain album dont jaimerais que tu nous parles est Red Alphabet in the Snow (2014, Preserved Sound), qui présente deux longues compositions et des arrangements expansifs avec (encore une fois des couches de son. Un disque très duveteux à mes oreilles, avec une forme très douce de psychédélisme.
Jétais programmé dans un festival à Cracovie, organisé par Richo de Fourth Dimension et Hayden, qui dirige Preserved Sound. Ils vivent dans le même immeuble, avec Richo juste au-dessus de Hayden. Jétais en ville pour quelques jours, et un jour que je traînais du côté de chez Richo, Hayden a apporté son laptop et un microphone, et je me suis mis à jouer des improvisations de guitare acoustique devant un public réduit. Ça a été enregistré, et ces enregistrements ont formé la base de lalbum. Une fois rentré à Glasgow jai overdubé tous les instruments à corde que javais à ma disposition cest comme ça que ça sest terminé avec une telle densité de son. La pochette est une photo prise en double exposition à Cracovie avec mon appareil Holga. On approchait de Noël à lépoque et le marché regorgeait dune merveilleuse atmosphère festive ce sont ainsi ces lumières de Noël quon peut voir sur la photo.
Encore une belle histoire, merci d'avoir parlé de la pochette que je trouve captivante. Tu as lair davoir tant dinstruments chez toi, ça doit être un sacré spectacle !
Lalbum suivant sera The Rest Is Scenery (2016, Glass Redux), qui a aussi un concept intéressant, retour aux sources (avec des potes). Je serais aussi curieux den savoir plus sur la pochette et ses coordonnées ésotériques
Je me suis fixé comme objectif de faire des chansons avec un seul accord à chaque fois. Une chanson pour chacune des 12 frettes de la guitare. Ainsi la première chanson est en Mi mineur, la seconde en Fa mineur, puis Fa# mineur et ainsi de suite jusquau Mi mineur de la douzième frette. Cétait fort en concept, mais en même temps jai tendance à aimer les choses simples et ce sont des chansons que jaurais pu jouer au moment où jai commencé la guitare. Dailleurs quand javais 11 ou 12 ans, jétai dans un groupe avec Pete Aves. Nos chemins ont divergé depuis, mais on sest rapproché au moment de cet album, et du coup il est dessus. Jai toujours senti quil était bien meilleur que moi techniquement, et il savère que dans lintervalle il était devenu un musicien de studio, travaillant notamment avec Lee Hazelwood. Ce qui est assez incroyable !
Quant à la pochette mon père était géophysicien et lécriture sur la pochette provient de feuilles de projections quil utilisait probablement pour des cours. Tout ça est superposé sur une photo pris en exposition multiple prise à Berlin.
Simple mais très efficace, et émouvant, un de mes favoris. Un bon rappel que parfois « less is more ».
Maintenant, passons en revue certains de tes travaux les plus récents. Parlons dun album qui a reçu un certain plébiscite et qui ta peut-être permis de dégoter quelques nouveaux fans ! En tout cas cest celui qui a motivé ma découverte de ta discographie : ton album collaboratif avec Raül Refree, All Hands Around the Moment (2019, Soft Abuse).
On ma demandé dêtre en première partie pour une petite tournée de Lee Ranaldo en Grande Bretagne. Son groupe incluait Raül à la guitare. La première nuit jai fait mon concert solo, la suivante Raül ma rejoint pour une chanson. À la fin de la semaine on jouait en duo. Entre nous deux ça a fait tilt, et on est resté en contact en entretenant lidée denregistrer quelque chose ensemble. Raül à la base est un producteur flamenco, après sa venue à Glasgow, où on a posé les bases à la guitare, on est parti à Barcelone et on a transformé tout ça en un album dans son studio. Les guitares ont été couchées sur bande et la longueur des pistes a été déterminée par la longueur des bobines sur lesquelles on enregistrait.
Sur cet album les chansons donnent limpression quelles pourraient ne jamais sarrêter. Maintenant je sais quelles auraient aussi bien pu continuer Ton premier album de 2020 était Fanfares (qui ne tarderait pas à être renommé Fanfares (Schwebung Master)), une étonnante suite instrumentale pour synthétiseurs.
Pour moi, cest presque un album de New Age. Les textures sont douces principalement un Casio bon marché filtré au travers dun harmonisateur Eventide. En fait, le Casio est du même modèle que celui que javais quand jai commencé à enregistrer avec Simon Wickham-Smith ; javais fini par men débarrasser décision con pour finalement le racheter sur eBay pour environ 10£. La boîte à rythme est sur un réglage hip-hop dune RY9 que jai acheté à cause de son nom (puisquon partage les mêmes initiales), cétait encore une affaire sur eBay. Mais la raison pour laquelle lalbum sonne si bien, cest que Stephan Mathieu (qui a déjà fait du mastering pour moi) la entendu un jour (rare!) où il navait pas dautres jobs de mastering, juste après que je lai mis sur Bandcamp, et la aussitôt téléchargé et masterisé. Sans que je lui demande quoi que ce soit. Donc il y a quelques personnes qui ont une version brute, non masterisée, quils ont téléchargé dans lintervalle, avant que je la remplace par celle de Stephan Cest quoi léquivalent digital dun premier pressage rare ?
Oui je suis lun dentre eux, un remaster day-one on ne voit pas pas ça tous les jours ! Je sens aussi ce feeling New Age, cest un album qui a adouci certains de mes jours de confinement. Tout comme Vistas, dont javais prévu de parler avec toi dans cette rubrique mais on la déjà évoqué dans la première partie de linterview. Je passerai donc directement à ce très mystérieux quatuor dEPs que tu as égrainés le long du mois de Mai. Ils se nomment respectivement Five Songs, Four Verses, Six Texts et Five States et sont encore une autoproduction chez No Fans. Dun EP à lautre les voix gardent la même structure, avec du chant aigu sans parole mélangé à des syllabes parlées, en revanche linstrumentation change à chaque EP.
Tous ces EPs utilisent un texte passé dans un convertisseur vocal. Cest censé avoir un accent Ecossais, ce qui ma plu ! Et donc, ça lit des textes que jai écrits et qui sont digitalement étirés, cest ce qui donne cet écho étrange. Chaque EP a son propre monde sonore des guitares enregistrées sur des cassettes de très mauvaise qualité, un Casio mis en écho avec beaucoup de feedback Ils mont tous frappé par leur étrangeté pendant que je les élaborais, ce qui est un bon signe jaime être rendu perplexe par ma musique.
Je mattends effectivement à être perplexe quand jaborde un de tes albums pour la première fois je dirais que ça fait partie du fun. Pour le dernier spot je me suis dit que je te laisserais choisir un projet, nimporte lequel, album, EP, chanson, vieux ou récent Peu importe !
Ce qui mintéresse le plus, cest toujours ce sur quoi je suis en train de travailler. Jaime quand les choses bougent vite. La semaine dernière jai fait un album, Metal River, cette semaine Fourth Dimension la envoyé au pressage. Je voulais faire quelque chose de neuf pour ce label depuis longtemps maintenant, mais aucun de mes travaux récents ne me donnait le sentiment de convenir. Et puis la semaine dernière Richo a dit « pourquoi pas un album noise ? » et jai réalisé que jétais déjà en train den faire un. De toute évidence ce nest pas vraiment noise, cest moi avec certaines textures. La face A est un enregistrement de ring modulator où je joue du shakuhachi, du hautbois et je chante tout en contrôlant le ring modulator avec une pédale. La face B est un truc qui à la base me laissait perplexe depuis un bon moment. Quand Richo a dit noise, jai tout de suite réalisé que ça nécessitait un mixage différent, quelque chose de plus concentré, et ça a tout de suite marché. Cette musique me semble neuve et sauvage [ndlr: en anglais ça rend mieux, ma traduction fait un peu slogan pour parfum vous mexcuserez]. La pochette vient dune photo que jai prise quelques années plus tôt en périphérie de Varsovie et comme tant de mes pochettes cest une photo Holga à exposition multiple.
Finir linterview sur un teasing pour ton prochain album bien joué. Quelque chose de neuf et sauvage [ndrl: ] hein, ça donne envie une fois de plus. Peut-être que Metal River sera sorti dici à ce que je finisse de traduire nos échanges, on verra ! En tout cas, merci davoir pris le temps de tailler le bout de gras, cétait une bien longue liste de questions. Ce fut un plaisir !
Un plaisir de même Martin, merci et à bientôt.