Par Jekyll
A loccasion de la sortie du nouvel album dEdh, les New York Tracks 2001-2002, voici linterview réalisée par Jekyll
Déjà, on imagine que ce nom, New York Tracks 2001-2002 n a pas été choisi par hasard
Oui, effectivement, jai tout enregistré là bas, sur cette période
Et quest ce que tu faisais là bas ?
Ecoute je me le demande ! (rires). Non en fait jai suivi quelquun là-bas. Et je me suis donc retrouvée trois ans à NY. Cétait une période assez étrange et difficile
En plus, cest amusant, ta visite là-bas a coïncidé avec le fameux 11 Septembre ! Dailleurs ton album sort le même jour
Ouais cest marrant, hein ? (rires)
Tu penses que cet événement a déteint sur tes compositions ?
Dune certaine manière, bien sûr, oui ! Alors il est vrai que javais commencé à faire ces morceaux avant le 11 Septembre, et que la base était déjà là. Mais cest sûr quaprès cet événement, la vie a NY a changé, lambiance était différente et donc forcément ça a joué sur mes compositions.
Alors justement, pile au milieu de lalbum, il y a cette piste hallucinante avec juste des bruits de bouchons qui sautent
Est-ce quon peut y voir là une volonté de diviser lalbum entre un pré-11 Septembre et un post 11 Septembre ?
Non pas vraiment, cest juste que lensemble des chansons a été composée sur deux ans et que sur cette période il y a eu des moments très sombres, et des éclats un peu plus lumineux. Sur lalbum je nai pas fait quelque chose de chronologique, cest plus une représentation de divers états émotionnels
Mais dailleurs jai eu beaucoup de mal à faire cette tracklist, parce que je navais pas beaucoup de recul sur ce travail, qui est finalement très intime. Et trier tous ces morceaux cétait quelque chose de presque pénible en fait ! (rires) Du coup cest Anthony (aka Hypo) qui ma aidée à la constituer.
Au final, en tout cas, il y a quand même dans cette deuxième partie dalbum une volonté plus forte de souvrir sur lextérieur, dêtre plus accessible, plus proche des auditeurs. Parce quà la base je nai pas fait ces morceaux en pensant les faire écouter un jour à quelquun. Cest un travail de pure introspection, mais sur la deuxième partie, cela regroupe des morceaux où jétais dans un état un peu plus léger.
Et puis sur la fin du disque, ça se referme à nouveau, vers quelque chose de plus sombre.
Par rapport au format de tes chansons : un peu comme chez Hypo, avec qui tu as lhabitude de travailler, on dépasse rarement les deux minutes
Pourquoi ?
En fait ce sont des formats courts car ces chansons ont été crées en quelques heures. Ce sont des morceaux que je retouche à peine. Cest souvent simplement basé sur une idée de mélodie
Mais est-ce que tu as conscience du potentiel commercial de ces chansons, globalement très vite assimilables, très carrées, si elles étaient plus longues ?
Oui mais jai aussi conscience que si elles étaient plus travaillées elles perdraient beaucoup en spontanéité, et quelles pourraient devenir moins intéressante!
Sur lalbum il ny a quasiment que des claviers
Il y a UN clavier ! (rires). Enfin parfois une petite guitare jouet, et un harmonium.
Et cest quoi alors comme clavier ?
Cest un clavier analogique des années 80, un Roland Juno Alpha 2. Cest un clavier qui a été assez connu à cette époque. Je lai acheté un peu par hasard dans un magasin parce que le son me plaisait et quil nétait pas trop cher
Du coup, ça a été mon synthé pendant presque 10 ans !
Et tous les sons que lon entend sur lalbum, ils sont purs ou retravaillés avec des effets, des pédales ?
De temps en temps il y a des effets, oui, mais ils sont ajoutés informatiquement
Et oui, beaucoup deffets sur la voix. Beaucoup de réverb, decho.
Et cest quelque chose qui tintéresse le travail du son, justement ?
Oui et non
Sur cet album en particulier, pas vraiment ; toujours pour garder cette idée de spontanéité.
On parle de clavier, mais en regardant des extraits de concert sur ta page Myspace, on te voit avec une basse
Oui, cest quen fait il y a deux ans je me suis acheté une basse, et depuis je mets de la basse dans tous mes morceaux.
Et sur une vidéo notamment, on te voit jouer dans une église !
Oui cest assez surprenant
Jai joué dans un petit village en fait, cet été, et on était censé jouer dans la forêt. Mais en fait il a plu donc on a du jouer dans léglise
Vous avez « du » ? (rires) Mais on vous a autorisé à jouer dans léglise !?
Oui cétait surprenant, je ne pensais pas non plus que cétait possible
Et dautant plus surprenant que la musique produite se prêtait assez peu au lieu ! En plus dans léglise il y a avait des pratiquants du village, qui venaient voir un petit peu ce quon faisait (rires). Donc le public était quand même très particulier
Ca donnait même carrément limpression de faire la messe !
Et quel accueil tu as reçu ?
Sans te mentir je te dirais quand même quil y a la moitié du public qui est parti au milieu du concert ! (rires)
Et lautre moitié ?
Elle est restée. Mais franchement techniquement cétait assez difficile parce quil y avait beaucoup de réverbération
Donc le son était un peu « dur ». En tout cas cétait un très chouette moment, jai adoré!
Tu chantes beaucoup sur lalbum, mais la voix est assez en retrait
Tu pourrais nous dire comment tu écris tes paroles ?
En fait la moitié des choses que je dis je ne sais même pas quel sens ça a ! Jécris comme je compose, c'est-à-dire que cest super spontané, je fais du yaourt, et je ne change rien ! (rires)
Et pourquoi le choix de langlais pour sexprimer ?
Eh bien parce que je trouve le français très dur à manier pour la musique. Cest une langue qui fait assez vite littéraire, et ça me semble très difficile dêtre spontané en français. Trafiquer les mots, les malmener, cest également beaucoup plus facile de le faire dans une langue étrangère.
Lalbum sort dans un format un peu particulier, de lédition limitée en CD-R. Pourquoi ce choix ?
Eh bien cest un choix perso dun petit label américain qui demande à ses artistes de sortir beaucoup de choses. Lidée ma intéressé parce que justement cétait aux US, et je me suis dit, tiens ! pourquoi ne pas renvoyer ces morceaux doù ils viennent ! (rires)
Mais finalement, il sest avéré que la politique du label ne mintéressait pas donc jai refusé de le sortir chez lui. Et aujourdhui cest donc un autre label américain, Matte Black Editions, qui se charge de la distribution. Cest un tout nouveau label, qui a une sélection dartistes que je trouve vraiment super intéressante.
Lalbum est aussi en téléchargement libre
Payant ou gratuit, je pense que limportant cest darriver à ce concentrer sur un disque. La grande majorité des sorties finissent de toute façon sur des plateformes de type deezer ou autre. Je préfère affirmer le choix de la gratuité dés le départ.
En fait, maintenant quand on fait de la musique à un niveau indépendant, on ne gagne plus vraiment dargent, mis à part avec les concerts... en production les labels on beaucoup de mal, ceux fonctionnant sur des anciens modèles ont énormément de difficultés, les autres aussi dailleurs. Il est plutôt temps dessayer de nouvelles choses au risque daboutir sur des impasses. Et puis sur ce projet je navais pas envie de faire une production de « vrais » CD. Finalement, pourquoi encombrer le marché de pleins dobjets quil va falloir essayer de placer, de vendre etc. (rires).
Donc tu es une passionnée de musique, mais lobjet CD ne tintéresse pas ?
Eh bien je maperçois que ça mintéresse de moins en moins. Avant jétais déjà un peu plus séduite par les vinyls que par les CD. Et aujourdhui je nachète même plus vraiment de vinyls, je me contente de fichiers, comme beaucoup de gens je crois
Ceci dit je conserve quand même lidée de lobjet, jaime ça aussi. Et cest pour ça que je ne le propose pas quen téléchargement, mais que je fais aussi une production artisanale de CD-R ! (rires)
Jaime aussi cette méthode, car cest un objet par un objet. Ca convient très bien à cette sortie. Et encore une fois, pas de surcharge de production.
Cest donc dans une logique purement écologique que tu produis NY Tracks
2001-2002 ? (rires)
Oui presque ! (rires) Cest vrai quavec cette démarche on perd beaucoup de crédibilité aux yeux de la presse ou des médias, et cest un peu le problème... On aimerait bien que ces gens là passent un peu plus de temps à essayer de comprendre se qui se passe réellement. Et finalement ce qui se trame derrière leur dos.
Pour revenir à ton label, tu pourrais nous donner quelques artistes de chez Matte Black Editions qui te plaisent ?
Gross Ghost, Zackey Force Funk, Dead Times, Pashly, Unison
Une compilation du label sort dans deux trois semaines dailleurs. Probablement en téléchargement libre.
Et puisquon est dans les noms, est-ce que tu pourrais nous citer certaines de tes influences ?
Alors le souci cest que jai un gros problème de mémoire avec les noms, cest épouvantable ! Mais on peut quand même citer des gens qui mont marqué. Notamment quand jétais à NY jétais assez fan de Daniel Johnston, que jai dailleurs vu là bas en concert.
Plus récemment, dans un registre un peu similaire: Ariel Pink.
Des gens un peu plus connus ?
Dernièrement jai assez accroché sur Gang Gang Dance. Et puis de manière générale, tout le mouvement cold wave quand même !
Voilà cest ce que je voulais entendre !
Oui bien sûr, Joy Division, les Cure notamment, dont on a dailleurs fait une reprise avec Hypo sur The Correct Use Of Pets (« Lament » NDLA)
Et dans le francophone ?
Euh, ouais
(blanc) Je sais pas
Si les Bérus ! (rires)
Finalement pourquoi tu as voulu sortir ces chansons qui étaient dans un tiroir depuis 6/7 ans ?
Ben écoute je me suis franchement posé la question. Je me suis aussi dit que ça pouvait être une très mauvaise idée, que cétait pas la peine de le faire et pas vraiment un cadeau
Oh ! Cest pas si triste que ça non plus les NY Tracks !
Oui mais jai quand même un rapport émotionnel un peu dur avec ces morceaux, et cest aussi pour cette raison que je ne les ai pas sortis plus tôt je pense
Jai plutôt eu tendance à les ranger pour oublier cette période un peu pénible.
Mais bon finalement je les ai ressortis il y a peu de temps parce que le fameux label américain mavait contacté. En réfléchissant, je me suis demandé ce que javais en stock, et cest là que je suis retombé dessus. Et finalement jétais quand même assez contente de les réentendre ! (rires)
Tu as co-écrit avec Anthony Keyeux aka Hypo The Correct Use Of Pets il y a quelques années, et cétait déjà le fruit dune longue collaboration avec lui. Tu peux nous raconter un petit peu comment vous vous êtes rencontrés et comment vous travaillez ensemble ?
En fait avec Anthony on se connait depuis très longtemps, mais on sest vraiment connus à la fin de ma période à NY en 2003. A ce moment là il ma contacté pour que lon écrive des morceaux ensemble sur son prochain album. Il avait découvert des morceaux à moi antérieurs à ceux de NY, et ma dit quil était très fan, quil fallait les sortir absolument. Cest dailleurs lui qui ma aidée à trouver un label pour mon premier album « Morgen » sur le label Japonnais Intikrec.
On pourrait dire que vous êtes un peu complémentaires tous les deux ? Lui le côté un peu fou fou et toi le côté plus posé, plus mélodique ?
Oui. Mmmh
Jaurais du mal à dire ça. Je crois quon sautodétruit lun lautre plutôt ! (rires)
Enfin, jaurais plus tendance à construire sur Anthony et Anthony détruire sur moi !
Pour finir, est ce que tu tapprêtes à sortir un autre disque prochainement, puisque ces pistes sont vieilles de quelques années ?
Oui au mois de Janvier je sors un LP qui sappellera Prédature sur le label Lentonia. Et puis je serai aussi présente sur le prochain disque dHypo, Coco Douleur, dont la sortie est aussi prévue au mois de Janvier 2010 sur Tsunami addiction.
Prédature
En rapport avec Predator ?
En rapport avec tout ce qui se finit par « ure » et se commence par « pré » ! (rires)
Les « New York Tracks 2001-2002 » sont téléchargeable à cette adresse :
http://matteblackeditions.com/EDH-NY.html
A signaler également, un EP sur le Label Lentonia Records
EDH - 7
http://www.lentonia.com/