"Notre préférence va aux domaines les plus en marge et les moins abordés par le mainstream."
On est nombreux ici à sêtre laissé tenter au moins une fois par un des livres édités par Camion Blanc. Biographies des Pixies, PJ Harvey, Joy Division, Sonic Youth, Depeche Mode et bien dautres ; bon nombre de nos groupes préférés y sont passés ! Dominique Franceschi (directeur de collection) sest prêté au jeu de linterview par email et a répondu aux questions de Santiagoo, Animal X, Sonicjulio et Plock.
Peux-tu nous faire un rapide historique ainsi qu'une présentation de ta maison dédition et plus précisément de la collection Camion Blanc ?
Camion Blanc est né en 1992, lidée de départ étant de publier un livre sur Joy Division. Les deux fondateurs étaient fans du groupe, et aucune publication n'existait en français. Aucune maison existante n'étant susceptible de sortir un pareil projet, ils ont décidé de publier le livre par leurs propres moyens. La base philosophique de l'aventure est donc organisée autour de deux axes toujours d'actualité : la passion et le Do it Yourself. J'ai rejoint l'aventure il y a bientôt 10 ans, animé par le même esprit
Avez-vous une ligne éditoriale précise?
Éditer des livres sur la musique, sur toutes les musiques, même si notre préférence va aux domaines les plus en marge et les moins abordés par le mainstream.
Votre politique dédition a-t-elle évolué par rapport aux débuts ? (genre des styles « honnis » au début et qui font l'objet d'une publication maintenant ? ou avez-vous une « ligne dure » : par exemple jamais de trucs sur le rock progressif, le disco, etc)
Il ny a pas spécialement de limites, mais cest sûr que certains domaines comme le disco ne font pas partie de nos priorités ! Après, nous avons tendance à explorer tous les domaines qui soffrent à nous, du Metal au Punk en passant par le Rock progressif, la musique industrielle ou le hip-hop.
Quelle est votre « meilleure vente » ? Votre best-seller ? Votre plus grande « fierté » ? Avez-vous un regret ou un livre dont vous avez honte ?
Sur Camion Blanc, les plus grosses ventes séchelonnent entre la Fièvre de la ligne blanche (lautobiographie de Lemmy), le Metallica Que juste soit faite, quelques autres titres sur le Metal (Slash notamment), et certains des titres les plus anciens, comme le premier Joy Division, toujours disponible au catalogue, et ceux sur Noir Désir et Rammstein.
Niveau plaisir personnel, sortir des livres sur le Hardcore des origines, la musique industrielle, ou des ovnis éditoriaux comme le super bouquin sur les Hellacopters sorti il y a peu, cest vraiment un pied sans limites. Pas vraiment de regrets, mais on aurait pu sabstenir pour certains titres, cest certain. Mais pas de noms !
Y a-t-il des bouquins que vous auriez aimé écrire/traduire mais qui ont fini par atterrir ailleurs que chez vous? (bien entendu, si oui, lesquels ?)
Oui, cest arrivé par le passé. Il y a quelques années, Camion Blanc était sur le coup pour sortir le Anthony Kiedis, mais ça ne sest pas fait, au profit dun autre éditeur.
Qu'est ce qui fait que vous durez ? Quelles ont été les conséquences dinternet dans votre parcours ?
La maison a toujours fonctionné en dehors des modes et des circuits habituels. Cest ce qui la condamne à rester dans les marges, mais cette indépendance lui donne une faible porosité à lextérieur, et du coup une autonomie totale. Le fait aussi que cette activité ne soit pas une activité professionnelle principale, mais une activité secondaire, mue par la passion, permet déloigner les notions de rentabilité à outrance. Larrivée dInternet a changé la donne, mais plutôt de façon positive : dune part linformation circule mieux, et dautre part les livres sont accessibles commandables plus facilement. Avec en plus le format numérique dont la part dans le marché est devenue non négligeable.
Pour les traductions, êtes-vous déjà tombés sur des passages vraiment très problématiques à retranscrire lorsque le langage est trop argotique (au point de devoir réécrire entièrement voir dabandonner) ?
Certains titres ont pu donner du fil à retordre aux traducteurs, mais on finit toujours pas trouver une solution. Donc non, il ny a pas de projet de traduction qui a été abandonné à cause de ça.
Vous pensez quil faut obligatoirement aimer ou connaitre un artiste avant de lire sa bio ? Est-ce que chez Camion Blanc vous êtes fans de certaines bios de groupes que vous détestez « musicalement » ?
Cest incontestablement un plus, dautant quune connaissance de lartiste permet déviter les erreurs factuelles, du moins pour le côté éditeur. Point de vue du lecteur, il est difficile dimaginer quun lecteur qui ne connaît pas Hawkwind se lançant dans les 800 pages que nous avons publiées, mais rien nempêche la curiosité ! Tout dépend de lavis de chacun : pour certains, écouter lalbum suffit, tandis que pour dautres connaître jusquà la marque précise de la guitare utilisée ou la date des sessions studios est une nécessité absolue. Nous sommes là pour les combler !
Retrouves tu chez les auteurs une « spécificité française » dans l'approche de cette culture quest le rock ?
Pas vraiment. La France est quand même à la ramasse niveau « culture rock ». Entre le grand public gavé de variétoche et lintellectualisme branché, il y a une latitude énorme. On essaie de surnager un peu dans tout ça, plutôt avec une approche anglo-saxonne complétiste.
Généralement dans « lédition rock » y-a-t-il des groupes importants « scandaleusement » délaissés faisant l'objet de peu d'ouvrages et d'autres où c'est le trop plein de publication (ex: quel est l'intérêt d'une énième publication sur les Beatles, les stones,etc. ?)
Jespère pouvoir sortir un jour et ça se fera, forcément ! un livre de qualité sur Nick Cave ; il est scandaleusement délaissé alors quil y a quelque chose de fantastique à faire sur lui. Après, pour un énième Beatles, lintérêt est plutôt limité. Mais cest plutôt ce genre de groupe qui continue à être documenté par les maisons plus importantes car ils sont plus certains de rentabiliser leur investissement de départ en touchant un public plus large. Nous avons tendance à faire exactement linverse : parler du plus spécifique, qui va toucher le public le plus restreint possible !
Existe-t-il une concurrence entre vous et dautres éditeurs comme « le mot et le reste » ou « le castor astral » qui éditent beaucoup de livres sur le rock et semblent parfois mieux distribués ?
Il ny a aucune concurrence, le Camion édite ses bouquins dans son coin, si jose dire, avec un mode de fonctionnement proche du fanzinat et de lunderground le plus profond.
Le fait quon ne vous trouve pas forcément partout justement, ne vous nuit-il pas ?
Complètement, cest une évidence. Une exposition plus importante permettrait de faire connaître le catalogue plus largement.
Dans une autre interview, vous avez détaillé le détail du prix moyen d'un livre Camion Blanc (déjà bravo pour cet effort de transparence) Est-ce que pour les livres étrangers, les droits de traduction sont un frein?
Ils peuvent lêtre, car sils sont trop élevés, finaliser le projet est impossible. La majeure partie des titres achetés à létranger sont édités par des « gros » éditeurs, du moins plus gros que Camion Blanc, il peut donc y avoir un décalage entre notre offre et leur attente. Il est bien sûr arrivé quune signature ne puisse se faire à cause dun éditeur trop gourmand.
Qu'est-ce qui, à votre avis, pourrait expliquer qu'un livre comme "American Hardcore" ait été traduit et pas "Our band could be your life" (tous les deux sortis en 2001) ?
Une question de timing, en fait. American Hardcore, je voulais absolument le faire (je lai dailleurs traduit) car javais flashé dessus à sa sortie, aux alentours de 2000/2001, donc dès que jai eu loccasion de le sortir, jai foncé. Mais le Our Band, de Azerrad, est dans ma ligne de mire !
Parmi la liste de bouquins sortis en anglais ci-dessous, est-ce que vous seriez prêts à nous dire comment se situe Camion Blanc par rapport à une éventuelle traduction (pas lu / lu mais pas intéressé / pas vendable, même avec une fille à poil sur la couverture / intéressé mais trop cher / (scoop) en cours de traduction / etc.) ?
Our band could be your life
Mudhoney: the sound and the fury from Seattle
Big Day Coming: Yo La Tengo and the Rise of Indie Rock
Too High to Die: Meet the Meat Puppets
I Found My Friends: The Oral History of Nirvana
Perfect from Now On: How Indie Rock Saved My Life
Our Noise: The Story of Merge Records
Chacun de ces titres pourrait figurer au catalogue, et il nest pas exclu que certains y fassent leur apparition dans un futur plus ou moins lointain.
On peut se tromper mais on nest pas sûrs d'avoir vu, dans votre catalogue, de BD portant sur le rock, alors que les deux font plutôt bon ménage. C'est un choix délibéré, une contrainte liée au papier ou c'est juste que personne ne s'est pointé chez vous avec un projet BD jusqu'ici ?
Tout à fait, nous navons pas sorti de BD, et ne le ferons pas, puisqueffectivement le format et la qualité dimpression de nos livres ne correspondent pas à un tel format.
Est-ce que vous avez jamais été tenté de faire un bouquin sur un groupe inconnu et culte (mais n'ayant jamais existé) juste pour voir combien de gens l'achèteraient?
Ça serait plutôt drôle, en effet ! Il faudrait arriver à broder 300 pages sur un fake, ça serait un tour de force pour lauteur.
Pour finir, quelle est lactu de Camion Blanc, les projets, envies, etc ?
Encore de nombreuses sorties dans les mois à venir, du Hardcore, du Metal, les Cramps, Suicide, etc. On va continuer à publier nos bouquins, de façon sereine et passionnée.
Merci Dominique !
Camion Blanc est né en 1992, lidée de départ étant de publier un livre sur Joy Division. Les deux fondateurs étaient fans du groupe, et aucune publication n'existait en français. Aucune maison existante n'étant susceptible de sortir un pareil projet, ils ont décidé de publier le livre par leurs propres moyens. La base philosophique de l'aventure est donc organisée autour de deux axes toujours d'actualité : la passion et le Do it Yourself. J'ai rejoint l'aventure il y a bientôt 10 ans, animé par le même esprit
Avez-vous une ligne éditoriale précise?
Éditer des livres sur la musique, sur toutes les musiques, même si notre préférence va aux domaines les plus en marge et les moins abordés par le mainstream.
Votre politique dédition a-t-elle évolué par rapport aux débuts ? (genre des styles « honnis » au début et qui font l'objet d'une publication maintenant ? ou avez-vous une « ligne dure » : par exemple jamais de trucs sur le rock progressif, le disco, etc)
Il ny a pas spécialement de limites, mais cest sûr que certains domaines comme le disco ne font pas partie de nos priorités ! Après, nous avons tendance à explorer tous les domaines qui soffrent à nous, du Metal au Punk en passant par le Rock progressif, la musique industrielle ou le hip-hop.
Quelle est votre « meilleure vente » ? Votre best-seller ? Votre plus grande « fierté » ? Avez-vous un regret ou un livre dont vous avez honte ?
Sur Camion Blanc, les plus grosses ventes séchelonnent entre la Fièvre de la ligne blanche (lautobiographie de Lemmy), le Metallica Que juste soit faite, quelques autres titres sur le Metal (Slash notamment), et certains des titres les plus anciens, comme le premier Joy Division, toujours disponible au catalogue, et ceux sur Noir Désir et Rammstein.
Niveau plaisir personnel, sortir des livres sur le Hardcore des origines, la musique industrielle, ou des ovnis éditoriaux comme le super bouquin sur les Hellacopters sorti il y a peu, cest vraiment un pied sans limites. Pas vraiment de regrets, mais on aurait pu sabstenir pour certains titres, cest certain. Mais pas de noms !
Y a-t-il des bouquins que vous auriez aimé écrire/traduire mais qui ont fini par atterrir ailleurs que chez vous? (bien entendu, si oui, lesquels ?)
Oui, cest arrivé par le passé. Il y a quelques années, Camion Blanc était sur le coup pour sortir le Anthony Kiedis, mais ça ne sest pas fait, au profit dun autre éditeur.
Qu'est ce qui fait que vous durez ? Quelles ont été les conséquences dinternet dans votre parcours ?
La maison a toujours fonctionné en dehors des modes et des circuits habituels. Cest ce qui la condamne à rester dans les marges, mais cette indépendance lui donne une faible porosité à lextérieur, et du coup une autonomie totale. Le fait aussi que cette activité ne soit pas une activité professionnelle principale, mais une activité secondaire, mue par la passion, permet déloigner les notions de rentabilité à outrance. Larrivée dInternet a changé la donne, mais plutôt de façon positive : dune part linformation circule mieux, et dautre part les livres sont accessibles commandables plus facilement. Avec en plus le format numérique dont la part dans le marché est devenue non négligeable.
Pour les traductions, êtes-vous déjà tombés sur des passages vraiment très problématiques à retranscrire lorsque le langage est trop argotique (au point de devoir réécrire entièrement voir dabandonner) ?
Certains titres ont pu donner du fil à retordre aux traducteurs, mais on finit toujours pas trouver une solution. Donc non, il ny a pas de projet de traduction qui a été abandonné à cause de ça.
Vous pensez quil faut obligatoirement aimer ou connaitre un artiste avant de lire sa bio ? Est-ce que chez Camion Blanc vous êtes fans de certaines bios de groupes que vous détestez « musicalement » ?
Cest incontestablement un plus, dautant quune connaissance de lartiste permet déviter les erreurs factuelles, du moins pour le côté éditeur. Point de vue du lecteur, il est difficile dimaginer quun lecteur qui ne connaît pas Hawkwind se lançant dans les 800 pages que nous avons publiées, mais rien nempêche la curiosité ! Tout dépend de lavis de chacun : pour certains, écouter lalbum suffit, tandis que pour dautres connaître jusquà la marque précise de la guitare utilisée ou la date des sessions studios est une nécessité absolue. Nous sommes là pour les combler !
Retrouves tu chez les auteurs une « spécificité française » dans l'approche de cette culture quest le rock ?
Pas vraiment. La France est quand même à la ramasse niveau « culture rock ». Entre le grand public gavé de variétoche et lintellectualisme branché, il y a une latitude énorme. On essaie de surnager un peu dans tout ça, plutôt avec une approche anglo-saxonne complétiste.
Généralement dans « lédition rock » y-a-t-il des groupes importants « scandaleusement » délaissés faisant l'objet de peu d'ouvrages et d'autres où c'est le trop plein de publication (ex: quel est l'intérêt d'une énième publication sur les Beatles, les stones,etc. ?)
Jespère pouvoir sortir un jour et ça se fera, forcément ! un livre de qualité sur Nick Cave ; il est scandaleusement délaissé alors quil y a quelque chose de fantastique à faire sur lui. Après, pour un énième Beatles, lintérêt est plutôt limité. Mais cest plutôt ce genre de groupe qui continue à être documenté par les maisons plus importantes car ils sont plus certains de rentabiliser leur investissement de départ en touchant un public plus large. Nous avons tendance à faire exactement linverse : parler du plus spécifique, qui va toucher le public le plus restreint possible !
Existe-t-il une concurrence entre vous et dautres éditeurs comme « le mot et le reste » ou « le castor astral » qui éditent beaucoup de livres sur le rock et semblent parfois mieux distribués ?
Il ny a aucune concurrence, le Camion édite ses bouquins dans son coin, si jose dire, avec un mode de fonctionnement proche du fanzinat et de lunderground le plus profond.
Le fait quon ne vous trouve pas forcément partout justement, ne vous nuit-il pas ?
Complètement, cest une évidence. Une exposition plus importante permettrait de faire connaître le catalogue plus largement.
Dans une autre interview, vous avez détaillé le détail du prix moyen d'un livre Camion Blanc (déjà bravo pour cet effort de transparence) Est-ce que pour les livres étrangers, les droits de traduction sont un frein?
Ils peuvent lêtre, car sils sont trop élevés, finaliser le projet est impossible. La majeure partie des titres achetés à létranger sont édités par des « gros » éditeurs, du moins plus gros que Camion Blanc, il peut donc y avoir un décalage entre notre offre et leur attente. Il est bien sûr arrivé quune signature ne puisse se faire à cause dun éditeur trop gourmand.
Qu'est-ce qui, à votre avis, pourrait expliquer qu'un livre comme "American Hardcore" ait été traduit et pas "Our band could be your life" (tous les deux sortis en 2001) ?
Une question de timing, en fait. American Hardcore, je voulais absolument le faire (je lai dailleurs traduit) car javais flashé dessus à sa sortie, aux alentours de 2000/2001, donc dès que jai eu loccasion de le sortir, jai foncé. Mais le Our Band, de Azerrad, est dans ma ligne de mire !
Parmi la liste de bouquins sortis en anglais ci-dessous, est-ce que vous seriez prêts à nous dire comment se situe Camion Blanc par rapport à une éventuelle traduction (pas lu / lu mais pas intéressé / pas vendable, même avec une fille à poil sur la couverture / intéressé mais trop cher / (scoop) en cours de traduction / etc.) ?
Our band could be your life
Mudhoney: the sound and the fury from Seattle
Big Day Coming: Yo La Tengo and the Rise of Indie Rock
Too High to Die: Meet the Meat Puppets
I Found My Friends: The Oral History of Nirvana
Perfect from Now On: How Indie Rock Saved My Life
Our Noise: The Story of Merge Records
Chacun de ces titres pourrait figurer au catalogue, et il nest pas exclu que certains y fassent leur apparition dans un futur plus ou moins lointain.
On peut se tromper mais on nest pas sûrs d'avoir vu, dans votre catalogue, de BD portant sur le rock, alors que les deux font plutôt bon ménage. C'est un choix délibéré, une contrainte liée au papier ou c'est juste que personne ne s'est pointé chez vous avec un projet BD jusqu'ici ?
Tout à fait, nous navons pas sorti de BD, et ne le ferons pas, puisqueffectivement le format et la qualité dimpression de nos livres ne correspondent pas à un tel format.
Est-ce que vous avez jamais été tenté de faire un bouquin sur un groupe inconnu et culte (mais n'ayant jamais existé) juste pour voir combien de gens l'achèteraient?
Ça serait plutôt drôle, en effet ! Il faudrait arriver à broder 300 pages sur un fake, ça serait un tour de force pour lauteur.
Pour finir, quelle est lactu de Camion Blanc, les projets, envies, etc ?
Encore de nombreuses sorties dans les mois à venir, du Hardcore, du Metal, les Cramps, Suicide, etc. On va continuer à publier nos bouquins, de façon sereine et passionnée.
Merci Dominique !