Vol. V
- Label : XSilence
- Format : Compilation / CD Vinyle
- Date de sortie : 31/10/2016
Ce Vol. 5 était annoncé comme le meilleur sorti à ce jour, chacun pourra penser que ce n'est pas trop difficile compte tenu du niveau des précédents, moi, tout ce que je constate après m'être réécouté l'intégralité des parutions d'Xsilence, c'est que la promesse est largement tenue et ce depuis le début. En effet, cette plongée dans la discographie du site m'a permis de comprendre deux choses : la première, que le niveau des formations en présence s'est très largement amélioré, la seconde, que chaque volume était meilleur que le précédent.
Compilation oblige, il va falloir jouer le jeu du "track by track", même si une analyse plus subtile reposerait sur une étude approfondie des différents styles présentés, pas toujours bien identifiables d'ailleurs. Aussi, en l'absence d'étiquettes satisfaisantes à coller sur les formations qui se sont fendues d'une composition, je me résous à dérouler la chronologie de l'objet.
Avant de parler musique, causons un peu design : du super boulot pile dans l'esprit de la compilation. Selon moi, Xsilence tient son graphiste, Shyle Zalewski, musicien au sein d'Edam Edam, et dont le trait simple, faussement naïf et touchant vaut un Larcenet. Un grand merci donc à l'illustrateur qui n'a pas été avare de son talent.
Wild Things : d'entrée, ça pose les bases puisque "Asthma" est selon moi l'un des meilleurs titres de la compil et j'ai le refrain en tête depuis que je l'ai écouté. Ce mélange des Babes in Toyland, de Made out of Babies voire d'un bon Dolly (comparaison non péjorative) a tout pour plaire : chant excellent, super mélodie, riffs efficaces, variations d'intensité, grosse énergie. Dur de passer derrière.
TrashPépé : j'ai d'abord accroché à la partie instrumentale, appréciant le subtil minimalisme de la composition, le texte passant beaucoup plus difficilement. Mais, au fil des écoutes, j'ai commencé à prendre plaisir à ces paroles du quotidien, déclamées dans un style que je n'avais pas entendu depuis un Eros Nécropsique sans pour autant sombrer dans l'emphase de ce dernier. Je ne dis pas que je m'enverrai un album en entier mais je ne peux qu'apprécier l'originalité du titre, d'autant que j'ai toujours beaucoup d'admiration pour les musiciens qui prennent le risque de chanter en français.
Buddlozer : avec sa production cheap et sa grosse basse, ce n'est a priori pas trop ma came. Cela dit, le côté Butthole Surfers finit par me séduire, le "refrain" ayant de gros points communs avec un titre de l'album Electriclarryland dont le nom m'échappe à l'heure où j'écris. C'est con, je n'ai pas ma cassette sous la main mais ceux qui connaissent le disque ne devraient pas avoir trop de mal à trouver. En tout cas, voilà typiquement le genre de trucs que je m'attendais à trouver sur ce Vol. 5.
Frankreich : ce son, ce rythme, j'ai l'impression d'écouter la B.O. d'un film des années 80, un Carpenter, mais quand ça part en solo de clavier à 3 minutes 37, on change de dimension : je pense au Rock Prog., à Goblin et putain qu'est-ce que c'est bon. Au fond, j'adore les sonorités synthétiques, elles me fascinent... Encore une formation totalement atypique que je ne connaissais pas.
Clément : je ne suis pas un grand connaisseur de Noise Rock mais si je cite Sonic Youth et les Girls Against Boys, je pense que ça ne fera mal au cul de personne. Cela dit, même si le parti pris de la jouer entièrement instrumental est intéressant, l'absence de gros élans dynamiques pourra faire regretter l'absence de chant. Je n'aurais rien contre quelques lignes vocales, aussi succinctes soient-elles. Mais sinon, c'est plutôt plaisant.
Pù : pour ceux qui n'auraient pas suivi le Vol. 4, Pù est en fait la nouvelle mouture de ce que fut M. Pourpre & Emotion Fécale. Je dis ça parce que "Tunguska ? Last transmission" est exactement le même titre que "Battlestar Corrida", à savoir la même mélodie sans le texte. Les mecs ont juste muté vers un nouveau son.
Edam Edam : autant je reconnais que ce groupe a une facilité assez déconcertante pour sortir des mélodies qui rentrent directement dans le crâne de l'auditeur, je ne peux en revanche pas vraiment dire que j'aime, d'autant que j'ai du mal avec les paroles qui contiennent des gros mots. C'est con mais en français comme en anglais, ça me gonfle. Sinon : faire aussi sobre, simple, guilleret et efficace, ce n'est déjà pas à la portée du premier venu.
Chasseur : il y a vraisemblablement un revival 80's qui voit le jour, j'avais jamais trop fait gaffe à ça. Chasseur met donc sa petite cartouche à une amante méritante, ce n'est pas la grosse gaule, le morceau manquant un peu de variété et finissant comme il débute mais, encore une fois, le texte en français hisse la chanson à un niveau d'intérêt supérieur.
Yuki Downer : j'aime ce son sale, ce chant distant qui n'en a rien à branler de la musique, j'aime les voix de femme, ces suites d'accords approximatifs, ce tempo qui se cherche en l'absence de batterie. Basique, rustique, un peu de la classe des branleurs du fond de la classe qui balancent des chiques dans la nuque des fayots du premier rang.
Venice Bliss : ça n'a pas l'air d'être des débutants, maîtrise absolue des couplets efficaces et du refrain qui emporte. C'est Pop, c'est beau, ça me donne envie de me sentir heureux mais c'est vendredi soir, je suis déjà pété à la bière et ça me rend juste mélancolique. Mais la mélancolie, c'est superbe, alors merci Venice Bliss pour ces quelques minutes de spleen qui me font le même effet qu'A Second of June sur l'une des compilations antérieures.
Shagrath : je pourrais dire la même chose que pour Frankreich avec un côté Synth-Pop supplémentaire. Je me revois avec mes pantalons à pince et ma chemise rentrée ouverte jusqu'au nombril sur un t-shirt noir en train de commander un verre au bar "Le Zoko" à Bayonne au début des années 90. Je note ce même excellent travail sur les claviers avec cependant un goût de trop peu, la chanson s'achevant sur un acmé que j'aurais aimé voir perdurer. Mais bordel que cette musique est cool !
Beckuto Vongola : un habitué de l'exercice, une productivité d'insomniaque. Moi, ça m'émeut toujours un peu d'entendre un homme seul avec sa voix et guitare, se dépouiller ainsi et balancer un titre d'apparence simple mais qui, en quelques notes, pose une atmosphère de dépeuplement, pour peu que vous compreniez ce que je cherche à dire. Dans un style risqué, le mec se pointe avec son culot et ça passe tout seul. La classe.
Kai Reznik : bon les gars, qu'est-ce que vous avez avec la musique des années 80 ? C'est une espèce de fantasme ? C'est pas que cela me déplaise hein, vous l'aurez compris, et moi, cette chanson, elle me colle un putain de bourdon tellement épais que je pourrais le foutre sur ma planche à découper et le servir en tapas à des invités imaginaires. Bordel, cette ambiance, ce travail sur les sons, cette mélodie de cordes aux alentours des trois minutes... Y en a encore pour dire que Xsilence est moribond quand tu entends ce genre de perles Electroniques ? Avec Wild Things, le deuxième gros coup de c?ur du disque.
Fre(e)d, in solo : lui aussi ce n'est pas un petit nouveau et même si jusqu'à présent mes préférences vont vers les sonorités les moins Rock, j'apprécie l'effort mélodique apporté à la composition, un exercice jamais facile lorsqu'on opte pour un format purement instrumental qui ne joue pas la carte de la dextérité à outrance.
Lascar K Pac : le poil à gratter. Il faut dire que l'attaque purement Electro Hip-Hop qui pourrait ressembler à un remix des Svinkels et du Cercle Macabre détonne singulièrement avec les autres participants. Au niveau de l'instru, je n'ai rien à dire, j'adore : c'est bien épais, bien lourd, bien rythmé. En revanche, passé l'effet de surprise, le texte me semble en revanche bien moins construit qu'un ThrashPépé par exemple. Les sonorités comptent bien plus que le sens et, pour peu qu'on écoute un peu de Rap français, c'est difficile d'apprécier les lyrics sur plusieurs écoutes. Je retiens surtout l'énergie folle qui se dégage du titre et qui fait du bien.
Pfau : vous l'aurez sans doute remarqué, je ne dis du mal de personne. Mais bon, Pfau, dès que le chant est venu, j'ai baissé le son. Sans compter que le refrain, j'ai cru à une reprise de U2, impossible que je sois le seul à avoir fait le rapprochement. Heureusement, cela ne dure pas longtemps. Désolé les gars, je n'ai vraiment pas aimé.
Polly Poney : je pourrais dire la même chose que pour Beckuto mais le titre me semble bien trop morose même si les interférences radios apportent un plus. Mais bon, j'ai clairement le sentiment que le morceau n'est pas fini. Minimaliste ok mais la posture ne fait pas le compositeur.
Big Bang Humain : les sons propres aux vieux jeux vidéos continuent à faire des émules, cependant le texte rachète une musique un peu trop guillerette à mon goût, établissant un contraste intéressant entre l'aspect désabusé de la voix et la joie paisible qui se dégage de cette mélodie discrète. Intéressant, pas trop pour moi cela dit.
Deaflovers : ça sonne comme un vieux Sonic Youth du Confusion is Sex ce qui, en soit, est plutôt une bonne chose même s'il est aussi bon de savoir s'affranchir de ses idoles. Cependant, sur une compilation de Rock Indépendant, Deaflovers a parfaitement sa place, sa composition faisant la part belle aux riffs tordus et aux harmoniques dissonants.
Émotion Fécale : c'est sûr que si l'on réécoute les interventions de ce groupe sur les trois premières sorties du Webzine, on ne peut que se dire qu'il s'est foutu de notre gueule. Là, il a l'air de se prendre un peu plus au sérieux, il y a même du texte mais bon, s'il a quelque chose à nous dire il ferait mieux d'aller jusqu'au bout. C'est encore un peu constipé tout ça, un peu contraint.
Horst : autre grosse baffe de cette compilation, Horst m'a carrément séduit avec son Post Rock instrumental. Il y a tout ce qu'il faut : l'ambiance, les montées, les descentes, la tension constante. Une vraie putain de bonne inspiration. Le seul bémol c'est la récurrence des collages de voix qui, à mon sens, alourdissent de trop le propos alors que la musique se suffit à elle-même. Le seul que j'aurais gardé, c'est le dialogue entre l'Américain et le Mexicain qui arrive parfaitement à point avec la montée finale. Sans doute le groupe qui m'a le plus marqué pour une chanson dont je ne me lasse pas.
Polarbird : c'est Pop, c'est Rock, c'est un peu Noise, ça tient la route mais ce n'est pas trop mon genre. Désolé, c'est pas de la critique gratuite, je n'ai juste pas le bagage musical ou la sensibilité nécessaire pour évoquer un titre qui, au mieux, me fait penser à ce que je connais de Dinosaur Jr. Pas mal.
The Last Embrace : ceux qui suivent savent que j'ai tendance à faire un peu de promotion pour ce groupe de Métal Rock Progressif. Ici, j'ai choisi ce titre acoustique car je trouve la mélodie sublime, comme un bon Anathema / Antimatter, en me disant qu'il pourrait davantage plaire ici qu'une composition plus typiquement Prog. À vous de voir.
Oak Coma : voilà ce Vol. 5 qui s'achève avec du lourd, bon comme un Fuck Buttons, pas vraiment Drone, pas vraiment Ambient, mais avec cette mélodie sublime portée par une rythmique frôlant l'hypnose, le tout étant dopé par une espèce de final grandiose en forme d'épopée intersidérale sidérante et qui me laisse comme un con, tout surpris d'avoir tant ressenti cette progression vers la Lumière.
Un grand cru. Merci Xsilence, merci aux participants.
Note de fin : texte écrit sans tenir de mes accointances ou absence d'accointances avec des membres du site. D'ailleurs, pour la majorité des groupes, je suis encore incapable de dire qui joue dans quoi. Objectivité absolue.