La Forêt
- Label : 5 Rue Christine
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 25/07/2005
Le groupe Xiu Xiu est devenu très productif, prenant largement son rôle au sérieux. Peut-on interpréter cela comme le besoin de se libérer des passions angoissantes et refoulées grâce à la musique? Assez difficile à admettre : Fabulous Muscles avait entraîné les Xiu Xiu dans une direction qu'on n'aurait pu envisager. Des morceaux tels que "I Love The Valley Oh !", "Fabulous Muscles" ou encore "Clowne Towne", montraient une avancée vers une béatitude certaine, retranscrite par les instruments et la voix de Jamie Stewart ? douce et agréable.
Les deux pochettes de La Forêt n'annuleront pas cette hypothèse. Alors qu'on aurait attribué à ce groupe un artwork très inquiétant, typiquement hitchcockien avec ses arbres ressemblant à des squelettes agressifs nocturnes, Xiu Xiu nous offre deux charmantes couvertures. L'une, représente une jolie feuille verte ? l'européenne- l'autre ressemble à un patchwork coloré de gamin ?l'américaine-. Jamie Stewart se serait-il apaisé ?Ses troubles se sont-ils estompés?
Autant annoncer directement la couleur : l'âme du chanteur ne ressemble en rien aux couleurs vives illustrant La Forêt. Celle-ci se promène au contraire dans une nature sombrement trompeuse et malfaisante ; cette végétation, elle l'esquive en l'illustrant dans les paroles et dans les chansons de ce dernier album. Sexe, mort, tristesse : tout y est. La notion de catharsis prend plus que jamais son ampleur pour Xiu Xiu.
Alors que Fabulous Muscles était le symbole d'une avancée pour le groupe, cette "Forêt"" ressemble plutôt à un pas en arrière vers les périodes A Promise et Knife Play. On peut également considérer ce parcours à reculons comme positif : Xiu Xiu affirme son identité de formation musicale malsaine. Il préfère jouer pour lui, quitte à ce qu'il ne plaise qu'à treize personnes et demi. Tant pis si "Saturn" , avec ses airs extra-terrestres dégueulasses ne nous plait pas ; tant pis les textes nous froissent ; si l'instrumentation nous trompe -elle se fait tantôt harmonieuse, tantôt exécrable. Jamie Stewart a besoin de ça pour vivre mieux : balancer ses émotions dans la gueule de l'auditeur pour s'en débarrasser.
Ce 'Ian Curtis' ne se trouve qu'en nous perdant dans les méandres de son univers : nous ne sommes plus que des pions avec lesquels il s'amuse. Ou plutôt, avec lesquels il essaye de résoudre son équation. Il sait plus que jamais alterner paroles d'espoir et paroles d'une morbidité perverse : dans "Bog People" par exemple on passe de l'un à l'autre avec une rapidité déconcertante ( "There will always be a headless neck/ There will always be happiness"). La musique accompagne superbement ce cheminement déroutant : "Baby Captain" débute joliment ?avec des cordes de guitare acoustique caressées, et s'achève dans un engouement de beats bizarroïdes (de ce point de vue, elle ressemble à "Sad Pony Guerilla Girl" d' A Promise).
Alors, comment devons-nous réagir face à tant d'insolence ? Rester admiratif de cet afflux de culot ou non ? ...
J'ai choisi mon camp depuis l'écoute d' "I Broke Up" ( piste de l'album Knife Play), et cette "Forêt" rugueuse de m'en fera pas sortir. Et puis, comment en vouloir à Jamie Stewart lorsqu'il affirme "I tried hard to be good to you" ?
Xiu Xiu nous prouve une fois de plus qu'il peut incessamment nous surprendre et souligner nos peurs : un seul craquement de branche, un seul murmure stewartien, et c'est notre c?ur qui s'emballe, frôlant le coup de foudre et l'arrêt cardiaque simultanément.