An Electric Storm
- Label : Island
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/11/1968
Même si on a souvent tendance à idéaliser la période, la fin des années 60 est vraiment riche en grande bizarrerie musicale, de disques qui semblent sortis de nulle part. Dans la recherche du disque le plus extrême au coté d'un Trout Mask Replica on trouvera forcément An Electric Storm de White Noise.
White Noise c'est la rencontre inattendue de David Vorhaus, spécialiste américain de l'acoustique avec les britanniques Brian Hodgson et Delia Derbyshire deux DJ bidouilleurs de la BBC. Le trio use et abuse des bidouillages échantillonnages des boucles et se retrouve en possession du fameux premier synthétiseur de l'histoire l'EMS VCS3. Le même utilisé par Eno, Schulze, les Who ou Jean Michel Jarre. Ce ne sont que des exemples. Avec An Electric Storm ces trois fous furieux sont à l'origine d'une pop impensable qui doit autant au psychédélisme d'un beatles ou d'un floyd, qu'au progressif naissant d'un soft machine qu'à de la musique classique contemporaine. Quelle puissance! Je ne pensais pas que l'on pouvait être aussi fou, aussi libre, aussi anticonformiste. Si ça fait mal au départ c'est que cette musique semble avoir été conçu pour ouvrir les oreilles de l'auditeur et l'emmener dans un monde cauchemardesque. Pas besoin de vaseline faut se faire prendre à sec, ça passe mieux la seconde fois. Et si un disque n'est pas une claque il ne peut prétendre être chef d'?uvre. Ça commence pourtant plutôt en douceur avec une mélodie pop un peu biscornue mais ça dérive vite en grande partouze et ça se finit en plein râles orgasmiques en plein milieu d'un partouze. Après cette petite mise en bouche qui vous aura sans doute surpris et qui commencera peut être à vous agacer on passe aux choses sérieuses. Allons directement à la fin parler d'un morceau qui s'appelle "Black Mass Electric Storm In Hell". Il s'agit d'un mélange d'Indus (15 ans en avance) avec une espèce de rythmique tribale couplé à une batterie free jazz. A moins d'être un amoureux feu de musique concrète (est ce que ca existe ce genre de personne?) ou si vous vous enfilez un Beefheart à chaque petit déj', vous devriez baisser le son. Quelle noirceur, quel effroi, quelle puissance. On ne compte plus le nombre de personnes l'ayant cité comme influence, ce serait trop long.
A la même période il y avait Silver Apples qui faisaient de l'electro mais le style n'est pas le même. Il y avait le Velvet qui ouvrait le psyché à la noirceur. Il y avait Trout Mask Replica ou Freak Out qui allait très loin dans le délire. Qu'on aime ou pas ces disques on fait partie d'une avant-garde toujours difficile à appréhender même après 40 ans. De toute cette étrange galerie, White Noise est de loin le projet le plus sombre, le plus terrifiant. Quand on pense que ce disque est sorti sur un label comme Island et qu'il c'est, parait y, vendu à 100 000 exemplaires à sa sortie (merci le bouche à oreilles) on se dit qu'aujourd'hui on aurait bien besoin d'un petit coup de coton tige dans les oreilles.