Wet Leg
- Label : Domino
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio Numérique
- Date de sortie : 08/04/2022
Pour la deuxième fois depuis que je fais des chroniques sur ce site, je vais sauter dans la hype à pieds joints. La première fois, c'était pour Car Seat Headrest, que j'avais découvert après la sortie de plusieurs albums autoproduits sur Bandcamp avec des records de téléchargement à la clé. Cette fois, c'est beaucoup plus rapide et c'est un raz-de-marée : depuis la sortie de leur album éponyme en avril dernier, les deux amies au c?ur du projet Wet Leg, Rhian la chanteuse et Hester la guitariste, voient leur exposition médiatique et la taille des salles de concert qui les programment grandir à vue d'oeil. Les Parisiens se sont arrachés les invitations pour leur apparition au festival Culturebox au Cirque d'hiver, les places pour le concert qu'elles ont donné le lendemain au Point Éphémère, et même les places pour leur concert de novembre prochain dans l'immense Élysée-Montmartre, complet depuis le mois de juin.
Tout a commencé quelques mois plus tôt lorsque deux gamines qui s'emmerdaient sur leur île de Wight natale ont eu l'idée de monter un groupe de rock après avoir vu Idles dans un festoche. Liées par le serment de faire quelque chose de neuf et de s'amuser, elles ont recruté trois autres musicos et ont autoproduit "Chaise longue" en juin 2021, une pop song épurée aux paroles post-#me too ravageuses, qui évoque les Breeders produits par LCD Soundsystem. Leur clip artisanal mais efficace a dépassé les cinq millions de vues sur YouTube et les ventes de singles ont suivi. Pour un tout jeune groupe de rock en 2021, c'est pas banal. La question que tout le monde s'est posée après cet exploit étant : est-ce qu'elles ont de quoi tenir la distance sur un album ?
La réponse est clairement oui : si leur premier tube est repris sur cette première galette pour faire le nombre, elles en ont au moins deux autres du même calibre en stock : "Wet Dream", qui passe au karcher les fantasmes masculins en un peu plus de deux minutes, et ma préférée, "Yr Mum", une chanson de rupture au lance-flammes qui paie son hommage à Talking Heads et contient un cri primal qui me colle toujours des frissons à la soixante-troisième écoute.
Si cet album n'invente rien, le cocktail de post-punk, shoegaze et britpop qui le nourrit situe ce quintet dans la lignée de Lush, d'Elastica ou même du Franz Ferdinand des débuts. Leur sens du slogan et du groove minimaliste mais efficace m'évoque aussi furieusement un autre groupe récent dont le premier album m'avait fait pas mal d'effet : les New-Yorkais de Bodega. Sauf que les deux sirènes de l'île de Wight y ajoutent une grâce et un sens de l'autodérision qui font la différence. Elles sont également capables de verser dans des chansons plus lentes et plus mélancoliques qui tirent du côté de Courtney Barnett ("Piece of Shit", "Supermarket") ou d'Angel Olsen ("Convincing", "Loving You"). Et si cette dernière correspond au temps faible de l'album, elle reste agréable à écouter et permet de souffler entre deux bombinettes disco-rock.
Si les deux fondatrices apparaissent parfois dépassées par l'ampleur du buzz qui les entoure, les quelques vidéos de concert que j'ai vu semblent attester que le plaisir est au rendez-vous, ce qui pourrait les aider à survivre au raz-de-marée de la popularité et - je l'espère - à nous produire d'autres pop songs jouissives de ce calibre à l'avenir.