Blood Money
- Label : Anti-
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 07/05/2002
Et voici un concept album, un vrai. Sorti le même jour que l'album Alice, Blood Money retrace l'histoire (vraie) d'un soldat allemand qui, sous l'effet des drogues et autres expériences médicamenteuses, devint complètement fou, au point de tuer sa chère et tendre. Même si certaines parties de l'histoire paraissent un peu floue à l'écoute de cet album de Tom Waits, mon anglais me faisant défaut certainement (le timbre et l'articulation de Waits n'aident pas non plus !!), il est intéressant de retrouver ce type d'effort travaillé aussi bien musicalement par Waits et Kathleen Brennan, que scénaristiquement par le dramaturge, inconnu pour ce qui me concerne, Robert Wilson.
Côté musique, Waits traverse sur cet album plusieurs époques, et surtout plusieurs univers. Ce type d'écriture étant devenu une signature pour l'homme, ce n'est pas réellement une surprise. La surprise viendrait plutôt du choix de ces univers, en cohérence avec le thème et l'origine de la pièce traitée : marches, tangos, valses, tarentelles. Tout ceci pourrait paraître bien étrange lu comme cela, mais, dans la bouche de Waits et à l'écoute de Blood Money, cela ne surprend guère. La marche notamment, saccadée et militaire, sied parfaitement au timbre et au style de l'artiste. Pour les autres, tangos et valses par exemple, je me garderai d'être pleinement convaincu, mais question ambiances, c'est clairement une réussite parfaite.
Une fois de plus, Tom Waits aura choisi la difficulté pour un album qui ne vaut que si l'on se penche réellement sur les paroles et le propos. Dépouillé mais malsain, le corps musical de Blood Money semble totalement imprégné de Tom Waits, bien qu'il en partage l'écriture. Difficile donc de sortir du lot certains titres plus que d'autres, puisque l'histoire proposée serait perdue. Toutefois, pour ceux qui ne comprennent pas ou qui comprennent mal l'anglais, des titres bien construits comme l'ouverture saccadée de "Misery Is The River Of The World" ou la beauté simple de "Lullaby" peuvent se suffire à eux-mêmes.
Si Blood Money ne s'inscrit pas dans l'histoire comme le meilleur Waits, peut-être faute de devoir trop se pencher sur l'enceinte pour comprendre l'histoire, il se pose tout de même comme une pièce essentielle de son oeuvre, rédigée et composée avec maestria malgré le risque pris.