Deceit
- Label : Rough Trade
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 04/09/1981
Deceit fait véritablement figure d'album majeur aujourd'hui pour qui y a déposé ses oreilles plus de quatre fois. C'est le deuxième album de This Heat ainsi que son dernier notamment en raison du départ d'un des membres du trio pour étudier la dance katakali en inde. Celui-ci, Gareth Williams -basse-, fut engagé à la demande de Charles Bullen -guitare- et Charles Hayward -batterie- qui formaient alors le duo d'improvisation Dolphin Logic pour notamment sa fraîcheur de non-musicien et vrai étudiant en arts. Cherchant à s'éloigner d'un esprit de virtuosité en vogue dans l'Angleterre des années 70 et l'institution Soft Machine post-Robert Wyatt, ils enregistrent le Blue And Yellow Ep en 1978 en misant sur un ascétisme et une sobriété tranchants du côté instrumental pour quelques mélodies vocales d'une sincérité singulière. Le point de départ du deuxième album sera l'idée de regarder la télévision tout en la détestant.
Deceit peut donc être vu comme une vision critique de la société car l'idée de Charles Hayward est d'utiliser la lucarne comme point de convergence, de s'inspirer du focus qu'elle procure pour livrer des textes sur la guerre froide, sa menace alors omniprésente d'un conflit nucléaire apocalyptique symbolisé par le dernier titre, suggestion du néant d'après la fin de la race humaine.
Le confort énoncé par l'inaugural "Sleep", aussitôt violenté par "Paper Hats" et sa structure redoutablement efficace s'achevant sur l'aveu "are our ears beyond words?", va se trouver fort malmené tout au long de l'opus grâce à l'exposition des évènements tel Radio Prague ou Cenotaph: "history repeats itself". Dans cette optique, This Heat emploie également des claviers, une clarinette, un mélodica ainsi que des boucles pré-enregistrées apportant une touche supplémentaire au sombre tableau dépeint.
"A New Kind Of Water" en est le point culminant: "eat, drink and be merry for tomorrow we die eat electricity". Son envolée rythmique n'en est que plus jouissive laissant un arrière-goût de lucidité à la saveur d'une grande musique simplement idéalisée. Le groupe finira par se séparer en 1982 suite à une tournée avec deux musiciens palliant le départ de Gareth Williams; concerts plus tard regrettée par les deux Charles. Ceux-ci entameront alors une carrière solo agrémentée de collaborations. On parlera plus tard du trio comme de précurseurs du post-punk voire de la musique industrielle.