13 Blues For Thirteen Moons
- Label : Constellation
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 10/03/2008
Je n'ai rien écouté des ces 13 Blues For Thirteen Moons. Rien. Je n'ai pas eu la chance d'assister aux derniers concerts, je n'ai pas suivi les liens, vers des fichiers mp3, qui me sont parvenus. J'ai attendu, fébrilement, cette nouvelle galette des activistes principaux de Montréal pour découvrir enfin ce magnifique titre étrange, à rallonge comme d'habitude ; je monte le son, et je me laisse vriller les oreilles par les 12 premiers titres introductifs, aiguës. Treizième piste, les choses sérieuses commencent ; le chant d'Efrim se fait une fois de plus plaintif, et vu le nom donné à cette chanson ("1.000.000 Died To Make This Sound"), répété dans un ch?ur discret, je me dis que l'ambiance ne sera pas encore à la fête. A Silver Mount Zion balance un titre résolument rock'n'roll, notamment grâce à l'arrivée bienheureuse d'Eric Craven, batteur chez les fous-furieux de Hanged Up.
Le groupe nous avait déjà habitués aux ambiances apocalyptiques, caverneuses, intimistes, gracieuses, mais là, le son se fait pratiquement épique, avec ses descentes de violons vertigineuses, ses guitares partant en guerre, sa contrebasse menaçante, sa batterie déchainée et un Efrim Menuck à la limite du hurlement. ASMZ ne fera donc pas dans la délicatesse, nous sommes prévenus ; quoique ? Le titre, répété mille et une fois, se finit en ch?ur où le groupe nous prouve, si besoin est, la richesse ahurissante du son qu'ils peuvent proposer, l'agressivité subtile et latente qu'ils peuvent développer. La chanson titre en est la parfaite illustration ; un mélange d'ambiance lugubre et d'excitation incontrôlable, tout en distillant des images mentales, qui tournent, qui secouent, qui frappent ; on se prend au jeu, je commence à brailler, l'air menaçant (en fronçant les sourcils) "I Just Want Some Action, I Just Want Some Action!!!". ASMZ déverse sa rage, sa tristesse, sa noirceur, et donc, son blues. Le groupe nous démontre également avec les deux derniers titres son expérience de la composition. La longue dernière tournée et les collaborations diverses en studio et sur scène avec Pattie Smith ou Vic Chesnutt semblent avoir été grandement bénéfique pour un combo que l'on sent plus soudé et remonté que jamais (les parties chant "Black Waters Blowed/Engine Broke Blues" sont mémorables). Pourtant, il n'est pas difficile à imaginer que beaucoup critiqueront la méthode, n'hésiteront pas à dénoncer "la facilité" de la recette trouvée par ASMZ, répétée depuis "This Is Our Punk-Rock", avec les montées de cordes systématiques, le chant plaintif et prêcheur et les guitares se faisant stridentes à un moment "précieux".
Mais les lignes de violoncelles ne se casseront jamais aussi littéralement sur les guitares et les cymbales que sur cet album. La complexe rigidité de Godspeed est définitivement remplacée par une spontaneité déconcertante en perpétuel mouvement. Nous sommes en présence d'un vrai travail d'orfèvre et sans concession, évidemment.