Surgery
- Label : Mute
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 23/08/2005
Dès les premiers accords de "Come Save Us", une même descente de gamme ultra-simple mais diaboliquement efficace, on se sent saisi par une irrépressible envie de donner le rythme avec le pied, de balancer la tête, et de se laisser embarquer dans la dangereuse virée que proposent ces garnements californiens, flirtant avec les interdits comme avec les meilleurs réminiscences du psychédélisme noir et obscur.
La voix hallucinée et tendue de Bobby Hecksher (encore un qui va finir à l'hôpital psychiatrique d'ici quelques années ...) lance un affront ostentatoire aux bonnes m?urs et, au besoin, revendique aussi bien ses influences, peu recommandables, allant des mythiques Spacemen 3 (Sonic Boom avait participé à la production de leur précédent opus) ou encore des grands Spiritualized, aux géniaux Brian Jonestown Massacre (Andy Newcombe, le génie auto-destructeur, figure d'ailleurs dans les remerciements), que son attirance pour les substances de toutes sortes.
A l'écoute de ce son effrayant, à l'ambiance aussi bien plombée que magnifiquement noire ("Gypsy Nightmare"), on n'ose à peine, mais avec néanmoins une fascination irrépressible, imaginer les quantités gargantuesques de drogues qui ont dû servir à la confection de ce chef-d'?uvre d'évanescence et de voyages sensoriels. Les mêmes boucles d'accords prenants sont ressassées jusqu'à faire sauter les neurones ("Angels In Heaven, Angels In Hell") et dégager la voie pour des sensations nouvelles, très élevées et aussi légères que les fumerolles qui en sont à l'origine.
Les guitares s'enchevêtrent très bien pour former un mur du son digne d'une déferlante apocalyptique. Aucun instrument n'a été oublié et cette fanfare ténébreuse concourt à la création d'une atmosphère aussi bien inquiétante que magistralement imposante ("We Need Starpower", "The Tangent") où saturation, réverb lourde et spirales mélodiques génèrent des frissons incroyables. Les titres s'enchaînent sans lasser, avec une fluidité exemplaire et sont incroyablement prenantes, sans doute grâce à une légère nonchalance qui vire tantôt à un esthétisme lancinant et vaporeux, tantôt aux frasques psychotropes provoquées par un état second parfaitement planant.
L'enregistrement de cet album long, hypnotique et ébouriffant, a dû plus ressembler à une orgie qu'autre chose, si l'on s'en fie aux titres épileptiques que sont les sombres et divins "Evil Eye Again" ou "Above Earth", au chant insidieusement caressant et aux paroles crues et sordides. Fanfare déjantée et droguée par toutes les veines, The Warlocks jouent gras, fort et fiévreux, pour rendre leurs délires aussi étirés que possible, transformant ces tourbillons décoiffants en odes à l'évasion mystique.
Nettement plus doués, audacieux et sans doute habités aussi, que l'immense majorité des groupes garage-rock actuels, ces californiens sont sans doute ce qui se fait de mieux en ce moment. Ils participent, en formant un axe avec les tout aussi excellents Black Rebel Motorcycle Club, à la résurgence d'un rock psyché stupéfiant et aussi sombre que les lunettes noires qui cachent leurs yeux rouges et malades.
Et, pour les esprits dérangés et malsains, il est bon de suivre ces digressions sur le terrain de la perversité. "Suicide Note" est la touche finale au voyage hypnotique que cet album a offert avec majesté, concluant la virée sur un chant éthéré, vite écrasé par une incroyable décharge sonore surpuissante de plusieurs minutes absolument jouissives.
Dérangés, géniaux, captivants, entraînants, les membres de The Warlocks ont su dépeindre avec un talent inimitable leur façon de concevoir leur musique, à l'image de leur pochette noire et rouge, déjà culte. Par leurs chansons grandioses et mirifiquement noires, ils nous entraînent dans une expérience nouvelle, peu recommandable, mais dont les effets marquent encore plus que n'importe quelle autre.