Heavy Deavy Skull Lover
- Label : Tee Pee
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 23/10/2007
Complètement malade, abandonné de tous, par ses membres, par son propre label qui l'éjectera comme un malpropre, en proie à des périodes de dépressions, Bobby Hecksher, le leader des Warlocks ne ressemblait à plus grand chose.
Et c'est ce qui explique que la musique de son dernier album évoque tant le décharnement, l'asthénie, la déliquescence même. Récupéré par le minuscule label Tee Pee sans le sous mais plein de pitié pour ce ramassis de dégénérés junkies, The Warlocks signe là un album rapiécé, barbouillé et malade, qui traîne sa carcasse comme toute la misère du monde. Dégoulinant de guitares saturées qui dessinent des nuages de vomis par-dessus des mélodies cafardeuses, le rock empli de spleen du combo californien symbolise les lendemains d'orgies, les descentes liés à la drogue, le coma intellectuel et émotionnel, où ne subsiste plus que les idées noires. Il faut voir les noms affublés aux chansons : "The Valley Of Death", "Zombie Like Lovers" ou bien "Death, I Hear You Walking". Charmant... Car en fin de compte tout se termine comme ça. Pas de fête, plus d'orgie, juste un immense constat des choses : la futilité règne sur Terre.
D'une lenteur affligeante, les titres se délitent de plus en plus au fil de l'album, jusqu'à ne ressembler plus qu'à des ébauches, des tentatives de paraître un semblant de quelque chose, qui aurait du sens. Mais ils n'y arrivent pas, "Interlude In Reverse" n'est qu'une suite ininterrompue de bourdonnements, une bande de bruits passée à l'envers.
Bénéficiant d'une production tout bonnement pourrie, voire même indigne, ressemblant à du vrai amateurisme, cet opus est cependant à l'image du groupe : après l'extase et le trip, c'est la descente et la désillusion. Il ne reste plus que des nuages de distorsions à n'en plus finir. Le chant indique que la morgue et l'arrogance sont abandonnées : on passe à la négligence, voire même l'absence, l'évasion, comme sur le magnifique "So Paranoid" et sa voix toute douce et en retrait. D'ailleurs il est beaucoup moins présent. Les textes, les paroles, la raison cèdent la place à de longues plages instrumentales qui ne s'emballent pas mais s'étirent et prolongent et prolongent encore des moments de paresse troubles et confus.
On arrive alors à des morceaux fatigués, flémardes et surtout décharnés de toute structure positive. Les refrains, les moments tempétueux, les extases délirantes sont remplacées par un laisser-aller, une absence d'entrain. Si bien qu'on n'a plus que des fantômes (le sublime et vaporeux "Dreamless Days"), des fantômes de saturations, des fantômes de voix, légères et caressantes, dans fantômes de notes grattées à la guitare. Le tout pour une tristesse maladive. Un recueil de longues plaintes de toxicomanes, désabusés et trop conscients du caractère erratique de la vie et de ses expériences. On se laisse alors dériver vers un état léthargique, englué par ce rythme indolent, ce manque de vigueur et d'ossature. Le constat est amer. Sombre, molasson, déprimé, le ton de l'album n'incite pas à l'optimisme. Pas une seule note d'espoir. Les guitares sont là, dans un dialogue ébouriffant et assourdissant, mais leur présence sonore a quelque chose de magnifiquement mélancolique. Un recouvrement, une noyade, une coulée d'abattement. Dériver, planer, sera le prix à payer pour cette misère.
Les étendus plages de reverb sur le monstrueux "Moving Mountains" et ses onze minutes incroyables, entraînera l'auditeur vers cette évasion. Une escapade cosmique mais dangereuse, en plein Enfer et marasme. La chanson a beau commencer à la guitare sèche avec une intro mortuaire, elle se décompose et finit par céder place à un ravage sans nom. Tout est écrabouillé. Puis pris d'assaut par des fulgurances, des soubresauts à donner le vertige.
The Warlocks frôle les limites. Expérimental et sans concessions, refusant la facilité, l'album délivre une beauté noire. L'arpège répétitif de "The Valley of Death", sans doute et déjà le meilleur morceau de l'album, décline une complainte déchirante que le chant geignard vient renforcer. On est sidéré par toute la sincérité de Bobby Hecksher qui y met tout son c?ur. Il ne le fera que lors de la première chanson : après il s'effacera, cédant la place à des invasions de crispations, de saturations et de fuzz crados comme des démons intérieurs qui viendraient le hanter.
Au bord de la folie, sans cesse sur la brèche tout du long, Heavy Deavy Skull Lover (quel nom !) est d'une radicalité presque rebutante comme fascinante. Progressivement, comme rongé par la maladie, il s'égrène vers du grand n'importe quoi. Les mélodies cèdent sous les guitares, voire même des petits bruits ou un clavier morbide. Sur "Death, I Hear You Walking", Bobby Hecksher abandonne tout : il soupire et ne chante plus. Il ne reste plus qu'au final une bouillie sonore d'une lenteur difficilement supportable. Et les deux chansons cachés ne feront qu'accentuer le malaise : hallucinogènes certes, mais décadentes.
Heavy Deavy Skull Lover est un carnage, le témoignage d'un abandon, d'une torpeur qui s'installe, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, détruit par la névrose, l'acide et les drogues. A refiler le cafard.