The Queen Is Dead
- Label : Rough Trade
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/06/1986
Alain Delon sur la pochette, le corps renversé.
D'emblée les Smiths donnent la couleur. Ce sera le rose et le vert sombre. Les envolées pop et les textes si intimes de Morrissey, la poésie délicate du chanteur au timbre doux. Une formation toute simple : voix et guitare/basse/batterie. Johnny Marr, à la six cordes, cisèle des mélodies imparables, sublimes ("I Know It's Over"). Nos quatre anglais continuent de traîner leur adolescence rimbaldienne ; Morrissey dit surtout le malaise. C'est la fin des années 80, l'Angleterre de Margaret Thatcher, le rock qui ne va nulle part, la fougueuse énergie punk ne brûle plus, Kurt Cobain est encore dans son trou d'Aberdeen. Epoque d'errance(s) sur fond de new wave, balbutiements de la techno, rock prog' et look Indochine à l'école. C'est l'époque des coupes de cheveux à la Robert Smith et des yeux cernés de rimmel.
"The Queen Is Dead" défile comme la bande-son du désespoir. Morrissey chante doucement, effleurant les mots, définitivement ambigu. C'est le disque des ruptures et des pages tournées avec nostalgie, les paroles du poète qui se croyait génial, renvoyé froidement à sa solitude. Le spectre de la mort se dessine en arrière-plan. C'est l'envie folle de mourir avec l'être aimé ("There Is A Light That Never Goes Out"). En trente-sept minutes à peine les Smiths gravent la détresse devant l'éternel. Mais pas une détresse angoissante et sans issue ? pas une détresse à la Ian Curtis, quand la basse lourde passe et ne laisse plus rien -, plutôt un spleen pop. Derrière le velours fané, le bijou scintille.
L'ironie est un rempart, et Morrissey aiguise des textes insolents : "Frankly, Mr Shankly" ou "Bigmouth Strikes Again"...
Jeff Buckley a repris "I Know It's Over", Placebo "Bigmouth Strikes Again".
La reine est morte, mais le royaume continue de resplendir.