Meat Is Murder
- Label : Virgin
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 01/02/1985
1985: un jour d'orage, me voici qui vient au monde après avoir patienté tranquillement pendant un hiver de merde [mode "Je cite ma mère" on]... Un peu comme 'Meat Is Murder' des Smiths qui a été façonné pendant tout l'hiver 1984 à Liverpool... "Tout était morne et glacial, la neige était pesante, les jours sombres, l'album s'en ressent" [mode "Je cite Morrissey" on]
Et effectivement, oui, c'est un album sombre, y'a qu'à écouter le chant tyrolien de Morrissey sur "Headmaster Ritual" pour être tout retourné... Ce disque n'est qu'émotion, Johnny Marr n'a jamais joué une musique aussi triste, la basse lourde et plaintive nous repousse dans les limites du supportable: en gros, le plus bel écrin pour la voix de Morrissey... Sur "Rusholme Ruffians", on n'en peut plus... Le refrain de "I Want The One I Can't Have" est magnifique de tristesse, cette façon empressée de chanter montre que Morrissey est animé d'un sentiment d'urgence irrationnelle poussé par les éclairs de Marr dessine avec sa guitare...
Sur le très rock "What She Said", on appréciera encore une fois la prestation de Morrissey avant la ballade "That Joke Isn't Funny Anymore"... C'est exactement ce que j'ai envie de dire à ce moment du disque... 'I've seen it happen in other people's lives And now it's happening in mine' chanté à l'infini par Morrissey avant un douloureux feedback instrumental qui précède le mystique 'How Soon Is Now', sept minutes de ouf où la guitare de Johnny se fait dure, va chercher des effets de malade soutenu par une rythmique impitoyable sur de longues plages instrumentales entrecoupées par les vers de Morrissey dépeignant une certaine misère affective "I am Human and I need to be loved"... Derrière ces deux morceaux emplis de tristesse, "Nowhere Fast" remet presque de bonne humeur et nous permet de retrouver un Morrissey plus speed, une basse plus groovy... J'entends des chevaux galoper sur ce morceau avant que le soufflet ne retombe avec la rythmique lourde de "Well I Wonder" (ah, cette ligne de basse entre le chant de Morissey...) où la solitude mise en musique. J'apprécie particulièrement ce petit sample de l'eau qui coule... Avant les deux chefs-d'oeuvre absolus des Smiths: "Barbarism Begins At Home" où les aboiements de Morissey témoignent d'une enfance douloureuse et d'une barbarie domestique quotidienne... Un final presque disco nous montre la voie de l'espoir en redessinant le sourire sur mon visage... Et encore une fois,le soufflet retombe sur la chanson-titre "Meat Is Murder"... Ca commence par une vache qui fait 'meuh...', ça continue par une mélodie plaintive sur laquelle se pose la voix de Morissey, le végétarien qui défend sa cause et ça finit par une vache qui fait 'meuh...'...
Bref, un album primordial pour qui sait qu'il faut quotidiennement 20 minutes de fou rire...
La critique est facile, je sais, l'art est difficile, en tout cas, cet album marque un pas de plus pour les Smiths qui s'appretent à sortir l'année d'après leur album le plus fabuleux: The Queen Is Dead...
Le mot de la fin pour les Inrocks: "Difficile de saisir tout à fait l'importance des Smiths si on n'a pas vécu en direct ce moment", "Ceux qui ricanent aujourd'hui le font peut-être par jalousie d'être né trop tôt ou trop tard pour avoir assisté à une telle éclosion".