Adios Amigos
- Label : Radioactive
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 18/07/1995
Cet album est le dernier d'un groupe qui aura tout simplement révolutionné le rock n' roll. Leurs premières apparitions publiques en 1976 auront fait l'effet d'une déflagration sonique qui résonne encore aujourd'hui comme un des traumatismes électriques les plus excitants de l'histoire du rock, à l'époque où le mot "punk" n'était pas encore né dans le cerveau des acteurs futurs du mouvement. Personne n'avait jamais joué aussi vite qu'eux des riffs aussi ... comment dire ?? En réalité ils avaient leur propre style : trois accords de riffs joués à 300 à l'heure, tantôt punk, tantôt pop. Le plus souvent c'était un mélange entre la violence du premier et la sensibilité du second. Un véritable déluge.
Qui a inventé le punk ? En 1977, vous êtes sûrs ? Quelle est l'influence principale des Clash ? Les Ramones. Quand sont-ils nés ? Avant 1977, je vous assure ...
Et cette voix ... inimitable, d'une sensibilité exacerbée, ronde comme celle d'un crooner et aiguisée comme celle d'un punk. Cette voix fait reconnaître le groupe parmi tous les autres. On ne peut pas se tromper.
Adios Amigos constitue donc leur dernière ?uvre (comme le nom l'indique). Elle s'ouvre, pied au plancher, avec une reprise de Tom Waits sous speed : "I Don't Wanna Grow Up" et sa mélodie à se damner, sa fougue et sa rage acharnée qui n'ont de pair que les paroles d'une spontanéité, d'une évidence et d'une simplicité à pleurer de joie en sautant partout dans tous les sens à ce rythme effréné. "When I see my parents fight, I don't wanna grow up / They all go out drinkin' all night / I don't wanna grow up (...)". Fidèles à eux-mêmes, les Ramones sont les meilleurs de ce qu'ils peuvent donner. Le deuxième titre est chanté par le bassiste, CJ Ramone (remplaçant de Dee Dee qui a quitté l'aventure en 1984 ou 85), il est percutant, dense, violent, rageur ... Ramones, quoi ! Tout s'enchaîne comme si, après la période creuse qui a précédé, ils avaient retrouvé l'énergie adolescente des premiers jours, comme s'ils sentaient que c'était fini pour eux et qu'il fallait mettre le paquet et tout balancer à fond pour la dernière fois. La 5e piste, "Life's A Gas", est magnifique de mélancolie nostalgique. Toujours énergique, elle comporte une mélodie fraîche et accrocheuse. Le rythme se ralentit (mais tout est relatif).C'est une chanson pop que les Beach Boys auraient pu écrire s'ils avaient un jour introduit de l'électricité dans leurs guitares. Ensuite, "Take The Pain Away" revient illico à du punk mais dans une veine carrément mélancolique, emplie même de tristesse, désarmante là encore de sincérité. Les pics de violence sont atteints avec "Cretin Family" et "I Got A Lot To Say", agressifs à souhait, qui donnent envie de tout casser autour de soi dans un sursaut d'excitation juvénile.
L'album s'achève dans la mélancolie, avec la lucidité que semble parfois apporter la déprime, sur un ton lancinant et malheureusement plein de sens : "Born To Die In Berlin".
En 2001, Joey Ramone meurt d'un cancer du foie. En 2002, Dee Dee meurt d'une overdose et, en 2005, Johnny meurt d'un cancer de la prostate. Tout était bel et bien fini en 1995. Le rock ne s'en remet pas et ne cesse de les pleurer, encore aujourd'hui. Au revoir les amis.