Lyceum
- Label : Sarah
- Format : Mini Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/08/1989
Au jeu des portraits chinois, The Orchids ressemblerait à une plume, un oreiller ou bien à un doudou de bébé. Pour tout dire, leur musique est tellement douce qu'elle parait inoffensive, aussi légère qu'une caresse de satin.
C'est comme si on avait remplacé les cordes des guitares par des fils cristallins pour rendre leur son moins écorché. Même la batterie semble avoir été molletonnée. Les sphères romantiques dans lesquelles semble se complaire le groupe sont particulièrement mises en valeur par une pop située au degré zéro de l'agressivité. Les mélodies sont savamment construites par un jeu suave pour livrer des chansons aspirant à s'élever vers l'éthérée. D'une sensibilité exacerbée, la musique de The Orchids, véritable joyaux de pureté, survole son monde, comme en apesanteur, que ce soit par la voix, extrêmement douce et fluette de James Hackett, ou par ce maniérisme ambiant et romantique.
Cela peut sembler étonnant de trouver une telle musique de la part de jeunes garçons venus de Glasgow en cette fin des années 80's, mais ils apportèrent incontestablement une nouvelle façon d'appréhender la pop. Assumant totalement leur retrait par rapport à un monde qui leur demandait de refaire le punk, ils préférèrent faire exactement l'inverse, c'est-à-dire, non pas détruire, mais au contraire protéger, choyer, câliner leur goût pour l'évanescence et la poésie, peu importe qu'elle soit guimauve ou pas.
Gaussés pour paraître comme des pauvres puceaux du rock, mollassons et fleur bleue, les membres de The Orchids (qui s'appelaient avant The Bridge, en référence à un titre de Orange Juice) ne trouvèrent refuge qu'au sein des jupes de la maison-mère Sarah Records. A l'époque, le label fit beaucoup pour regrouper des groupes désireux d'assouvir leurs envies de Twee Pop, avant de disparaître de la circulation. C'est sur la foi de démos enregistrés sur flexidisc que The Orchids sortira ses premiers singles, dont "Underneath The Window, Underneath The Sink" ou le magnifique "An Ill Wind The Blows", que les rééditions actuelles ont rassemblé sur Lyceum.
En 1989, le mini-LP, Lyceum parait sur Sarah Records, et regroupe une collection de petits bijoux, non prétentieux, juste impeccables dans leur éclat. Produit par Ian Carmichael, qui fut considéré comme le sixième membre de The Orchids, il résonne de manière douillette aux oreilles. On critiqua ce groupe pour pratiquer une pop naïve, fleur bleue, tendre et chétive, trop coupée des réalités, une sorte de masturbations passionnelles d'adolescent idéalistes. Pourtant des sommets d'affectivité, toute simple, sans fioriture, comme "It's Only Obvious" ou "Hold On", sont capables de toucher les c?urs et de les faire fondre. On se prend à se laisser aller à cette écoute tranquille. Rien n'écorche, tout glisse si facilement. Peut-être que les membres de The Orchids cherchent à créer une bulle, qu'ils parviendront parfaitement à monter sur le chef-d'?uvre méconnu qu'est Unholy Soul, dans laquelle se prélasser à loisir, seulement une chanson comme "Blue Light" est la seule à approcher véritablement la sensibilité de l'être humain.
Et de l'enflammer, comme par magie...