The Only Ones
- Label : Columbia
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 01/04/1978
Plus de 30 ans après, les Only Ones restent un mystère. Des punks qui approchaient dangereusement la trentaine s'ils ne l'avaient déjà pas dépassée, avec un dealer junkie à leur tête, un ex-Spooky Tooth derrière les fûts et un guitariste qui ne crache pas sur les solos. Pas vraiment la carte de visite habituelle du punk band. Pourtant les Only Ones, aussi singuliers soient-ils, furent parmi les meilleurs représentants de la mouvance 77.
Même si ici rien ne sonne comme le paradigme punk rock Ramones/Pistols. Dès leur premier album, les Only Ones imposent un rock fringuant et flamboyant qui a plus à voir avec leurs aînés Dolls et Stones qu'avec leurs contemporains. Exception faite de Magazine. "Creature Of Doom" est frappant de ressemblance avec le punk arty des Mancuniens. Un punk qui annonce le post, support à une poésie urbaine et décadente proférée par un chanteur nasal à la Howard Devoto justement.
Déliquescence magnifique subordonnée par les stupéfiants. Au milieu d'une scène punk qui avait l'aiguille dans la veine et la tête dans le vomi, les Only Ones étaient parmi les junkies les plus outranciers. À une époque où un Doherty choque le bourgeois dès sorti de cure de désintox, difficile d'imaginer la vie de ce groupe intimement liée à la drogue. De ces clichés rock devenus anti-clichés par le politiquement correct écrasant de ces dernières années, les Only Ones en sont les plus fervents défenseurs malgré eux.
LA chanson sur l'héroïne est à leur actif : l'extraordinaire "Another Girl, Another Planet". Ode à la piquouse sans aucun équivalent sérieux dans l'histoire du rock mais aussi et avant tout single power-pop d'une classe folle qui fit miroiter le succès à un groupe aujourd'hui oublié par les masses. Si la reformation récente a sans doute permis à quelques uns de les (re)découvrir, quelques autres chansons immortelles ci-présentes auraient dû dans un monde parfait, les préserver des affres du temps. Ce "Breaking Down" désespéré par exemple, qui se permet un petit break jazzy ou la ballade "The Whole Of The Law" et son saxo voluptueux totalement impensable pour un groupe punk. Ne délaissant pas les guitares rugissantes à la Johnny Thunders ("City Of Fun"), Peter Perrett balance tout de même des compositions foutrement sophistiquées pour l'époque du 3 accords réglementaire. Ce qui explique en partie l'échec commercial des Only Ones pourtant signés sur une major.
Si on retrouve quelques élements éparses de ce rock décharné chez les Replacements ou même les Libertines, personne n'a jamais vraiment réussi à reproduire le lyrisme cramé et sanguin des Only Ones de ce premier album absolument parfait. Un mystère.