Double Nickels On The Dime
- Label : SST
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1984
Quand en 1983, les Minutemen apprennent que leur partenaire de label, Hüsker Dü, prépare un double-album, en l'occurrence Zen Arcade, ils changent leurs plans et choississent eux aussi d'enregistrer un double-album. Double Nickels On The Dime leur permet ainsi de faire exploser leur folie créatrice sur plus de 40 (!) chansons très courtes, tournant pour la plupart en-dessous des 2 minutes. Il en ressort un album aussi réussi et ambitieux que le London Calling des Clash. Et n'allez pas croire que c'est une comparaison facile témoignant d'un manque flagrant d'imagination de la part du chroniqueur. Non, je suis un fan absolu des Clash. Et quand je compare un album quel qu'il soit à London Calling, soyez-en sûr, c'est que j'y ai réfléchi longuement...
Là où London Calling proposait un savant mix de rock, pop, reggae et dub, Double Nickels On The Dime s'invite lui sur des terrains free jazz et funk tout en conservant, à l'image des Clash, une dynamique punk. Dès le premier titre "Anxious Mo-Fo", nous sommes en compagnie d'un groupe qui, grâce à une section rythmique hors du commun (Mike Watt à la basse et le méconnu George Hurlez à la batterie) possède un groove implacable. Le punk-funk du Gang Of Four ou le funk blanc des Talking Heads n'est certes jamais très loin mais "Viet Nam", "Love Dance" ou encore "West Germany" témoignent d'une originalité certaine, notamment grâce au jeu de guitare très particulier de D. Boon, parfois proche du jazz. Les Red Hot Chili Peppers, à n'en pas douter, ont certainement puisé une grande partie de leur inspiration à l'écoute de toutes ces pépites furieuses et dansantes qui parsèment l'album.
Les Minutemen sont bien loin du punk hardcore de leurs débuts qu'ils retrouvent néanmoins avec joie sur l'hilarante mais engagée "Political Song For Michael Jackson To Sing". Car les Minutemen, faut-il le rappeler, sont des agitateurs politiques marxisants dans ces terribles années reaganiennes, un peu à l'image de R.E.M.. Si vous êtes un aficionado des exploits des demeurés de Jackass, vous devriez reconnaître "Corona" qui bien qu'utilisée comme générique pour cette émission consumériste n'en est pas moins une chanson dénonçant l'impérialisme américain.
Mais ce qui frappe avant tout dans cet album, c'est l'extraordinaire diversité musicale que nous propose les Minutemen. D'où la comparaison avec London Calling. L'avant-gardiste et primitif "You Need The Glory" succède à la pop de "History Lesson - Part II". L'instrumental folk "Cohesion" côtoie le blues-rock haché de "It's Expected I'm Gone" (dont l'intro de batterie titillera l'oreille des fans de Nirvana, je n'en dis pas plus...). Les trois californiens n'ont aucune mauvaise conscience punk à reprende du Steely Dan, "Doctor Wu", ou même du Van Halen, "Ain't Talkin' Bout Love". A noter que cette dernière chanson disparaît pour des raisons techniques obscures de la dernière édition CD (1990) réduisant l'album à un simple. Tout comme "Little Man With A Gun In His Hand" et "Mr. Robot's Holy Orders". "Three Car Jam" qui ne figurait pas sur la version originale, clôt désormais ce chef-d'oeuvre.
Oui le mot est lâché, un chef-d'oeuvre. Malgré cela, peu de gens ont directement à l'esprit ce double album lorsque l'on parle de rock indé. Et pourtant, Double Nickels On The Dime fait bien partie de ces incourtounables du rock des années 80, au même titre qu'un Daydream Nation ou d'un Psychocandy. De toute façon, quand un groupe punk talentueux décide un beau jour de rendre le plus bel hommage qui soit au rock'n'roll au sens large, le résultat est forcément intemporel...