Amputechture
- Label : Universal
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 11/09/2006
Je ne pense pas avoir, un jour, attendu aussi impatiemment la sortie d'un album et pouvoir enfin l'avoir dans mes mains.
The Mars Volta sait manier à merveille les effets d'annonces et distiller au compte goutte quelques bribes d'informations : l'artwork particulier de la pochette (réalisé par Jeff Jordan), quelques clichés de séances d'enregistrement, deux photos gores dignes de la série Urgences pour la promo de l'album.
Déjà le nom de l'album, Amputechture, ainsi que les titres des 8 morceaux nous avaient pas mal intrigués avant la sortie officielle du CD.
C'est que chaque album de The Mars Volta a une histoire bien particulière justifiant de sa genèse et il nous faudra encore quelque temps avant de comprendre véritablement l'origine des inspirations de Cedric Bixler et Omar Rodriguez sur Amputechture.
On sait déjà qu'il s'agit là d'un album mystique, sur la peur de Dieu, que Cédric Bixler tente de présenter sa propre vision de la foi, des croyances, de leurs célébrations....
On va encore beaucoup cogiter et échanger sur les paroles surréalistes et très expressives écrites par Bixler.
A l'écoute, Amputechture est de bout en bout fascinant, tant l'ambiance qui s'en dégage et la tension qui y règne sont intenses.
Ce mélange de cohérence dans la réalisation et la progression des morceaux mêlé aux complexités musicales, aux influences variées, montre à quel point Cedric Bixler-Zavala, et Omar Rodriguez-Lopez sont des inventeurs de génie d'un courant musical que beaucoup qualifient trop facilement de ringard ou de déjà entendu.
Alors c'est sûr qu'il faut faire l'effort d'écouter un album de The Mars Volta et sur celui-ci sans doute encore plus que les autres. L'approche n'est pas simple, et beaucoup seront déroutés par ce patchwork de solos de guitares, de lignes de basses hypnotiques, de riffs halucinants, de ce jeu de batterie absolument incroyable de Jon Theodore (hélas ex-membre du groupe aujourd'hui). La voix de Bixler n'a jamais été aussi envoûtante, belle, tour à tour d'une pureté incroyable et parfois complètement distordue par des effets qui pourraient sembler ridicules mais qui, là, sont magiques (notamment sur "Tetragrammaton" où Cédric semble être shooté à l'hélium).
Ce ne sont pas 8 morceaux mais 8 épopées qui se succèdent aux envolées majestueuses, aux cassures, aux reprises, aux influences ethniques ("Day Of The Baphomets" et son passage aux percussions complètement tribal).
Les transitions semblent étranges "Meccaputechture" qui débute sans prévenir, "El Ciervo Vulnerado" qui aurait été tronqué de façon accidentelle. On se plait à écouter à l'infini des titres comme "Tetagrammaton", "Vicarious Atonement" ou encore "Day Of The Baphomets", tant l'agencement des séquences musicales est surprenant et riche. On se surprend à décortiquer minute par minute le moindre morceau, et même après deux mois d'écoute intensive (exploit dont je ne préfère pas trop me vanter), le plaisir est toujours présent, se décuplant à chaque fois.
Les idées foisonnent, nous parvenons même à capter le génie créateur de Omar et Cédric. Il monte en nous des émotions incroyables : une jouissance démoniaque, une excitation transcendante. Chacun aura son propre ressenti, et relèvera ses moments fétiches sur chacun des morceaux.
Et même "Asilo Magdalena" d'une douceur toute latine, qui se présente sous un format un peu plus dans la 'norme', ne déteint pas au sein de l'album.
Et quel regret, lorsqu'on découvre que la version single de "Viscera Eyes" a été tronquée de son meilleur passage (le fabuleux solo de basse hypnotique final s'accompagnant de solos de guitare totalement déjantés). Tout cela pour permettre d'entrer dans les formats de passage radio et attirer le grand public.
Bon sang, ce n'est pas à The Mars Volta à se rendre plus accessible mais au public de faire un effort d'imagination et de découverte pour se mettre au niveau de ce groupe talentueux.
On traverse l'album en passant par des plages dans la pure tradition rock prog à des scènes latino-ethniques pour finir dans une atmosphère pesante ?experimento-jazzy' comme sur ce très beau et ultime morceau "El Ciervo Vulnerado".
The Mars Volta n'indiffèrent pas ; ils fascinent intelligemment ou énervent les puristes ou les rabats joie.
J'aime ce groupe, j'admire Cedric Bixler et Omar Rodriguez. Cet album est et restera un album incontournable dans l'histoire du rock. Ces deux hommes ont révolutionné l'approche de l'artiste face à la création musicale. Et même si Omar devient un technicien et un producteur de grand talent, Cedric Bixler a su garder cette inspiration torturée magnifique qui rend le son de The Mars Volta unique.
Tout cela peut paraître complètement exagéré pour qui ne s'est pas plongé totalement dans l'univers de ce groupe mais beaucoup comprendront et partageront mon sentiment et nul doute que d'ici quelques semaines, quelques mois, nous serons encore plus nombreux à nous dire que nous vivons là l'une de nos plus belles expériences musicales, d'une audace folle, ce que peu de groupes sont capables de faire partager.
Soyez audacieux, soyez curieux, prenez le temps qu'il faut pour écouter, assimiler, digérer chaque note, chaque son, chaque mot ....
Un quatrième album est d'ores et déjà en préparation, pourra-t-il être encore meilleur ?