Skying
- Label : XL
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 26/07/2011
Si j'ai trouvé le premier album de The Horrors, Strange House, particulièrement réjouissant, leur second effort m'avait moins impressionné. Peut-être un peu trop le cul entre deux chaises, hésitant entre son héritage à la Cramps et un son les rapprochant de Joy Division ou du légendaire Pornography. L'album était certes très plaisant, mais il manquait à mon humble avis ce grain de personnalité ou de folie qu'il y avait au coeur du premier album du combo. Venant certainement d'un manque de maturité, le groupe promettait cependant toujours énormément et il fallait qu'un de leurs albums portent un jour véritablement leur marque. On avait envie de croire dans ce groupe qui porte si bien son nom. Effrayant, mais toujours aussi intéressant. Tout le monde apprécie les ombres et le danger ...
Mais ici, il n'est plus question de danger. The Horrors change son fusil d'épaule et change de son. Fini les ambiances étouffantes des premiers albums, loin de là les cavalcades décérébrées de leur premier bijou. The Horrors s'ouvre. The Horrors se libère. Apprivoisant des sons auparavant réservés à la vague néo-psychédélique, le groupe se libère d'influences très lourdes pour en approcher de nouvelles, comme Madchester et la dream pop. Mais là où l'on aurait pu voir un simple copié-collé décevant, le groupe de Faris Badwan, toujours impeccable au chant avec sa voix venue d'outre-tombe, réussit l'exploit d'enfin réussir à s'attacher une personnalité marquante. Le son. C'est ce qui importe, le son. Et celui-ci est maintenant reconnaissable entre mille. "Changing The Rain", morceau d'ouverture lance le disque sur les chapeaux de roue en imposant directement ce son à la fois planant et froid. Presque dansant parfois, mais souvent très binaire. Un son qui marque, un son qui ne fait plus froid dans le dos mais n'empêche pas les frissons de plaisir. Et c'est ainsi sur l'ensemble de l'album, sans aucune redite, ni aucun morceau de remplissage.
Le talent mélodique du groupe se prouve à chaque instant pour éviter une simple reproduction d'un son tout au long de l'album. On pense ainsi au génial "Endless Blue", qui allie un bien-être particulièrement salvateur à un gros riff bien jouissif. Suivi d'un "Dive In" bien joyeux à la mélodie qui reste longtemps incrustée dans le cortex cérébral de l'auditeur, entêtante au possible. "Still Life", single glorieux, a pour lui la lourde tâche de montrer au monde que The Horrors ne renie pas l'héritage pop de toute sa nation et peut réussir à composer un morceau conventionnel et presque anthémique ("When You Wake Up, When You Wake Up, You Will Find Me", simple, dans le ton et l'ambiance de l'album et particulièrement efficace).
C'est à se demander comment ce dernier a-t-il pu diviser le public avec toutes ses qualités. Et si la première partie de l'album ne suffisait pas, il suffit d'écouter le punk aérien de "Monica Gems" et les 8min30 explosives de "Moving Further Away". Plusieurs mélodies enchevêtrées dans une arabesque hallucinée, mais néanmoins maitrisée. On n'est pas chez Animal Collective ici ! On fait de la musique !
Quant au dernier morceau, il résume bien l'ensemble de l'album. "Oceans Burning", ou comment la terre est évincée du cercle des éléments. Il n'est question ici que de brulure, d'eau et de nuages. Ces gars n'ont plus les pieds sur terre, ce qui leur permet de décrocher la lune avec ce dernier album, destiné à marquer cette année 2011. Et après deux mois d'écoute intense, on ne s'en remet toujours que difficilement. Longue vie à The Horrors.