The Wonderful And Frightening World Of The Fall
- Label : Beggars Banquet
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 08/10/1984
En débarquant sur Beggars Banquet, The Fall rentre de plein pied dans sa période 'pop', une période très faste. Si Perverted By Language avait dévoiler les prémices de ce virage popeux, The Wonderful And Frightening World Of The Fall emprunte une longue route droite, parfaite pour mettre un coup d'accélérateur salutaire.
Un titre superbe n'est-ce pas ? Et une pochette qui ne l'est pas moins. Dessin pastiche façon cubiste par Claus Castenskiold. Le danois qui de Perveted By Language jusqu'à This Nation's Saving Grace sera le dessinateur 'officiel' des mancuniens, signe là sans doute son meilleur fait d'arme. Mais trêves de considérations esthétiques, venez-en au contenu. Tout d'abord petite précision. Le vinyl ne comportait que 9 titres. L'édition CD depuis 1988 fait grimper la galette à 16 titres par ajouts de face A et B, reprennant ainsi le tracklisting de la cassette audio qui fut renommée pour l'occasion Escape Route From The Wonderful and Frightening World of the Fall. Cette différence (toujours étrange) de tracklisting entre les supports audio est une constante avec Beggars Banquet.
Nous voilà donc avec un album assez long. Jamais un très bon signe avec The Fall, habitué à briller de milles feux sur la dizaine, pas plus. Mais là, telle une exception qui vient briser la règle en deux, The Wonderful... nous en met plein la vue pendant plus d'une heure. Tout y parfait, de "Lay Of The Land" qui vous ouvre la porte de la secte fallienne ('Lay Lay Lay Armageddon This Beautiful Tree Boo Hoo Give Up Living Ample Eye They Give In', assez flippant pour votre petite soeur de 8 ans) jusqu'à "No Bulbs" qui vous la referme en pleine face. Il y a de quoi faire deux suicides collectifs par semaine dans cet album. D'autant qu'il y a un invité de marque parfait pour orchestrer ce genre de cérémonie morbide: Gavin Friday des allumés gothqiues Virgin Prunes. On peut entendre le sinistre individu aboyait de sa douce voix sur "Copped It", bien dans l'esprit des 'pruneaux vierges' (quel nom à la con quand même).
De l'effrayant et du merveilleux. Brix Smith trouve enfin sa place dans le collectif mancunien et appose sa touche dance/new-wave sur quelques singles faramineux : "C.R.E.E.P." et surtout "Oh! Brother", morceau que l'on pense tous avoir déjà entendu au moins mille fois. Le truc imparable. Mais là où The Fall bouleverse enfin son monde bien établi de post-punk-krautrock c'est lorsqu'il s'essaye pour la première fois à la pop douceâtre avec la chanson idéale pour attendre sous un soleil de plomb dans la file d'attente de 2h30 qui mène à Space Mountain: "Disney's Dream Debased". The Wonderful... est le premier album produit par John Leckie, producteur de Magazine avant et des Stones Roses après, l'anglais a indéniablement eu sa part d'implication dans cette popéisation de The Fall qu'il accompagnera pendant 2 ans. De la pop oui mais pas n'importe laquelle. Celle qui vide les esprits plutôt qu'elle ne les apaise. Celle qui accompagne à ses côtés sans jamais se mettre en avant, la drum'n'bass catarthique et élastique de cet album (grandiose "2 x 4"). Un album éprouvant.
Après ça je vous le jure, vous vous sentirez un brin taris et flapis et clampis car cet album monstrueux épuisera toutes vos réserves d'énergie... Oh mes frères viendez ! Viendez dans le monde merveilleux et effrayant de The Fall. Vous vous y perdrez. A coup sûr. Mais de toute façon vous ne voudrez jamais en revenir. Sûr.