Dissociation
- Label : Party Smasher
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 14/10/2016
Les monstres du Brutal Mathcore repointent le bout de leur hypoténuse. Un nouvel album de The Dillinger Escape Plan, c'est toujours une fête, même si elle ne virera plus jamais aux carnages que furent Under the Running Board et Calculating Infinity. Cela dit, dès les premières écoutes, Dissociation me séduit bien plus que le dernier en date : One of Us Is the Killer. En effet, si les mecs sont toujours des tueurs pour balancer des plans techniques ahurissants, le gros plus est l'abandon des penchants trop mélodiques, limite Punk à roulettes, qui émaillaient les sorties précédentes. Le mélange entre brutalité et expérimentation me semble ici bien plus abouti et même si la voix de Greg Puciato me rappelle toujours autant les envolées hystériques d'un Mike Patton, je n'ai plus le sentiment d'écouter les hurlements d'un clone.
On retrouve donc sur Dissociation tout ce qui fait la classe des Américains. Des déboulés de dingues ("Limerent Death", "Low Feels Blvd") qui nous renvoient directement à Miss Machine, de l'Electro expérimentale ("Fugue"), des passages qui me font penser à Mr. Bungle ou au dernier Tomahawk (Oddfellows) mais surtout des développements dignes du meilleur Rock Progressif, un peu à la manière d'un Between the Buried and Me.
Alors, est-ce que toutes ces références font que The Dillinger Escape Plan a perdu son identité ? Non. Je dirais plutôt que l'évolution de la formation fait que son style se rapproche aujourd'hui d'une scène moins typiquement Hardcore, l'aisance des musiciens leur permettant d'explorer à fond des univers musicaux qu'ils n'avaient jusqu'alors qu'effleurés. Et le résultat déboîte. Micros riffs ahurissants, rythmiques au carré, hurlements sadiques, mélodies tordues, fondues, distordues ("Surrogate"), ça faisait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir. Il faut dire que chaque titre est d'une richesse assez bluffante, tant au niveau des parties d'une brutalité rare que des arrangements harmoniques, le groupe atteignant une maîtrise parfaite du juste dosage de chaque élément. Le furieux l'est encore plus, les accalmies n'ont plus le goût d'une adolescence tardive, la beauté de certains titres ("Dissociation") a enfin atteint sa maturité, tout cela faisant de Dissociation l'album que j'attendais depuis 2004. Un gros pavé dans la gueule.