Songs The Lord Taught Us
- Label : IRS
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 01/05/1980
Bienvenue chez les fossoyeurs du rêve américain !
Tel aurait pu être le titre de cette merveille. Le punk mort et la new-wave pas encore arrivée, cette période désormais appellée post-punk, si marquée par la déprime (cf. les immense Joy Division), voit alors débouler ce disque de fous furieux. Et c'est du jamais vu !
The Cramps, alors représentés par les indécrottables Lux et Ivy plus Bryan Greggory à la guitare et Nick Knox à la batterie, reprennent le rock là où ils pensent qu'il est resté : dans les années 50, dans les séries Z, dans la fange et l'ordure.
Et ça donne ce disque. Ce pervers sexuel de Lux Interior y chante comme un damné ("The Mad Daddy") tel un Elvis des bas-fonds, sa voix constamment entourée d'écho comme le brouillard des films de la Hammer. A l'entendre dans la très bonne reprise des Sonics, "Strychnine", on n'a qu'une envie: lui en fournir pour calmer son manque! Et dans le genre rockab', aucun doute: il est insurpassable ("Rock On The Moon"), tout comme dans les hurlements de loup-garou de "I Was A Teenage Werewolf", chanson clamant l'amour des séries Z tout comme "Zombie Dance" ou "TV Set", série Z qui passent aux USA le samedi soir tard, et que Lux n'a pas dû rater beaucoup. Quelle intensité et quelle conviction dans cette voix !
La batterie, elle, martèle un rythme tribal sur ce "TV Set" très Hasil Adkins, ou encore "Zombie Dance" (où ledit rythme est on ne peut plus approprié) mais c'est surtout le jeu guitaristique qui marque les oreilles. Bon, difficile de discerner qui joue quoi, alors pour faciliter la tâche disons que Poison Ivy (femme d'Interior et poule de Lux - ©Rock&Folk -) et Brian Greggory aiment la distorsion (cf le solo de "TV Set") et les pionnier comme Link Wray (son "Rumble" est clairement cité dans "I Was A ..."). Ce qui n'est pas nouveau, les trois accords dont était capable Steve Jones venaient d'Eddie Cochran. Pour ce qui est du bon goût, citons l'immortelle "Garbageman" qui débute par le bruit d'un camion-poubelle et où Lux starifie son éboueur préféré ou "I'm Cramped" - tiens, ça arrive aussi aux hommes ?
Enfin, parlons un peu des reprises: "Strychnine" associe notre quatuor au garage rock, "Tear Is Up" du Johhny Burnette Trio clame encore, si besoin était, l'amour du gang envers ceux qui ont forgé cette musique que nous adorons et surtout "Fever" de Peggy Lee, morceau le plus calme du disque mais qui montre comment le sucré peut facilement tourner au démoniaque avec ces animaux-là. Un grand moment !
La production est assurée par Alex Chilton entre deux rails; le bonhomme excède à faire ressortir le côté malsain des compos, et son traitement sonore sur, au hasard "Rock On The Moon" et "The Mad Daddy" évoque plus celui effectué au cinéma bis genre Carnival Of Soul que les Clash, pour citer les contemporains.
Si c'est Dieu qui leur a appris ces chansons, il avait un thyrse et un calice dans la main !
Bref, un très grand disque, fondateur du psychobilly, rénovateur du garage. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est qu'Ivy n'est pas top sur la pochette !