El Camino
- Label : Nonesuch
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 07/12/2011
Carton prévu, album destiné à faire secouer de nombreuses têtes au volant des voitures, El Camino est censé être l'album qui va envoyer les Black keys dans une autre dimension. L'album qui va enfin leur donner leur dû : une place sur le trône des groupes garages. De là haut, Auerbach pourra tranquillement maitriser ses sujets à coups de riffs acérés et puissants tandis que Carney abattra sa lourde frappe sur ses futs, rythmant les attaques incisives de son partenaire. Dans une grande messe orgiaque, tout le monde reconnaitra leur oeuvre comme fondatrice de tout ce qui a pu être enfanté après 2011.
Le plan est sans faille pour Auerbach. Mais il y a un tout petit hic dans l'histoire. Spencer et White ont déjà tout fait ou presque il y a de nombreuses années maintenant. En plus, j'ai jamais été un grand fan des Black Keys. Si je reconnais au duo de très grandes qualités d'instrumentistes, j'ai toujours trouvé les capacités de songwriter du leader très banales et peu intéressantes et ses performances vocales oscillant entre le moyen et le médiocre. Si quelques morceaux ont toujours réussi à me réjouir, je trouve leurs premiers albums sympas mais chiants. Heureusement, Brothers a changé la donne, étant un album chiant mais sympa ...
J'ai jamais accroché et je me demandais en quoi cet El Camino allait changé la donne. Ce sont eux qui doivent m'indiquer la voie à suivre ? Eh bien, on est pas mal parti mes amis ! Encore une galette de blues rock peu inspiré et peut-être un ou deux morceaux sympas à l'intérieur.
On commence par un "Lonely Boy" entrainant mais tellement prévisible que nous ne pouvons que décocher un sourire à l'écoute de cette mélodies tant de fois rebattue. Cette piste et le second morceau "Dead And Gone" prouvent que les Black Keys peuvent concourir pour le titre de groupe à "woho" avec Coldplay. Le troisième qui suit est tout aussi sympathique-mais-insignifiant que les deux premiers. Franchement, jusqu'ici, on se dit qu'encore une fois les Black Keys ont raté le coche et que malgré une ouverture correcte, ce n'était pas encore le soi-disant grand album. On allait se faire chier. Mais attendez : se faire chier de façon sympathique !
Et là, c'est la deuxième partie de l'album. Encore une fois les Black Keys n'inventent rien et l'album ne sera jamais un classique du Blues Garage. Cependant, il faut reconnaitre une géniale inspiration chez Auerbach et une aisance totale dans la composition de morceaux bien plus efficaces et accrocheurs qu'auparavant ! Si "Money Maker" sera à écarter tellement il est moyen, le reste des morceaux oscillent entre l'extraordinaire surprise de la part d'un groupe dont je n'attendais rien et le morceau franchement agréable ! "Mind Eraser", "Hell Of A Season", "Run Right Back" sont autant de morceaux de blues inspirés et visant enfin juste. Les Black keys ont gardé leur son, mais ça passe comme une lettre à la poste tellement Auerbach hausse son niveau de composition. Même le chant semble plus convaincu qu'avant. Seuls les paroles restent du niveau d'un enfant américain obèse de neuf ans, fan de catch.
Mais à côté de ça on retrouve aussi des morceaux dantesques et totalement décomplexés ! Le très zeppelinien "Little Black Submarines" en deux temps, assumant totalement son affiliation avec le groupe de Page et Plant est un pur moment de rock n' roll couillu. Les influences du groupe sur cet album dérivent fortement vers les années 70 plutôt que les années 60. Riffs glam, morceaux quasi hard rock ... Les Black Keys rendent ici un hommage parfaitement réussi aux 70's. "Nova Baby" est un pur morceau glam très réussi et "Sister" et "Stop Stop" incorporent des influences dance particulièrement jouissives. J'ai rarement eu autant envie de chanter en choeur et de secouer le crâne que sur ce dernier cette année.
Les Black Keys seront-ils au sommet maintenant ? On peut l'espérer. Laissons son heure de gloire à un groupe qui a enfin réussi à devenir sympathique sans être chiant.