Brothers
- Label : Nonesuch
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 18/05/2010
Brothers est déjà le sixième album du duo d'Akron. Certains, après Rubber Factory et Magic Potion, leur ont reproché un immobilisme qui semblait inéluctable, grandement lié au blues que les compères proposent. D'autres ont crié à la trahison dès l'annonce d'une production par Danger Mouse concernant l'album Attack And Release. Pourtant, les Black Keys n'ont cessé de creuser leur sillon pour se faire une place dans le paysage un peu encombré du rock indépendant américain. Brothers ne dérogera pas la règle. C'est la guerre. Il y aura des déçus et des satisfaits.
Le duo continue en fait le travail entamé sur Attack And Release et Blakroc (ce dernier projet réunissait autour des Black Keys la crème fondue et un peu trop grasse du hip-hop américain). Des basses, des rythmes ralentis, de la fusion, encore, encore, toujours, jusqu'à l'indigestion.
Une chose est sûre, la barbu et le type aux lunettes veulent un retour, clair, à la dénomination. "This is an album by The Black Keys" ; "The name of this album is Brothers" ; "These are the names of the songs on this album : ..." ; "These are the guys in the band : ..." ; "This is a Black Keys poster"... On resserre les liens et on se concentre. La dénomination, la cible, la focale, c'est le gras. C'est par le gras que tout passe. Le gras est le filtre mais c'est aussi la base de leur création. C'est dégueulasse. En gros (en gras), on connaît la pratique, la théorie. Mais cela coince quelque part ; il y a peut être quelque chose qui ne passe pas (trop gros peut-être). En effet, il y a un fossé impossible à enjamber entre ce que l'on nous vend sur le papier et la galette (petite parenthèse, l'offre vinyle est tout simplement parfaite, avec double LP, CD cadeau, plus poster). Les Black Keys ont en fait changé. Le son n'est plus le même et à mon grand désespoir," the gras is gone" dis-je. Le son est plus propre, plus riche ; les vides instrumentaux tellement jouissifs jusqu'à Magic Potion ne sont définitivement plus de la partie. Les jams composant les pistes des albums précédant font maintenant partie d'un travail de composition beaucoup plus élaboré, plus construit, et donc moins spontané.
A partir de ce constat, il est intéressant de voir que l'on est capable de comparer, ou en tout cas de mettre côte à côte, ce groupe que l'on aime tant vis-à-vis des autres pontes de la scène "indépendante" américaine. Que constate-on ? Rien en fait. Ou très peu de choses. Les Black Keys savent travailler le gimmick, ça on savait depuis un bail. La piste groovy pour commencer ("Everlasting Light" à la voix haut perchée), la piste un peu lourde (lourdasse), un peu crade (cradasse) pour suivre ("Next Girl"), pour enfin enchaîner sur le single imparable ("Tighten Up"). Alors oui, les Black Keys connaissent leurs gammes par c?ur. "Tighten Up" est effectivement une piste impeccable, sexy et groovy à souhait, un single que l'on siffle en allant acheter le pain. "Unknown Brother" est désarmante, "She's Long Gone" est la plus "zeppelinienne" des chansons du duo, le clavier de "The Only One" est une délicate trouvaille qui fait preuve de l'énorme qualité de composition du barbu... Mais les ficelles paraissent malheureusement usées. Le léger filtre sur la voix avec une production de plus en plus proprette pourront satisfaire beaucoup de monde, certes, mais sur Brothers, le médiocre ("Ten Cent Pistol") côtoie l'inutile (l'instrumental "Black Mud") et force est de constater que les Black Keys sont en quelque sorte au pied d'un mur qu'ils ne pourront franchir qu'au prix d'une mini-révolution, que l'on attend patiemment.