Passover
- Label : Light In The Attic
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 11/04/2006
'La maladie, la folie et la mort sont les anges noirs qui se sont penchés sur mon berceau et m'ont accompagné toute ma vie.' C'est d'après cette citation de l'artiste norvégien Edvard Munch que sont nommés The Black Angels.
Ces Américains venus d'Austin ont placé la barre haut pour leur première galette. Le nom du groupe fait également allusion au morceau du Velvet Underground "The Black Angel's Death Song", leur icône attitrée est d'ailleurs une image stylisée de Nico. Pour rajouter un cran à la tourmente, l'album Passover est l'homonyme d'un titre de Joy Division.
L'artwork de leur album est un prémisse de leur univers hypnotique et psyché et les titres des morceaux en disent long sur le sarcasme et la révolte qui les habitent ainsi que sur ce à quoi ils sont en proie : mensonge, destruction, mort... d'après la légende qui les caractérisent, ces anges noirs sont censés nous guider au tréfonds de notre âme pour nous permettre d'y trouver la lumière, lourde tâche en perspective...
Comment ne pas penser aux années soixante lorsqu'on entend ce quintette pour la première fois ?
Alors même que les influences sont revendiquées : le Velvet, donc, les Doors, dans le chant, la diction morissonienne et le reverb, le BJM et les Warlocks pour l'aspect shoegazing, on prend d'emblée conscience que cette formation possède un son qui lui est propre. En un seul titre, il semble aisé d'identifier la musique des Black Angels, et pour cause, ils distillent un rock psychédélique ultra-puissant, à la fois teigneux, planant et sexuel. Outre leur capacité évidente à provoquer des sensations fortes, les Black Angels nous embarquent dans un voyage initiatique et introspectif aux multiples rebondissements. Les différentes étapes de cette épopée nous voient tour à tour hypnotisés, oppressés, extatiques... On oscille constamment entre septième ciel et apocalypse.
C'est par le tribal "Young Men Dead" que commence cet album et dès lors, on s'abandonne corps et âme, il s'agit en effet d'une expérience qui dépasse la musique en soi. Les guitares noisy, la basse rugissante et un chant habité et lascif définissent le son hallucinogène du quintette. Une fois sous l'emprise des Black Angels, l'odyssée s'opère en boucle.
Le groupe utilise une drone machine, instrument ô combien envoûtant qui serait en fait à la fois un vieil orgue Vox et un harmonium et qui, aux dires du groupe, 'canaliserait l'énergie des morts !!!'.
La contestation qui faisait rage dans les années soixante persiste chez ces jeunes texans, le ghost track se révèle un pamphlet contre la guerre en Irak. On ne peut s'empêcher de penser à "The Unknown Soldier" des Doors lorsqu'on sait à quoi font référence les deux premiers titres de l'album: "Young Men Dead" et "The First Vietnamese War".
L'esprit satirique des Black Angels transparaît dans un titre d'anthologie tel que "The Sniper At The Gates Of Heaven", joyau à la beauté brute et insolente, à l'image de l'album.
Le sextet d'Austin parvient admirablement à ses fins dans sa quête du Graal, sa descente dans nos entrailles. Ecouter Passover consiste à vivre chaque instant de manière décuplée, comme si on perdait le contrôle de soi, passager de la tourmente. Cet opus aurait convenu parfaitement à la bande son du film canadien "Last Night" sur la fin du monde.
Il s'agit d'une révélation, de l'électrochoc qu'on n'attendait plus. A la fois viscéral et raffiné, envoûtant à souhait, ce son intemporel en fait déjà un classique et ce ne sont pas certainement pas les prestations scéniques saisissantes des texans qui le démentiront.