New Wave
- Label : Hut
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 23/02/1993
The Auteurs déboulent sur la scène anglaise en 93, soutenus en cela par Brett Anderson de Suede. Mais loin de verser dans le neo-glam des suscités, la bande à Haines entend se poser en mauvaise conscience de la Brit Pop naissante.
Cette pose relève d'un cas quasi-pathologique: Haines semble entretenir avec la pop la même relation qu'un amant avec une maîtresse qu'il se promet chaque jour de quitter et qu'il ne quitte pas. C'est - et même si sa fierté lui interdit de l'avouer - qu'il en est secrètement amoureux.
Ce premier album relate donc en filigrane cette aventure faite d'attraction, de répulsion, de ruptures et de retrouvailles. Dès le premier morceau "Showgirl", on a l'aveu de Haines: "I took a showgirl for my bride/Thought my life would be right". La "Show girl", on l'aura compris, c'est cette catin de pop, infidèle, séduisante et souillée jusqu'à la m?lle. S'il la gifle en rêve ( " This week we've got to shoot/all the dancing girls/and then replace them/with satellites instead") il s'humilie dès qu'elle approche.
Même si certains morceaux tombent à côté, on a dans cet album une belle quantité de chansons, dont une des plus réussies est "Junk Shop Clothes", qui tourne en dérision le débraillement vestimentaire du grunge, chantée d'une voix douce et venimeuse, en équilibre sur une douze cordes au son de clavecin à peine tempéré par quelques notes de piano jouées staccato.
Mais le sommet de l'album est atteint avec "How Could I Be Wrong", récit concis et fragmenté d'un instant de lucidité sur fond de guitares à la Television. Ce morceau constitue en outre le pivot de l'album: les thèmes ayant trait à la pop culture disparaissent au profit d'histoires de marginaux dans lesquelles sont livrés les dessous de l'Angleterre clinquante et glam. Les morceaux s'enchaînent parmi lesquels "Idiot Brother" et son riff imparable, le dylanien "Housebreaker", "Early Years" énigmatique et incisif à souhait.
Arrogant, crâneur, ce premier album des Auteurs a de quoi irriter. Le penchant de Haines pour le mauvais goût peut déplaire au premier abord. Mais c'est précisément cette tension entre la grâce et la vulgarité, ses affronts et sa pose hautaine qui font de lui un songwritter unique dans le paysage pop anglais.