After Murder Park
- Label : Hut
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 01/02/1996
La pochette en carton jauni s'est un peu déchirée. Elle a vieilli plus vite que les chansons (1995). J'écoute le disque des Auteurs. J'écoute Luke Haines et sa voix semble sortir de l'hiver ? la voix blanche du dégel.
Steve Albini a produit le disque, dans un studio fameux d'Abbey Road. La batterie est lente mais très présente, le reste tangue : After Murder Park est comme une histoire de marins ravagés. Une fois revenus à la terre ferme, ils ne savent plus marcher. Luke Haines tangue salement. Il se laisse emporter par sa propre musique, amoureusement. Il y a toujours un peu de vent dans sa voix. Il y a toujours un peu d'écho. Une plainte saccadée. Un étranglement. Quand le rythme s'accélère, la voix devient agressive, presque désagréable, complaintes syncopées, directives - soulignées par l'orgue Hammond du bonhomme. Néanmoins, c'est dans la lenteur, la douceur vénéneuse qu'il chante le mieux. 'Unsolved Child Murder' sonne comme une popsong primesautière, ou presque, et se lit comme une horrible page de Détective. 'Married To A Lazy Lover' est indépassable et, désolée, allez écouter par vous-mêmes, cela ne s'explique pas. Il y aussi la fausse légèreté de 'Buddha', traversé de violoncelles triturés. Il y a le calme plat et puis les étincelles, coups de théâtre et coups de sang. Mots durs du malaise. Ces chansons, Luke Haines les a écrites dans un fauteuil roulant, les deux chevilles brisées - il s'était balancé du haut d'un mur lors de la tournée espagnole de 1994 - et le c?ur éclaté.
C'est aussi malsain qu'une virée dans la voiture des Smiths. Mais je me fous bien de mourir le corps coincé sous un 10 tonnes. Du moment que nous restons ensemble. Ce disque des Auteurs a des airs de mystère, mais un mystère abandonné, déserté. Personne ne cherche à le percer. Personne n'est intéressé. A l'époque, il est cependant monté à la place 53 des charts anglais, encore hantés par ''What's the story (morning glory)?'' des frères Gallagher et bientôt rattrapés par ''In it for the money'' de Supergrass, disques britpop loin très loin des Auteurs déphasés.
Pour se faire une idée, on pourrait relever les premiers mots du disque : When you cut your lover's slack / you get a fucking monster back et les tout derniers : I'll love you until the end.
On comprendrait pas mal de choses. Notamment que ça pouvait pas tourner bien rond.