Everything Now
- Label : Columbia
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 28/07/2017
Allons bon. Mais qu'est ce que c'est que ce truc. Il reste pas un peu d'pinard ? C'est vraiment nul hein. Une bonne guerre, c'est c'qu'il leur faudrait à tous ces rastaquouères.
Voilà ce qu'on a (et aurait) pu entendre durant les précédentes semaines, alors qu'Arcade Fire disséminait au compte goutte quelques titres de ce nouvel album. Et nous d'imaginer que ces quelques pièces allaient pouvoir nous donner une image plus que fidèle de cet Everything Now, que l'on s'amusait à descendre avant même de l'avoir entendu en entier. Remarque, l'extrême opposé est également vrai, tant pour certains tout ce que touchent les Canadiens est forcément de l'or en barre.
Allant clairement vers un registre funky discoïsant, on n'était guère rassuré quant à la teneur de ce nouveau disque. James Murphy s'était occupé de Reflektor il y a quatre ans, cette fois, c'est une hydre à trois tête qui s'est chargée -tout du moins était présente, c'est sans doute trop tôt pour mesurer l'impact du travail fourni & demandé. Geoff Barrow (Portishead, Beak>) Steve Mackey (bassiste de Pulp & producteur pour M.I.A., The Horrors, etc) et Thomas Bangalter (le mec à gauche sous le masque dans Daft Punk) forment le triumvirat aux manettes de cet album. C'est toujours classe ce genre de name dropping n'est-ce-pas, ça en impose direct, mais faut bien se l'avouer, c'est jamais simple de distinguer le réel boulot d'un producteur sur un disque pour l'auditeur lambda.
Sur la foi de quatre extraits donc, "Everything Now", "Creature Comfort", "Sign Of Life" & enfin "Electric Blue", on pensait déjà tout connaître de ce disque, et pris comme ça un par un, tourner légitimement le dos à ce nouvel album et retourner s'enfermer en écoutant Funeral en renâclant, comme à chaque nouvel album de Win et ses potos. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on s'est bien fait avoir.
Elle s'est bien foutu de nous la bande à Régine. S'ils avaient proposé "Infinite Content" ou "Peter Pan" en guise d'amuse bouche, la réaction & par conséquent l'attente aurait été tout autre, j'en suis convaincu. L'album oscille, tangue entre les genres d'une façon épatante. On est plus vraiment chez les scandinaves en pattes d'eph' comme on aurait pu le croire, on est plutôt chez le Bowie époque Young American/Let's Dance par petites touches, le dancefloor cher à Tony Manera se range dans le coffre d'une grosse Buick pour un road movie éclatant, beaucoup moins insouciant qu'il n'y parait. Rempli de faux semblants, à l'image de la promo extrêmement bien menée en y repensant avec le recul.
Ils osent tout. Une flûte de pan par là, une intro reggae/dub, une sirène de police sortie d'on ne sait où en guise de liant entre deux morceaux, les titres s'imbriquent intelligemment entre eux, l'ambiance change mais reste moite, sexy souvent ("Good God Damn"), grave en apparence aussi ("We Don't Deserve Love" & ses nappes à la Brian Eno), se terminant sur une Outro de "Evertyhing Now (Continue)", évidente variation des deux premières pistes qui n'en font qu'une. L'album se termine là où il recommence, et avec ces deux outro/intro à la suite si vous vous le mettez en boucle, "Everything Now" prend alors encore une tout autre tournure. Vous deviendrez vite accros. Même avec sa flûte de pan, oui.
"Non mais vous voulez dire qu'on s'est planté comme des grosses buses ?" Oui Matt Houston, il faut bien le reconnaître. C'est pas très agréable hein, on se sent comme si Marcel Béliveau arrivait devant nous avec son sourire plein de dents, avec sa moustache pleine de poils gris pour nous dire que c'était pour de faux, qu'en fait le disque est tout bonnement génial. Tellement sûrs qu'on était de tenir là le disque de trop, et bien non, pas pour cette fois ! Tellement inattendu qu'il en devient encore meilleur. En plus de nous offrir un très bon disque, Arcade Fire nous donne là une belle leçon. Voire même une petite gifle.