Adventure
- Label : Elektra
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1978
Voilà un album qui traîne une réputation peu flatteuse, traité avec mépris, considéré comme une misérable petite souris que la montagne Marquee Moon aurait accouchée par mégarde. Mérite-t-il donc de rester éternellement dans l'ombre du géant qui l'avait précédé de seulement quelques mois ? Jetons-y une oreille pour essayer d'y voir plus clair.
Début plaisant avec "Glory". Une rythmique enlevée, un refrain entraînant : efficace. Je me dis que cette ouverture vaut presque un "See No Evil", dans un style plus proche de la pop. Attention cependant à ne pas se référer sans cesse à Marquee Moon , la comparaison risquant d'être écrasante... Et effectivement, la suite est déjà beaucoup moins enthousiasmante avec un "Days" certes sympathique, mais franchement languissant et mollasson. Vient alors un "Foxhole" qui renoue avec une belle énergie punk, mais par contre... Horreur ! Qu'est-ce que c'est que ce chorus !?... Et puis le son n'est pas assez tranchant. On sent qu'une mauvaise production dessert ces chansons.
Je reste perplexe à l'écoute de "Careful". J'ai l'impression qu'il y avait dans ce machin pop-boogie une louable intention, celle de puiser dans l'insouciance fifties pour faire une espèce de rock garage de luxe, du Ramones en moins crétin. Hélas, le chorus est encore plus pénible que le précédent, c'est trop mou, pas assez incisif, et c'est un nouvel échec...Mais le pire est atteint avec "Carried Away". Tom Verlaine ne chante pour ainsi dire pas, les guitares s'éteignent presque pour laisser la place à un orgue plutôt indigent. C'est plat, ennuyeux... Qu'ont-ils essayé de faire ? Au secours !
Heureusement, les choses s'arrangent nettement avec "The Fire". Les guitares reviennent à la rescousse avec ce son à la fois incandescent et évanescent qui est définitivement la marque de fabrique de Television. Voilà enfin une mélodie poignante, une progression douloureuse et magnifique tout au long du morceau. L'amélioration se confirme avec "Ain't That Nothin'", qui n'est tout de même pas loin d'être une copie de "Glory". Et pour finir, un très intéressant et très beau "The Dream's Dream", qui révèle encore une fois l'inspiration fondamentale du groupe : l'errance nocturne à travers le grand labyrinthe urbain, éclairée par des sons électriques qui s'allument tels des néons blafards.
Alors, un bilan ? Un début agréable, une fin épique après avoir frôlé la catastrophe... Cet album n'est pas un chef d'?uvre, contrairement à son illustrissime prédécesseur. Mais quelques chansons valent tout de même le coup d'oreille. Et s'il fait sans doute partie des disques les plus décevants de l'histoire du rock, cela ne signifie pas pour autant qu'il fasse partie des plus mauvais. Un disque médiocre de Television restera toujours supérieur aux ?meilleures' productions de beaucoup d'autres groupes...