The Madcap Laughs
- Label : Capitol
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 03/01/1970
Lentement, douloureusement, la drogue est en train de nous voler un grand musicien... En 1969, Syd Barrett a déjà été viré de son propre groupe, les Pink Floyd, pour cause d'impossibilité physique d'assurer des concerts. Ses amis ne l'ont cependant pas abandonné, et l'aide à produire une des deux seules perles qu'il nous a laissé : The Madcap Laughs.
Souvent seul à la guitare, parfois aidé par Water et Gilmour, et même par des membres de Soft Machine, Barrett développe en 13 titres un long poème, surréaliste, surprenant, magnifique. L'émotion, la sincérité qui se dégage du premier titre, "Terrapin", ne nous quitteront plus jamais, transformant chaque notes gratouillées, chaque tour de chant plus ou moins maîtrisés en chef d'?uvre de douceur. Le son est simple, beaucoup moins psyché et nerveux que sur Piper At The Gates Of Dawn, tout en gardant la même poésie, avec ses accents très british ("Love You") et ses échos abstraits ("Octopus"). Le tout semble fragile, incertain, littéralement halluciné. Le responsable de ces rêves de 3 minutes, Syd, prend alors une allure de chaman totalement inconscient, si bien qu'on se demande où il va chercher la lucidité nécessaire pour atteindre dans une écriture pop une richesse comme sur ce "Long Gone" grisant et habité.
Malgré son ton souvent joyeux, centré sur des sujets futiles ou des amourettes, on trouve tout au long de l'album une grande mélancolie, notamment sur l'adaptation d'un poème de James Joyce : "Golden Hair". Le minimalisme de la musique devient alors inquiétant, les longues respirations sont autant de halètement pour l'auditeur ; à ce compte, finir l'album sur le désabusé "Late Night" laisse à l'album l'image qu'on attribue à son auteur : magnifique, poétique mais tragique. On perd quelque chose à chaque fois que l'on entend cette musique, qui atteint maintenant la quarantaine d'année, l'air de rien, avec la facilité et la pertinence sans cesse renouvelée de l'?uvre de Boris Vian ou de Rimbaud.
Un joyau.