American Supreme
- Label : Blast First
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 29/10/2002
Suicide a influencé ? et traumatisé ? plusieurs générations de groupes, du post-punk à l'indus, du gothique à l'electro, de la synth pop à la techno et à l'electro-clash.
Je m'étais intéressé à Suicide il y a bien longtemps car c'était la principale influence (avec les Stooges) des Sisters Of Mercy. Ces derniers ont d'ailleurs repris le classique "Ghost Rider", et Alan Vega a même chanté sur Gift, l'album de The Sisterhood, projet parallèle d'Andrew Eldritch, en 1986.
Le duo Alan Vega et Martin Rev, formé en 1970, s'était séparé au début des années 80, laissant derrière lui deux albums séminaux, chacun se consacrant à sa carrière solo, même si une deuxième paire d'albums avait été publiée à la fin des 80's, le combo se séparant au début de la décennie suivante.
Suicide revient en 2002 avec un nouvel album, American Supreme.
J'avais entendu le morceau "I Don't Know", ce qui m'avait donné envie d'acheter l'album.
Que retrouve-t-on du duo expérimental et malsain que l'on avait laissé plus de 10 ans plus tôt ?
Les vocaux d'Alan Vega sont toujours aussi uniques, angoissants, sortis de nulle part. Il joue toujours aussi bien son rôle d'Elvis d'Outre-Tombe mâtiné de Marc Bolan sous LSD et de Jim Morrisson glauque et robotique.
La musique est toujours assurée par Martin Rev, dompteur de machines, adepte des claviers et boîtes à rythmes cheap, pour ne pas dire antédiluviens.
Suicide se réapproprie son propre héritage. Il se laisse influencer par les divers courants que le groupe a précisément lui-même généré, ou au moins influencé, mais ce qui domine, c'est le hip hop, avec même des scratches ("Televised Executions", "Wrong Decisions",...). On est tout de même très loin d'un Public Enemy, inutile de le préciser... Le phrasé de Vega n'a que peu à voir avec le rap.
L'ambiance et les paroles retranscrivent assez bien l'atmosphère régnant alors aux Etats-Unis, et à New York en particulier (l'album a été enregistré peu après le 11 septembre 2001) : paranoïa, terreur, sentiment de fin du monde, abandon des certitudes, repli sur soi, etc.
"Dachau, Disney, Disco" : il n'y a que Suicide pour trouver des titres comme ça !
Mais le morceau de choix de cet album est "I Don't Know". C'est de loin mon titre préféré, il justifie à lui seul l'achat de American Supreme. Atmosphère étouffante et même claustrophobique, boucles répétitives hypnotiques et angoissantes, phrasé désespéré d'Alan Vega, tout est fait pour mettre mal à l'aise, pour créer un sentiment de doute sinon de perte.
L'album retranscrit très bien l'ambiance du New York post-11 septembre 2001. Une Big Apple que l'on parcourerait de nuit, dans une ambiance crépusculaire. Une nuit d'été, dans une chaleur moite et étouffante, un pied dans un sex shop et l'autre dans la tombe.
L'album vaut surtout pour les vocaux hantés et maladifs d'Alan Vega, ce non-chanteur, plus que pour la musique (mais a-t-elle jamais eu d'autre rôle que de les soutenir ?). Si tous les morceaux étaient aussi bons que "I Don't Know", ce serait un chef-d'?uvre.