The Age Of ADZ
- Label : Asthmatic Kitty
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 12/10/2010
Il y a ceux qui crieront au scandale (Sufjan c'est fini ! Plus jamais on ne me prendra à m'acoquiner avec un individu au prénom imprononçable) et il y a ceux qui seront séduits. Pour sûr que Stevens va en laisser au bord de la route, des fidèles qui ne juraient que par Illinoise. Mais sans doute pour récupérer de nouveaux auditeurs égarés sur le chemin. C'est là une conséquence logique à tout changement de direction musicale. Enfin, aimer un genre ne contre indique pas d'apprécier l'autre. Qu'on se le dise.
De quelle planète vient-il cet Américain-là ? The Age Of ADZ apparaît un peu comme la rencontre inattendue entre une fanfare démodée et la bande son grossière d'un jeu vidéo futuriste. Il y a fort à parier que le lecteur (à présent ô combien éclairé par la limpidité de la phrase précédente) n'ait plus qu'une envie : celle de prendre ses oreilles à son cou pour aller écouter un album approuvé par Benoit XVI en personne et s'éloigner de cet opus trop peu folk pour être honnête. Qu'il ne parte pas tout de suite ! Cet enregistrement n'est point diablerie ! Le résultat est étrangement réussi, il nait de ce décalage un ensemble convainquant. A la fois désuet et moderniste, il en ressort finalement quelque chose qui nous ancre profondément dans le présent. Ca frôle dangereusement la cacophonie, le bruit gratuit rode tout près mais pourtant (détendez-vous bon Dieu) tout est à sa place, la cohésion permet à l'émotion de s'inviter. Paradoxalement, cet album résolument électronique possède un charme légèrement suranné.
Un album tout de matière donc. De la matière jusqu'à l'éc?urement condamneront les détracteurs. De la matière parfaitement maitrisée pour les autres. Les pépites : "Futile Devices", "Now That I'm Older", "I Walked", "Vesivius". Seul "Get Real Get Right" engendre plutôt le mal au crâne que le baume au c?ur. Chacun jugera. L'ultime titre de plus de 25 minutes est pas loin du sans faute. A noter toutefois que la perfection n'existant pas, vers 10 minutes la perplexité s'approche pour carrément s'imposer à 10 minutes et 53 secondes. Ca ressemble à une faute de gout, Stevens aurait-il eu subitement de la nostalgie pour les heures où il se trémoussait tout d'acné sur les dancefloor inondés de musiques synthétiques douteuses ? Passons-lui ce caprice puisqu'il se ressaisit assez rapidement.
The Age Of ADZ pourrait se résumer de la sorte: vous attendez des amis dans un jardin mille fois parcouru. Ils ont 5minutes de retard, juste le temps nécessaire pour dérouler " I Walked" sur votre lecteur mp3. Le décor prend alors un aspect inédit. La saveur est précieuse car vous savez qu'à la prochaine écoute les lieux se dévoileront encore sous un jour différent. Vous avez maintenant l'impression que le but de votre sortie n'était pas ce rendez-vous, mais bien cet instant où ne patientez pas. Non, vous ne patientez pas, vous vivez, tout simplement.