Let It Come Down
- Label : Arista
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 25/09/2001
Nous sommes en 2001. Jason Pierce, le spationaute extasy-é revient de sa propre odyssée dans l?espace ("Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space", le précédent album). Quatre ans d'orbite n'ont pas arrangé la déprime mégalomaniaque du bonhomme, qui s'apprête à noyer son chagrin dans les arrangement de cordes, de cuivres déchainés et de ch?urs ouverts ...
Le revoilà donc le petit hérisson chimique, et il s'empresse de se jeter dans nos bras, toutes seringues dehors, pour pleurer sa douleur et sa rage. Mais tout commence cependant par la joie des retrouvailles.
Il chante son bonheur d'être à nouveau là, braillant comme un hooligan sur un gospel électrique et flamboyant, à l'orchestration gargantuesque et au punch communicatif ("On Fire") . S'ensuit le récit enjoué de ses aventures passées, sur une pop ensoleillée et pastorale ("Do It All Over Again") . Mais au cours de la conversation, le spleen reprend le dessus, le blues arrive et notre bonhomme prend la forme d'un Soul-pleureur. Il se confesse, larmoyant, sur des ballades enrobées de nombreuses strates de cordes, et pourrait même arracher une larme au plus trempé des aciers ("Don?t Just Do Something" et surtout "Out Of Sight"), tant sa science de l'envolée lyrique, alliée aux moyens qu'il s'est donné (presque un orchestre tout entier) fait mouche ici.
Dans ses sanglots pointe la rage, et c'est au titre suivant qu'elle explosera, dans "The Twelve Steps", un rock'n'roll basique entrecoupé de ruptures plus calmes, et boosté par la multitude d'instruments présents dans les studios. Jusque là, le bonhomme a enchaîné les titres parfaits, et il faut bien qu'il se repose. Il s'assoupit donc un moment sur "The Straight And The Narrow", nous berçant par cette ballade nonchalante, avant de se réveiller au petit matin sur le magnifique "I Didn't Mean To Hurt You", titre lancinant et épique à la fois, ou la désinvolture de Jason est contrebalancée par les arrangements luxueux et la rythmique plombée. Il est temps de se reprendre un peu, de sécher ses larmes, de lever les yeux au ciel et de clamer en gospels sa joie d'être en vie ("Stop Your Crying" et surtout le monumental "Won?t Get To Heaven (The State I?m In)", d'une dizaine de minutes ).
Calmé, lavé, il se rendort au chaud, ("Anything More"), et repart pour des rêves sucrés ("Lord Can You Here Me ?").
Bref, voici l'album déchirant d'un petit prince mégalomane perdu dans ses rêves que l'on souhaiterait recueillir et consoler. Une ?uvre qui montre que l'abondance de moyens et le mélange des genres ne mènent pas toujours le rock à l'indigestion, et peut au contraire l'envoyer dans d'autres sphères toucher la grâce.
La preuve enfin que Jason Pierce en a bien fini avec le minimalisme de Spacemen 3, et qu'il réussit tout aussi bien dans l'excès.