The Eternal
- Label : Matador
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 09/06/2009
Une fois de plus, Sonic Youth réussit le tour de force de proposer un album à la fois intègre en termes de démarche artistique et accessible à un public large, puisant dans son savoir-faire indéniable, tant dans le songwriting que dans la recherche musicale pure.
Une fois n'est pas coutume, et à l'image de la majeure partie des compositions proposées ici, le morceau d'ouverture "Sacred Trickster" dure moins de trois minutes et il pète le feu ! Renouant avec l'énergie d'un Dirty et la complexité sonore d'un A Thousand Leaves, le morceau envoie dès la première seconde une délicieuse décharge d'adrénaline embuée de nostalgie adolescente... Le ton est donné, le Sonic Youth nouveau sera électrique sur le fond et la forme ! A croire qu'il fallait pour renaître de cendres encore rouges changer de label ; au vu des derniers Geffen, les très moyens Sonic Nurse et Rather Ripped, The Eternal incarne un retour en forme olympique pour l'inusable combo.
Et ce "Anti-Orgasm" porte bien mal son titre tant la dissonance des guitares de Ranaldo et Moore, soutenue par la rigueur sobre de Steve Shelley et les fulgurances vocales de Gordon enfoncent le clou jouissif, justement, d'un retour aux sources salvateur et attendu de longue date. Un petit break de bruit blanc des familles, et hop, un détour par la majesté d'un Daydream Nation. N'ayant certes pas provoqué chez moi d'éjaculation spontanée, force est d'admettre que le morceau provoquera comme une extension de la personnalité chez tout spécimen masculin sensible à l'?uvre des immortels new-yorkais. "Leaky Lifeboat (For Gregory Corso)" flirte avec les sonorités jaune cocktail d'un EVOL mais on sent bien que le groupe a depuis - encore heureux - gagné en maturité dans l'écriture, tout en conservant leur spontanéité fraîche.
"Antenna" joue plus sur les expériences les plus apaisées de NYC Ghost And Flowers ou Murray Street sans offrir de réelle claque sonore et reste dans le ton, Moore jouant sur la lascivité de son chant improbable. "What We Know", le morceau de Lee Ranaldo, n'offre pas grand chose de nouveau non plus. Les guitares sont affûtées et fouineuses comme à son habitude, mais Ranaldo est capable du meilleur ("Mote" ou "Karen's Revisited" pour ne citer qu'elles) comme du pire vocalement et sa prestation reste dans la moyenne sans être transcendante. "Calming The Snake", par contre nous fait profiter d'une des meilleures prestations de Kim Gordon, tour à tour rageuse et hypnotique avec son refrain psychédélique, aidé par le ressac tendu du morceau. "Poison Arrow" est en toute subjectivité le meilleur morceau de l'album : un riff imparable, la nonchalance loureedesque de la voix de Thurston Moore épaulé par une Kim Gordon enjôleuse, un break "à l'ancienne" martelé sans excès... Bref une tuerie intégrale.
"Malibu Gas Station" rappelle à nouveau EVOL par ses sonorités claires et subtilement acides et le groupe se laisse alors aller à une sorte de jam pop et funky, très sobrement, et s'emballe en beak final furieux sans s'en donner l'air. "Thunderclap For Bobby Pyn" se la joue hymne rock'n pop arty avec son refrain débile et le hululement des guitares. Welcome back to the 90's ! Et ce n'est pas ce "No Way" tout droit sorti d'un Goo qui prétendra le contraire... "Walkin Blue" est une bluette dont Ranaldo a le secret, tout en guitares tendues et chant errant, et l'on retrouve les fines gouttes de pluies scintillantes des averses soniques chères au guitariste, et un final en explosion kaléidoscopique. "Massage The History" est le morceau le plus long (quasiment 10 minutes) et introduit une guitare acoustique plutôt appréciable pour accueillir les voix feutrées des Sid et Nancy du rock indé, et clôt avec une grâce et une fragilité rarement atteinte par Sonic Youth, un album simplement grandiose, renouant avec tous les ingrédients qui ont construit l'identité sonore du groupe culte, et dépouillée ici des longues plages d'exploration bruitiste, sans pour autant céder à la facilité.