SYR 4 : Goodbye 20th Century
- Label : SYR
- Format : Double Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 16/11/1999
Il faut vraiment s'appeller Sonic Youth pour oser sortir un album comme celui-là. Quels génies ces types. Il faut le faire pour sortir un album comme celui-là, même si je me répète. Sortir un album de reprises de musiques classique contemporaine, en 1999, quand on s'appelle Sonic Youth, relève de l'exploit. On pourrait aussi craindre que le tout soit totalement raté. Non, en plus, les Sonic Youth, qui ont invité pour l'occasion tout un tas de gens, dont la fille de Kim Gordon et Thurston Moore, Coco Hayley Gordon Moore, se payent le luxe de réussir leur album et à faire... du Sonic Youth malgré tout. Et pourtant, prenez un anonyme dans la rue, et faites lui écouter des extraits de Confusion Is Sex, Washing Machine, SYR 4 et Sonic Nurse et demandez lui si elle pense au même groupe, et vous aurez très certainement une réponse négative. Et pour cause, tant ses albums sont différents : malgré tout Sonic Youth a une cohérence impressionnante dans sa discographie. Cet album ne déroge pas à la règle, malgré le fait que les morceaux ne soient pas composés par Sonic Youth. On a l'impression que les Sonic Youth se sont donnés à fond dans ce projet, avec passion, pour rendre un hommage à ce style de musique (et au vingtième siècle au passage, comme l'annonce le titre). Ils peuvent être rassurés, car l'hommage est réussi. On est tout de suite déstabilisés (mais c'est le cas sur tout les SYR) par ce design étrange, cette pochette psychédélique, et cette phrase au dos du disque : 'Everything comes to an end... even the twentieth century'. Ouvrez le disque et placez le disque A sur votre platine. Vous êtes tout de suite immergés dans l'atmosphère troublante du disque qui vous poursuivra pendant plus de 100 minutes au total... Mais ne vous attendez pas pour autant à avoir l'écoute facile : ici on ne sait jamais ce qui va se passer la seconde d'après, quel instrument, quelle percussion, quel son pourrait surgir de derrière un mur. Le disque prend aussi un malin plaisir à vous surprendre par un changement radical, comme à la fin de "+-", lorsque vous tombez sur cette pièce de Yoko Ono qui dure 12 secondes, hurlée par le fille de Kim Gordon et Thurston Moore. Le disque A se termine sur le magnifique "Pendulum Music". Le disque B s'avère encore plus déstructuré, plus chaotique que le A. La perle de l'album se trouve sur ce disque, il s'agit du "Four6" de John Cage. Le chaos tout simplement, votre seul guide dans cette exploration musicale de 30 minutes sera la voix de Kim Gordon résonnant par endroit par des phrases simples : 'Let's go let's go let's go ...' ou 'Lalalalala ...' Inquiétant et magique. Juste après vient certainement le morceau le plus étrange du disque : "Piano Piece #13", dont vous avez d'ailleurs une vidéo sur le disque A. Le groupe s'y applique tout simplement ... à détruire un piano, touche par touche, avec des marteaux et des clous. Après cette pièce, comble de l'audace, Lee Ranaldo et William Winant jouent une comptine pour enfants sur un xylophone... Vous savez maintenant à quoi vous attendre avec ce disque. Sur la pochette se trouve en haut à droite un texte qui résume très bien : "Musical Perspectives". Sur Amazon, un utilisateur a placé ce disque en tête d'une liste nommée 'Le meilleur de l'inaudible'. Ce terme est à la fois correct tant le disque diffère des productions plus 'classiques' et en même temps très réducteur car le disque vaut bien plus de se réserver à un seul mot. Une question subsiste après l'écoute du disque : pourquoi plus de SYR 4, plus de Hidros 3 ne sortent-ils pas ? La réponse est surement que ces disques ne sont pas assez vendeurs... malheureusement. Tant pis, allez, on relance le disque A.