Excellent Italian Greyhound
- Label : Touch And Go
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 05/06/2007
Exercice périlleux et difficile que la chronique de ce quatrième album studio de Shellac. En effet, tout comme un Godspeed ! You Black Emperor ou autre groupe sortant du triptyque traditionnel enregistrement-promo-tournée, Shellac sort des disques sans fréquence (7 ans depuis le précédent) et a déjà joué une grosse partie des titres sur scène à maintes reprises. Il est alors assez décevant dans un premier temps de ne découvrir que 3 titres sur 9, les 6 autres étant joués en live depuis au moins 4 ans, disponibles en Peel Sessions, en Dvd ("Steady As She Goes" dans la série Burn To Shine)... Il faut donc oublier tout ça et essayer de voir le disque en tant qu'oeuvre à part entière, et non simplement comme un 'nouvel album sans véritables inédits' de Shellac.
Cette mise au point faite, on tient peut être là le meilleur opus du groupe depuis At Action Park, sans concession, ouvrant de nouvelles portes, et chose importante pour ce groupe au statut si particulier, rassurant les fans de la bonne santé du trio.
Ce qui frappe d'ailleurs le plus sur ce Excellent Italian Greyhound c'est cette notion de trio, Shellac s'extirpe encore plus que d'habitudes du cliché 'groupe de Steve Albini', Trainer et Weston se faisant remarquer plus que Albini au fil des titres. Dès "The End Of Radio", ouverture grandiose et flippante, Albini déclame son texte tout en retenue, alors que Weston balance une ligne de basse ultra hypnotique, et Trainer se lance dans des parties free rock de batterie... 8 minutes de tension incroyable. Une réussite totale.
Derrière le groupe enchaine avec deux titres plus classiques, mais vraiment excellents, l'efficacce "Steady As She Goes" ainsi que "Be Prepared" et son faux faux-départ. Grosse surprise en quatrième plage avec "Elephant", titre qui fait penser à Fugazi période Argument (sûrement le seul groupe comparable à Shellac), sorte de balade hard-core douce-amer, chanté mélancoliquement par Weston... Sur le milieu du titre, avec Albini parlant le texte derrière lui, il se retrouve à quasi cappela avec la batterie de Trainer, qui finit à marteler seule, avant que le groupe au complet ne le rejoigne pour finir violemment le titre.
Arrive ensuite le titre qui pause le plus de problème "Genuine Lulabelle", qui rappelle un peu ce que Shellac avait fait avec le EP The Futurist : durant 9 minutes, il alterne partie instrumentale, dialogue de film, et paroles accerbes de Albini, à capella une partie du titre. Autant le dire tout de suite, ce morceau mérite beacoup d'attention et peut franchement rebuter ou exalter, peut paraitre prétentieux ou audacieux. Une écoute à niveau sonore élévé le placera, ouf, dans la deuxième catégorie. Par contre le mettre à ce moment de l'album etait un risque, il casse quand même un peu la dynamique du disque, mais on reconnait bien là l'envie du groupe de ne pas aller toujours dans le sens de l'auditeur.
La reprise se fait en douceur avec le court instrumental mélodique "Kitty Pants", sonnant comme ce que pourrait être une reprise des morceaux courts de Mogwai par Shellac. Weston reprend le micro pour le rageur et anticapitaliste "Boycott", titre que l'on peut rapprocher dans la forme et l'esprit au "Five Corporations" de Fugazi (et oui, encore eux). La huitième plage "Paco" est une merveille, Shellac inventant avec cet instrumental prenant et culoté le 'post-Shellac', mettant une bonne claque à beaucoup de groupes instrumentaux au passage. L'album se clôture sur une bourrinerie hardcore bête et méchante mais terriblement jouissive du nom de "Spoke".
Malgré sa courte durée (42 minutes) et comme on le disait plus haut son manque de titres vraiments inedits, Excellent Italian Greyhound remporte la mise en présentant toutes les facettes de Shellac, sans cherche à singer les albums précédents. On espère qu'il ne faudra pas attendre 7 ans pour le prochain !