Serena Maneesh
- Label : Playlouder
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 26/06/2006
Grâce à Interpol, on s'est mis à réécouter Echo & The Bunnymen.
Puis il y eut Bloc Party, et on a redécouvert Gang of Four. Avec Franz Ferdinand, on s'est rendu compte qu'il y avait une scène à Glasgow depuis plus de vingt ans, Orange Juice en tête. Quant aux Dead 60'S, c'est carrément The Specials qui est plagié honteusement.
Aujourd'hui, avec Serena Maneesh, c'est tout le shoegazing qui est remis au goût du jour.
Le shoegazing, késako ?
C'est un vieux mouvement qui rassemblait des jeunes accros aux drogues, désireux de passer sous un mixer de saturations et de pédales d'effet leurs mélodies sirupeuses et leur voix d'anges.
Avec ces Norvégiens, rien de neuf quinze ans plus tard. Ils font énormément de boucan. Un raffut de tout les diables à grand coup de fuzz, de distorsions à n'en plus finir et de mur sonore énorme, qui se termine parfois par des instru de saxos ou de violons. C'est que ce n'est pas leur faute: c'est celle des drogues. Et ces norvégiens là ont l'habitude d'en prendre beaucoup. Ça s'entend aux dérapages psychédéliques, parfois incontrôlés, aux voix, tantôt désabusée si c'est le mec, ou éthérée et délicieuse, si c'est la fille.
On peut pas vraiment dire que ce groupe-là, qui en est pourtant à son troisième album, renouvelle vraiment le genre. Honnêtement, rien ne vaut les originaux. On reprend les mêmes recettes et on fait croire que c'est nouveau. Tout juste y a-t-il la production, plus moderne, et qui apporte un plus au niveau des arrangements. Si, peut-être, le rôle de la basse, très rythmique et martiale, qui est très mise en avant, mais bon tout ça, parce que c'est un effet de mode.
Ce qui est marrant avec cet album, c'est que tout le monde, ou presque, dans la presse le salue comme une heureuse découverte. Comme si le shoegazing, maintenant, c'était in. Pourquoi un tel engouement devant ce revival ? Pourquoi ?
Pourquoi alors qu'il y a quinze ans tous les groupes shoegaze, dont Serena Maneesh perpétue le goût pour les saturations et les délires cosmiques, ont été décriés et rejetés par une bonne partie des gens ? Un article des Inrocks disait, il y a tout juste dix ans, que Moose faisait ni plus ni moins que du vomi indigeste (sic).
Tout ceci montre bien l'hypocrisie de la presse, retournant leur veste dès qu'ils se rendent compte de leur erreur. Car bien plus que tous ces hypes de la mode, dont l'influence se détourne telle une girouette, seul reste la sueur, les crachins, les larsens. Cet effort de déclarer son amour pour le rock, les mélodies, de manière aussi enflammée, aura traverser les années pour se maintenir encore et toujours.
Eh oui les gars, aussi incroyable que cela paraisse, le shoegazing aura influencé pas mal de groupes actuels. Aujourd'hui c'est tout une scène qui commence à poindre dans le milieu underground: Pacific UV, Thee Heavenly Music Association, Dykehouse, Malory, tandis que Amusement Parks on Fire est en train de gagner en notoriétée... Et puis Film School ou Black Rebel Motorcycle Club ont sans doute du penser à Spiritualized quand ils ont écrit leurs compositions.
Mais ça va encore plus loin: on retrouve de l'ADN de My Bloody Valentine dans le post-rock. Ecoutez Mogwaï et son dernier single, c'est flagrant. Et pas si anormal que ça. Flying Saucer Attack et Bark Psychosis, qui sont les premiers groupes de post-rock anglais, ont repris cette façon bizarre de chanter. Faut-il rappeler aussi que Oasis est issu de Creation Records ? Quoi ? Le shoegaze et la Brit-Pop seraient liés? Bah oui, souvenez-vous : les premiers albums de The Verve, des Boo Radleys et même de Blur, c'est du shoegaze !
Mais là où l'influence est la plus flagrante, c'est tout de même dans toute cette frange du rock abonnée au psychédélisme le plus obscur. De Loop et Spacemen 3, jusqu'à Black Rebel Motorcycle Club et The Warlocks, c'est toujours le même amour des longues décharges de psychotropes et des longues boucles de saturation. Cela peut ne paraître pas si évident que ça aux premiers abords, mais les premiers albums des Dandys Warhols et de Brian Jonestown Massacre, portent allègrement la trace du shoegazing. D'ailleurs la première intro de cet opus de Serena Maneesh est calqué à la note près (!) sur un morceau de Spacemen 3. Sans doute, un clin d'oeil aux maîtres du genre.
Cet album n'est pas extraordinaire, il est sympathique certes, mais sans plus. Tout juste impressionne-t-il d'entrée, avec deux titres supersoniques, avant de s'essouffler, malgré la présence de courtes chansons délicates. Seulement, il renvoie avec une fulgurance étonnante l'hypocrisie des gens. Pourquoi a-t-on donc si injustement vomi sur le shoegazing ?