Cuckooland
- Label : Rykodisc
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 10/11/2003
Stupéfiant. J'ai un rapport à Lynch, à Kubrick ou à Wyatt comme à une consommation de stupéfiants ou d'anxiolytiques. Leurs visions s'expriment depuis un univers parallèle, depuis les limbes. Elles me parlent et ne s'adressent qu'à moi ; je suis pingre. C'est un langage inconnu, forcément unique, qui prend possession, qui va puiser dans mon inconscient et puis jette ses trouvailles grouillantes sur la table ; un magma de matière organique à l'exacte consistance de ce que d'aucuns nous poussent à calfeutrer dans le domaine des rêves. Un choc tellurique n'en finit plus, depuis ?Rock Bottom', de secouer la tectonique des plaques. Et celle-ci n'est pas la moindre. Les contrastes d'arrière-plan, la symbolique, cette métaphysique du fantastique et de la permanence de la réalité, ça vous fout les boules ou ça laisse de marbre. Mais on n'apprend pas à aimer Wyatt. En quoi consiste le traitement ? Quelle posologie ? Quasiment pas d'indication. Juste une pause de trente secondes en milieu d'album "pour ceux aux oreilles fatiguées qui voudraient faire une pause et reprendre plus tard". Et ce silence là, les amis...
Et puis là, alors que je tombais implorant sur ma moquette Ikéa à l'écoute de ce nouvel album, que je poussais des cris gutturaux de bête malade, Robert m'est apparu sous la mansarde. Je fis bouillir de l'eau, préparais le thé et retournais fissa au salon. Grimpant les marches, je réalisais que du temps lointain où je m'adonnais à la pratique sédentaire de la vie de couple, cela n'aurait pas pu arriver, cela n'aurait pas pu se produire. Ma copine ne comprenait pas l'abandon en musique, elle trouvait ça suspect. L'eau est bouillante, ma carcasse aussi. Lui, en se grattant le sourcil avec le petit doigt : "Comment trouves-tu mes chansons ?" (silence) - Moi: "Tu reviendras encore me rendre visite ?" Je ne savais pas trop quoi lui dire d'autre. Le seul fait d'avoir prononcé ces quelques mots m'avait creusé l'appétit. Je supportais mal de ne plus avoir de cigarettes en pleine nuit. Le reste, c'est une histoire de temps, d'espace, de réconciliation avec soi-même.