Without You I'm Nothing
- Label : Hut
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 12/10/1998
Impossible de fournir une fiche artiste exhaustive sur Placebo sans mentionner le chef-d'oeuvre Without You I'm Nothing. Produit dans les studios de Peter Gabriel, ce deuxième opus succèda à un premier album éponyme au son rageur et à fleur de peau, et adoubait au passage Steve Hewitt comme nouveau batteur du groupe. Selon les dires de Molko, WYIN a été composé dans un état de délabrement sentimental total pour chacun des tiers du trio, et c'est ce qui expliquera la douleur qui affleure dans la plupart des textes, avec des extraits devenus hymnes ("never thought you'd go break the chain/never thought you'd fuck with my brain..."), tandis que les dons de parolier du chanteur francophone se revèlent sous leur jour crû et acerbe ("sucker love I always find/someone to bruise and leave behind"). Musicalement, c'est ce qu'on appelle conventionnellement une usine à trouvailles géniales, du beat electro de "Pure Morning" à la guitare baryton de "You Don't Care About Us" en passant par les lignes de basses simplissimes mais à fort potentiel mélodique des morceaux mid-tempo ("Ask For Answers", "The Crawl"). Et comme si ça ne suffisait pas, comme si on ne ressortait pas assez exsangue d'un tel album, Placebo ferme la marche par un morceau caché épique et innovant, "Evil Dildo", joué à deux basses et où est samplé le répondeur de monsieur Molko, qui vous met à genoux pour prier que le groupe se maintienne dans une telle direction (ce qui ne se fera pas par la suite, mais on ne leur en voudra certainement pas). Comme une percée lumineuse au royaume du rock, WYIN vient contredire l'axiome qui voudrait qu'il soit impossible de sortir un album passionnant de bout en bout, où s'équilibrent de façon jamais précaire ballades à se damner et morceaux électriques (voire électroniques) à faire pâlir de jalousie les pseudos roi de la brit-pop. Souvent imité, jamais égalé, il y a fort à parier que la plupart des heureux acquéreurs d'un tel trésor se trouvent obligés d'en faire un duplicata afin de ne pas endommager l'original par une écoute jusqu'à plus soif... A consommer sans aucune modération.