White Chalk
- Label : Island
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 24/09/2007
White Chalk nous fait découvrir une toute nouvelle PJ Harvey. Album de la maturité ? Expérimentation ponctuelle ? Envie de s'essayer à un répertoire inexploré ? La chanteuse fait table rase de toutes ses expériences passées et s'essaie à tout autre chose.
Et il y a de quoi être désorienté ! A la première écoute de White Chalk, on peine à reconnaître ne serait ce que la voix si particulière de la chanteuse. To Bring You My Love avait déjà retourné pas mal de monde, à l'époque de sa sortie, par le gouffre artistique franchi depuis Rid Of Me mais là c'est un pas encore plus gigantesque que se permet PJ Harvey. Il est à parier qu'un bon nombre de ses admirateurs vont rester sur le carreau ; hermétiques ou conquis!
Ce qui tranche le plus avec les albums précédents, c'est l'absence complète de ces guitares saturées crades et explicites grâce auxquelles la chanteuse avait forgé son style emblématique désormais passé. Et de manière générale, tout ce qui est typiquement rock n'existe plus. Exit, par la même occasion, les ambiances poisseuses et viscérales. La voix suit également ce chemin en laissant de côté le chant tendu et prenant.
Place à une musique éthérée et rêveuse. Le piano remplace les guitares susnommées dans la construction des structures des morceaux. Autrefois graves et plombés, ils deviennent ici légers et mélodieux souvent enrichis d'instruments jusqu'alors inusités par la chanteuse. Ceux-ci savent se faire discrets par des arrangements alambiqués à l'extrême n'entachant en rien la pureté des mélodies par une exubérance qui aurait fait plonger White Chalk dans le grotesque.
Résultat : la plupart des morceaux atteignent une intensité émotionnelle assez rare et complètement trippante. On est littéralement transporté par tant de grâce, complètement chamboulé, hypnotisé. "Silence", "Dear Darkness" ou "The Mountain" sont de véritables déclencheurs d'évasion. De plus, la fragilité minimaliste de l'ensemble permet une immersion encore plus totale...
La chanteuse montre ici une nouvelle facette de son immense talent, une totale remise en cause de son art parfaitement réussie. Il est à parier que White Chalk n'a pas fini d'inspirer d'autres artistes comme Dry en son temps.
Par ce virage artistique, PJ Harvey prend en même temps à contre-pied les clichés. Après avoir mis à nue sa personnalité, ses doutes, ses angoisses telle une adolescente entrant dans l'âge adulte, elle retourne en enfance, raconte ses souvenirs... Débarrassée des aspects entachant sa personnalité, elle redevient pure et immaculée. Sa musique en ressort complètement rénovée et originale et possède, de plus, des vertus salvatrices et thérapeutiques dont on n'est pas prêt d'avoir fait le tour.
Une nouvelle fois, PJ Harvey nous retourne complètement. Magique, incontournable et indispensable...