Grace/Wastelands
- Label : EMI
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 16/03/2009
Cela fait donc sept ans que je suis avec énormément d'intérêt la carrière de Peter Doherty et de ceux qui l'accompagnent. Ses premières apparitions avec les Libertines m'ont profondément marqué, comme elles ont marqué le rock anglais des années 2000. Avec ses amis, Peter Doherty nous balançait son punk à la fois criard et sensible, sans avoir d'autre ambition que d'écrire de bonnes chansons qui assumaient leur héritage. Quelle spontanéité on retrouvait chez les Libertines ! Les problèmes de drogue et les apparitions dans les tabloïds ne me dérangeaient pas vraiment, vu que je ne lis pas tous ces torchons. Au contraire elles me faisaient plutôt de la peine. Personnellement, je n'ai jamais cru qu'on puisse se droguer pour faire parler de soi, et je m'inquiétais surtout pour la qualité de son écriture. Mais il a à chaque fois su me rassurer. Down In Albion était un album fabuleux, bancal et foisonnant, reflet parfait de la personnalité et de l'état de son créateur. Et avec Shotter's Nation, les Babyshambles empruntaient de nouveau chemins plus pops et acoustiques, qui s'expriment pleinement sur Grace/Wastelands.
Sur cet album, Pete Doherty n'est pas si seul. On retrouve Stephen Street à la production, Graham Coxon à la guitare et le batteur des Babyshambles. Mais difficile d'imaginer cet album publié sous un autre nom que celui de Pete Doherty en solo, car on est vraiment en présence d'une ?uvre éminemment personnelle. Cet album est une sorte de fantasme de fan, car il est essentiellement composé de démos qui trainaient depuis quelques années sur les bootlegs et Youtube. Le talent dilettante de Pete Doherty s'exprime pleinement sur cette oeuvre où le cockney révèle au grand jour son song-writting impeccable. On ne retrouve plus rien de punk sur Grace/Wastelands. Au contraire, on est étonné par l'apparition massive de la folk dés l'ouverture "Arcadie". L'album, totalement acoustique, profite de l'habileté de Graham Coxon et n'a rien d'énervé. Pas de chant braillard, pas d'explosion ni d'attitude destroy. Grace/Wastelands est au contraire tendre et délicat, et installe des ambiances pleines de vague-à -l'âme. Le dépouillement va bien à Pete ("Trough The Looking Glass", "Palace Of Bones") et révèle un c?ur tendre. Cette sensibilité s'exprime pleinement sur les morceaux où Stephen Street ajoute des arrangements de cordes. Placés en début d'album, "1939 Returning", "A Little Death Around The Eyes" et "Salome" se révèlent absolument bouleversantes. Pete est aussi malicieux: il nous le prouve avec le jazzy "Sweet By And By" où le piano fifties amuse, et surtout la géniale et primesautière "Sheepskin Tearaway". Qu'est-ce que j'ai attendu avant d'entendre une version studio de celle-ci ! Et bien c'est une totale réussite ! Avec son amie Dot Allison, Pete nous offre une splendide ballade tendre et romantique, un véritable morceau de rêve. On sentait cette capacité chez Pete depuis toujours, tous ses excès n'ayant jamais réussi à cacher sa sensibilité, mais avec tant de réussite cela en devenait presque inespéré. Parfois, les instrumentations s'enrichissent, avec le piano de "New Love Grows On The Trees" et "Broken Love Song", l'orgue de "Lady Don't Fall Backwards", qui assurent une fin d'album extraordinaire, toujours aussi poignante et émouvante (non je n'exagère pas). Les paroles achèvent de rendre le tout exceptionnel. Outre les beaux textes amoureux, Pete s'éloigne parfois de ce sujet qu'il maîtrise parfaitement, pour aborder avec réussite des thèmes plus sociaux, comme le triste sort réservé aux retraités sur "1939 Returning".
Non vraiment, je n'ai absolument rien à reprocher à cet album qui est un véritable coup de maître. C'est un album qui a pris du temps pour murir, on voit qu'il n'a pas été fait entre deux cures de désintoxication. Je recommande son écoute à tous les détracteurs de Pete Doherty, il s'agit véritablement de son reflet. Il nous entraîne dans son univers bancal mais attachant, plein de littérature et d'argot cockney. C'est un tel bonheur de voir celui qu'on suit depuis si longtemps accoucher d'un disque magistral. Pete Doherty ne mérite pas sa réputation de junkie dépourvu de talent. Je crois que c'est un gars un peu paumé, archi-sensible et surtout très talentueux. Les albums de la trempe de Grace/Wastelands sont rares et surtout inespérés, de grâce, ne le laissez pas passer pour de mauvaises raisons.