Pearl Jam
- Label : J
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 02/05/2006
Un nouvel album de Pearl Jam constitue toujours un événement. Alors, au jour où le groupe de Seattle sort sa première galette sur le label J-Records, on frétille d'impatience les jours précédents la sortie internationale du disque et on jubile une fois le paquet déposé devant la porte de la maison. Le Pearl Jam nouveau est arrivé ! Et une pointe de déception m'habite tout à coup.
Changement de label pour un groupe aussi important semblait (voire devait à mon sens) signifier nouveau changement de genre pour la bande à Vedder, comme ils avaient su le faire avec maestria sur No Code après les fabuleux Ten, Vs et Vitalogy ; ou plus tard encore sur Binaural après un Yield relativement moyen. Tous ces revirements avaient un peu troublé son monde mais m'avaient totalement conquis. Mais ici, pas question de changement, Pearl Jam se place là où il sait se placer, quelque part entre No Code et Riot Act.
Cet album est très loin d'être un échec, simplement loin d'être la révolution attendue. Le single "World Wide Suicide" fait partie des titres les plus aboutis de ce Pearl Jam, accompagné d'autres titres rock bien envoyés comme le "Life Wasted" d'ouverture (repris plus loin sur le disque façon Neil Young intimiste) ou le très bon "Comatose". Plus loin, le Pearl Jam version pop fait son entrée sur le bon "Marker In The Sand" et le surprenant "Parachutes". Sur la fin du disque, le Pearl Jam version acoustique revient avec deux ballades très No Code : "Gone" et "Come Back". L'album se termine sur une note plus riche musicalement avec l'introduction de musiciens invités au piano et cordes sur la très belle ballade "Inside Job".
L'évolution principale de ce Pearl Jam version 2006 se situe dans le chant d'Eddie Vedder, qui s'amuse à emmener sa voix dans des aigus peu utilisés sur l'oeuvre du groupe jusqu'alors. Ce registre n'étant pas le plus maîtrisé par Vedder, on se retrouve parfois à la limité de la justesse, mais surpris par une originalité qui fait plaisir à entendre. Cet effet permet de se dire qu'un album solo de ce chanteur d'exception, acoustique façon Springsteen, serait absolument réjouissant à entendre dans une parenthèse musicale de Pearl Jam. Puisqu'il nous permettrait probablement de goûter par ailleurs à un nouveau Brad, Three Fish, voire même Mad Season (si Mark Lanegan acceptait de reprendre le flambeau laissé par feu Layne Staley comme il en fut longtemps question), ce serait tout à fait rentable. Mais là, nous sommes dans le rêve plus que dans la réalité. Mais puisque ce sentiment m'habite tout au long de l'écoute de l'album alors autant vous en faire part.
Sentiment mitigé donc après plusieurs écoutes (nécessaires, comme d'habitude, pour apprécier ce nouveau disque), le Pearl Jam du cru 2006 n'est sûrement pas le meilleur Pearl Jam. Dans un album assez traditionnel pour le groupe, façonné en plages rock, puis pop-rock, puis acoustiques, la liberté d'expression nouvelle, gagnée avec la signature sur J-Records, est encore assez mal exploitée. Mais gageons qu'avec le temps, Pearl Jam saura encore nous éblouir de son talent et de ses aventures musicales surprenantes. Je le souhaite en tout cas, car rares sont ceux qui savent aussi bien qu'eux me réjouir sur chaque nouvel album...