Binaural
- Label : Epic
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 16/05/2000
Si l'on considère qu'un album se fait toujours en réaction à son prédécesseur (théorie à débattre), on peut dire que Binaural s'éloigne sensiblement de l'atmosphère de Yield. Est-ce l'arrivée de Matt Cameron à la batterie, qui fait que Binaural a ce son si particulier ? Ou est-ce que tout compte fait, la légèreté que Pearl Jam avait exprimé dans Yield ne convenait pas vraiment à l'univers du groupe ?
Quoiqu'il en soit, Binaural possède un son propre à lui-même, unique. Le Pearl Jam de l'an 2000 n'a quasiment plus rien à voir avec le Pearl Jam de 1990. Tant mieux !
Le disque commence avec les trois bombes "Breakerfall", "God's Dice", et "Evacuation". Du bon gros rock bien cradingue, pas très loin du garage, et où on sent une désinvolture toute nouvelle ... D'entrée de jeu, on sait que les Pearl Jam font ce qu'ils veulent, et qu'aucune piste n'est à suivre, il faut se laisser guider, et s'en remettre à leur incroyable talent. D'autant qu'arrivent maintenant deux de leur chefs d'?uvres incontournables et inclassables : "Light Year" et "Nothing As It Seems". La première est tout simplement magnifique !!! L'émotion palpable dans ce morceau se cache derrière chaque note de musique, derrière chaque phrase, et chaque coup de batterie ... Jamais Eddie Vedder n'a été plus inspiré que sur cette chanson. Il nous donne des frissons tant son interprétation est phénoménale. Eddie Vedder fait sans aucun doute partie des plus grands chanteurs de l'histoire du rock, et c'est indiscutable sur un morceau comme "Light Year". "Nothing As It Seems" est quant à elle terrifiante de tristesse, d'angoisse et de frustration. Remplie de subtilités, elle laisse libre court aux penchants de Pearl Jam pour la mélancolie et le romantisme noir. Elle raconte toute une histoire à elle seule, une triste histoire.
Ensuite, nous avons droit à "Thin Air" qui fait un peu penser à du Tim Buckley. C'est une folk song très agréable composée par le guitariste Stone Gossard ; là aussi, l'ambiance créée par Pearl Jam est inédite.
Plus classique, mais néanmoins énorme, "Insignificance" est un des sommets de Binaural. Toutes guitares dehors, le groupe se déchaîne sur cette bombe qui nous rappelle que Matt Cameron tapait autrefois pour Soundgarden ... et que ça laisse des traces ! "Off The Girl" est également une nouveauté dans le répertoire de Pearl Jam. Sur un mid-tempo aérien, les guitares acoustiques évoquent un Moyen-Âge fantasmé où Eddie Vedder se transforme en Merlin noir. Elle est totalement mystique et envoûtante. La neuvième chanson, "Grievance" repart dans une direction plus garage et laisse exploser, un temps, toute la rage dont est capable Pearl Jam. Et elle est terrible en live ! "Rival" quant à elle évoque l'aspect bluesy de Pearl Jam : ajoutez à cela l'éternelle angoisse cachée dans la voix de Vedder et vous avez là une chanson sublime, et parfaite pour boire à la santé des amis disparus.
Arrive maintenant "Sleight Of Hand" où Pearl Jam se fait plus lointain et éthéré. Ici aussi, nous sortons complètement de ce à quoi Pearl Jam fait penser d'habitude. La mélodie, quoique sublime, est difficilement identifiable dans un premier temps. Il faut beaucoup de temps pour s'y habituer et pour la comprendre ; pourtant, une fois que c'est fait, on se rend compte que cette chanson est un pur chef d'?uvre. Pour la suivante, "Soon Forget", Eddie Vedder se permet le luxe d'une petite chanson, seul au ukulélé. C'est une chanson rigolote et légère, où la voix d'Eddie se fait sucrée et charmeuse. L'album se termine avec la magnifique "Parting Ways". Parfaite oraison pour ce Binaural si particulier.
En effet, si depuis Vs Pearl Jam nous avait habitué à brouiller les pistes, on reste quand même surpris par l'originalité de Binaural. Ce disque est celui qui est le plus en marge dans la discographie du groupe.
Un chef d'?uvre hors du temps et inclassable qui mérite très largement d'être redécouvert.