Close To Paradise
- Label : Secret City
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 03/10/2006
Il est des albums qui, quand on les découvre en avance, vous mettent dans une délectation telle que chaque jour précédant le buzz inévitable, on savoure la perle rare qu'on a découvert.
En effet, c'est au printemps 2007, à la sortie de l'exquis Ma Fleur du Cinematic Orchestra que le nom de Patrick Watson m'est parvenu. Je cherchais la provenance de cette voix splendide présente sur le morceau d'ouverture du combo électro-jazz anglais, et c'est là qu'il m'est apparu.
Patrick Watson, avant d'être un groupe, est tout d'abord une voix. Une voix aérienne, souple, délicate et subtile. Souvent comparée à celle de Jeff Buckley, elle oscille également entre celle de Mr. Hegarty d'Antony & The Johnsons, ou encore celle de Chris Martin de Coldplay (période Parachutes cela va sans dire). Avec ceci de plus qu'elle a son propre grain, sa particularité de lâcher parfois ses mots comme si de rien était, de laisser paraître son sourire à travers son phrasé, d'habiter sa chanson de toutes les émotions possibles.
Se laisser transporter n'est plus qu'un jeu d'enfant avec cette voix, cette connaissance des harmonies et de la mélodie pop-folk accrocheuse. En inconditionnel de Satie, le jeune homme verse aussi bien dans les arpèges élaborés (la chanson "Mister Tom" en particulier) que dans la simple ritournelle.
C'est d'ailleurs au son d'une locomotive que démarre son second opus "Close to Paradise", avec la chanson éponyme à l'atmosphère lascive et ouatée. S'en viennent ensuite des chansons se baladant entre les univers impressionistes de Debussy et ceux dépouillés de Nick Drake. Alors que "Daydreamer" nous plonge dans un sous-sol Burtonien, "Slip Into Your Skin" est une berceuse de coton au rythme de balançoire.
Quand les morceaux se rapprochent d'un son plus rock, ils sont toujours esquissés avec en fond un goût irréprochable pour la mélodie, la polyphonie et l'orchestration: "Giver" en est l'exemple par excellence. On pense à ce don pour le songwriting pop classieux que possédait McCartney.
Même quand il emprunte un genre particulier, comme la folk, il ne se cantonne pas dans une forme particulière: alors que "The Storm" est une échappée brumeuse et pleine d'échos, "Drifters" mêle sa mélancolie aux boucles de piano à la Philip Glass.
Parfois savamment orchestrées ("Man Under The Sea" et ses passages de fanfare beatlesienne), ses chansons n'en sont que plus belles et dépouillées. Le chef-d'oeuvre de cet album nous le montre bien: "The Great Escape" n'est composée que de Mr. Watson et son piano. Ballade intimiste, elle prend aux tripes par son ultime simplicité et cette grace qui en émane.
Il est des albums qui mettent du temps avant de recevoir la reconnaissance du grand public. C'est donc lentement que ce second opus deviendra un véritable chef-d'oeuvre, faute de quoi il serait déjà considéré comme le digne successeur de Grace.
Magnifique.