The Firstborn Is Dead
- Label : Mute
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/03/1985
Ce deuxième album de Nick Cave laisse les choses là ou le précédent les avaient laissé. Un album de blues urbain, certainement le plus minimaliste de sa discographie, joué par des Bad Seeds réduits à leur strict minimum. La batterie (ainsi que le piano) est toujours tenue par le fidèle Mick Harvey, la guitare par Blixa Bargeld et la basse par Barry Adamson pour qui l'enregistrement de ce disque est des plus douloureux (un musicien anglais noir issu du punk, revisitant un pan entier de la musique noire américaine perdu dans une mégapole européenne avec un chanteur australien, pensez donc...).
L'influence du travail de Nick sur son premier roman (...And The Ass Saw The Angel) est perceptible tout au long de ce disque envoûtant. Tupelo et son orage en ouverture est non seulement un hommage à peine masqué au morceau de John Lee Hooker du même nom, mais aussi très certainement l'un des plus beaux hommages à Elvis Presley jamais enregistré. Sous le couvert de cette pluie torrentielle s'abattant sur la ville de Tupelo, Nick réinvente une genèse à la fois musicale et mythologique où la tempête et l'inondation qui la suit annoncent la venue du sauveur en la personne d'un enfant survivant son aîné mort né (D'où le titre de l'album !). A noter ici le parallèle frappant avec la symbolique de son livre où pluie et tempête occupent une place à part entière. L'influence d'écrivains comme Faulkner contribue à la création d'un sud des Etats-Unis aussi fantasmé que terrifiant qui se retrouve aussi bien dans les chansons du disque que dans le roman (Voir aussi "Knockin' On Joe", presque une suite à "Well Of Misery" sur le disque précédent, dans laquelle un prisonnier préfère se broyer les pieds plutôt que de participer au dur labeur de ses congénères). Cet album semble néanmoins vouloir marquer une nette rupture avec le passé, dans "Black Crow King", Nick mets les choses au point face à son image d'icône gothique qui lui traîne au guêtres depuis Birthday Party, excellent morceau ou pluie et tempête viennent hanter l'auditeur. Si les thèmes généraux chers à l'australien ne changent pas, ce disque est remarquable par sa production froide et ses morceaux à l'instrumentation minimaliste, comme le très bon "Blind Lemon Jefferson", écrit bien sur en référence au bluesman du même nom ou l'énergique "Train Long Suffering".
Mais la pièce maîtresse de ce disque est sans conteste l'excellente reprise de "Wanted Man", écrite par Bob Dylan à la base et popularisée par le père spirituel de Nick Cave, Johnny Cash. Le problème de cette chanson venait surtout du fait que Dylan avait écrit 6 couplet et que comme la version des Bad Seeds en comptait 14, le groupe ne pouvait sortir la morceau sans l'autorisation du Zim (pour des raisons contractuelles, Dylan doit donne son accord pour tout changement concernant son ?uvre). Ce furent des Bad Seeds réduits à leur strict minimum qui partirent donc faire la promotion d'un disque non encore commercialisé pour des questions de paperasserie. Blixa retenu pour ses obligations avec Einstürzende Neubauten, il fût même un instant question d'engager le très pop et néanmoins ami de toujours Robert Foster des Go-Betweens à sa place mais ce fût finalement le frère ennemi Rowland S. Howard de Birthday Party qui assura le poste vacant de guitariste soliste pour une tournée promotionnelle qui sentait le sapin.
Si les concerts furent des plus chaotique, ce disque est pour de multiples raisons d'une importance capitale dans la discographie de Cave qui risque néanmoins de refroidir les ardeurs de ceux qui pensent connaître l'artiste grâce à ses productions des années 90.