Substance 1987
- Label : Factory
- Format : Compilation / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 11/08/1987
Ce Substance de New Order fait écho à la compilation de Joy Division du même nom, ou plutôt c'est l'inverse, car cette dernière est sortie en 1988.
Cette compilation, sous la forme d'un double CD (un des premiers CD que j'ai achetés, avec le Staring At The Sea de The Cure) présente des morceaux pour la plupart inédits, notamment des singles ne figurant sur aucun album, de 1980 à 1987. Le premier CD contient les faces A tandis que le second est composé de faces B ? souvent meilleures d'ailleurs.
Comme toujours avec New Order, la pochette est très minimaliste (difficile de faire plus épuré !), il n'y a pas de booklet et encore moins de photo du groupe qui tient décidément à rester dans l'anonymat.
Le premier CD s'ouvre par "Ceremony" (repris récemment par Radiohead), un morceau écrit du temps de Joy Division mais jamais enregistré (si je ne m'abuse), et qui garde l'empreinte de ce groupe, Bernard Albrecht essayant d'imiter Ian Curtis, avec une basse toute en circonvolutions et une guitare incisive. Très bon titre. Dès le second morceau, "Everything's Gone Green", l'évolution est spectaculaire : apparition du synthé, batterie très caractéristique, qui influencera certainement la vague baggy de Madchester à la fin des années 80. "Temptation", un classique, commençant par des "hou hou hou, hou hou", est un classique, qui continue dans la même veine, mais encore plus pop (mais tout aussi froid). "Blue Monday" est le classique par excellence de New Order, et même le maxi 45 tours le plus vendu de tous les temps ! Le tour de force est d'avoir transformé un morceau de disco italien (dont ils se sont inspirés) en quelque chose d'électronique et surtout très froid tout en restant dansant. "Confusion" est un morceau aussi dansant (mais sans la tension et le côté robotique), mais plus funk, et beaucoup moins réussi, sans guitare et presque sans basse, avec des effets électroniques et une batterie électronique kitsch. "Thieves Like Us" continue dans la même veine disco-funk électronique, seule la basse (peu présente) est digne d'intérêt. C'est vraiment l'aspect de New Order que j'aime le moins, et même que je déteste. "Perfect Kiss" est tout aussi insupportable, avec ses percussions électroniques (dommage qu'un batteur aussi excellent soit cantonné à ce rôle), sa basse électronique faussement slappée et ses synthés kitsch. Dommage car la mélodie n'est pas mauvaise. "Subculture" est présenté dans une version différente de celle de l'album Low Life, moins rapide, moins concise, moins froide, et beaucoup moins bonne, avec des ch?urs dignes des pires groupes funky. "Shellshock" s'ouvre par des claviers abominables, et le reste est à l'avenant... Heureusement, les choses reprennent de plus belle avec "State Of The Nation", mais ce titre figure déjà sur l'album Brotherhood. Le morceau réalise de manière parfaite l'équilibre entre le côté électronique, dansant et funk de New Order et le côté indie rock hérité de Joy Division. On peut en dire autant de "Bizarre Love Triangle", présent sur le même album, qui apparaît toutefois ici sous la forme d'un remix, exercice de style que je déteste au plus haut point tant la qualité des remixes est affligeante et sans intérêt, ne servant que d'argument commercial faisant office de remplissage. Le CD s'achève par un single inédit qui venait alors de sortir, le très bon "True Faith".
Le deuxième CD commence par "In A Lonely Place", enregistré lors de la même session que "Ceremony", et qui convoque lui aussi le fantôme de Joy Division, avec notamment une batterie tribale. Comme le titre le laisse supposer, c'est un morceau très mélancolique, presque vide, mais très beau. "Procession" tranche à nouveau, par la présence de claviers, mais reste un bon morceau. "Mesh" est tout aussi bon, sans être exceptionnel. J'en dirais autant de "Hurt", qui est toutefois un peu plus électronique. "The Beach" n'est qu'un mauvais remix de "Blue Monday". De même pour "Confused Instrumental". "Lonesome Tonight" est en revanche un très bon morceau, beaucoup plus rock. "Murder", un instrumental, est tout aussi réussi, avec sa guitare tranchante, ses roulements de batterie tribaux et sa basse rampante. "Thieves Like Us Instrumental" n'offre aucun intérêt. "Kiss Of Death" n'est qu'un vulgaire remix de "Perfect Kiss". De même, "Shame Of The Nation" est une version inintéressante, avec là encore des ch?urs sirupeux, de "State Of The Nation". En revanche "1963" est un bon morceau, assez proche de sa face A "True Faith".
Mon impression sur cette double compilation est donc mitigée. Si certains morceaux sont très bons, d'autres (beaucoup trop) sont exécrables, le second CD étant meilleur (paradoxalement) que le premier. Notons cependant que même sur les pires morceaux, la basse de Peter Hook est toujours passionnante. C'est toutefois un objet à acquérir pour tout amateur de New Order et de new-wave, ne serait-ce que pour "Ceremony"et "In A Lonely Place". L'équilibre entre l'aspect électronique et le côté pop-rock n'est pas inintéressant, et influencera profondément et durablement tout un pan du rock indé britannique et de la musique électronique.