Bring Me The Workhorse
- Label : Asthmatic Kitty
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 22/08/2006
Après la mini aventure Awry et un soutien musical à Sufjan Stevens en tant que ?illinoise maker', Shara Worden concocte enfin son véritable premier album en solitaire sous l'effigie de My Brightest Diamond.
Lorsque Bring Me The Workhorse débute, ces sons divins et ses cordes, on a le mauvais pressentiment d'avoir à faire avec une autre Bjork, à une musicienne intellectuelle à la musique pure, intouchable et parfaite dont certains trouveront forcément l'univers trop surfait et pas assez direct.
Puis coup de théâtre : la guitare rentre. Un instrument à l'apparence si primitive dans ce prologue enchanteur qu'est l'intro de "Something Of An End", le son crunchy déplacé donnant une lueur rock sur laquelle une batterie organique viendra rapidement faire la lumière. On n'a plus qu'une envie, découvrir le disque entier, curieux comme jamais.
S'ouvre alors à nous un monde modérément mystique où ténèbres haletants et espoir mélancolique fusionnent à merveille, cousus par la section rock simpliste et les nombreux éléments du classique. Sans être démonstrative, Shara manie divinement bien les outils de nombreux styles musicaux qu'elle a étudié ou adoré pour les fondre dans sa féerie féminine. On constate instantanément que la belle sait manipuler ses compositions avec précaution, émettre des ascensions pertinentes comme sur cette ouverture "Something Of An End". Ou sait encore jouer avec les structures pour effacer par moments les indélébiles couplet/refrain/couplet, à l'image de "Golden Star", un titre qui représente à lui seul ce qu'aurait pu être le The Greatest de Cat Power ou les derniers PJ Harvey. A l'écoute du titre abrasif et décalé "Freak Out", cette dernière peut nerveusement s'inquiéter. Il faudra vous y faire les filles, va falloir faire de la place.
On pense parfois au rock sale et lymphatique de la jeune Chan Marshall ("The Robin's Jar") malgré la fraîcheur et la production sans tâche. On pense parfois à du trip-hop ("Workhorse", "Disappear") sans pour autant y trouver de vulgaires machines pour s'attacher à un mouvement musical dont elle n'a que faire. On pense parfois au blues tendance Nina Simone ("The Good And The Bad Guy", "Gone Away"...) sans jamais être le témoin d'une imposture...
Le guide de la musique, c'est-à-dire la voix, berce ou affole en puisant sa force dans les tripes de sa propriétaire, et se trouve être un instrument plus pudique mais aussi remarquable que celui de Jeff Buckley (ça va donc malheureusement faire penser à Muse à d'autres, mais bon on fait pas d'omelette...) si l'on voulait établir une comparaison sur la pureté de l'intention du talent de Worden. Raffiné, fragile, douce et finalement surprenante, voici ce que serait une partie des mots à employer à son encontre. On a à peine le temps de souffler que l'album touche déjà à sa fin, exténué mais conquis par la rafale de richesses de cette première oeuvre et sa floppée de morceaux autant magiques qu'ils sont sans prétention.
Je vais vous dire une bonne chose guys : cette jeune femme a tout compris à pop-rock music.